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Mort de Khamenei : des Iraniens prêts à des frappes pour la fin de la République islamique.

Le président américain Donald Trump a annoncé ce samedi 28 février, au soir, la mort du Guide suprême iranien, Ali Khamenei, et a déclaré : « Khamenei, l’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire, est mort ». Plusieurs autres hauts responsables iraniens tels que l’ex-président Mahmoud Ahmadinejad et le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, ont également été tués.


Le président américain Donald Trump a annoncé ce samedi 28 février au soir la mort du Guide suprême iranien. « Khamenei, l’une des personnes les plus diaboliques de l’Histoire, est mort », a déclaré le chef de la Maison Blanche sur son réseau Truth Social. « Il a été incapable d’échapper à nos Renseignements et à nos Systèmes Hautement Sophistiqués de Suivi, et en étroite collaboration avec Israël, il n’a rien pu faire, tout comme les dirigeants tués avant lui », a-t-il ajouté. D’autres hauts responsables iraniens, tels que l’ancien président Mahmoud Ahmadinejad, le chef des Gardiens de la Révolution, Mohammad Pakpour, et le chef d’état-major de l’armée, Abdolrahim Moussavi, ont également été tués.

La campagne de frappes israélo-américaine a pour double objectif de renverser le régime et d’éliminer ses programmes nucléaires et balistiques.

Après l’annonce de la mort d’Ali Khamenei, des milliers d’Iraniens ont exprimé des appels à la vengeance, en criant « mort à l’Amérique, mort à Israël ».

« Aujourd’hui, nous avons vu des images de partisans du régime se réunissant dans des lieux précis pour faire le deuil, » a commenté Ershad Alijani. « Je pense qu’ils ont été mobilisés par les autorités. Vous savez, l’Iran est un pays de 90 millions d’habitants. Il y a inévitablement plusieurs centaines de milliers de personnes qui soutiennent le système pour des raisons économiques, sociales, politiques ou simplement parce qu’ils croient sincèrement à la révolution islamique. On ne peut pas le nier. Mais ce groupe, selon mon humble avis, est une minorité. »

« Je pense qu’il est juste de dire que de nombreux Iraniens sont soulagés que celui qu’ils qualifiaient de ‘boucher de Téhéran’ ne soit plus, » a ajouté Ershad Alijani.

La nuit dernière, la nouvelle de la disparition de celui qui a dirigé l’Iran d’une main de fer a également été célébrée par une partie de la population. « Des milliers de personnes se sont rassemblées, dansant, criant de joie dans les rues dans plusieurs villes. Je pense qu’il est juste que de nombreux Iraniens soient soulagés que celui qu’ils qualifiaient de ‘boucher de Téhéran’ ne soit plus. Il est important de souligner qu’en se réjouissant publiquement de la mort de Khamenei, ces personnes prennent des risques considérables. Ce n’est pas comme s’ils étaient en sécurité. »

Ces dernières heures, en effet, les autorités iraniennes se sont montrées menaçantes, rappelant que « la répression était là », a précisé un journaliste de France 24. « Le régime l’a dit clairement aujourd’hui pour éviter que les gens sortent dans les rues. »

La mort d’Ali Khamenei fragilise le régime iranien mais ne le décapite pas. Un triumvirat a été chargé d’assurer la transition, le temps de nommer un nouveau Guide suprême.

Cette succession pourrait engendrer des tensions au sein du pouvoir. « Évidemment qu’il y a des divisions et j’imagine qu’il y aura des guerres de clans en arrière-plan pour remplacer Khamenei, » a déclaré Ershad Alijani. « Il y a plusieurs clans assez forts au sein de la République islamique. Les gens proches d’Ali Larijani (une figure importante du régime, il aurait été choisi par Khamenei pour lui succéder, ndlr), les gens proches de Mohammed Ghalibaf (président du parlement iranien, ndlr), les Gardiens de la Révolution, les descendants politiques de l’ancien président Hashemi Rafsandjani comme Hassan Rohani (ex-chef d’État iranien, ndlr). Donc, j’imagine que la guerre de pouvoir s’est déjà déclenchée. Mais qui va la gagner ? Ce sera le plus fort. Mais est-ce que ce seront les Gardiens de la Révolution ou d’autres ? Je n’ai pas la réponse à cette question. »

Le journaliste iranien admet ne pas connaître précisément les capacités militaires dont dispose le régime de Téhéran. Cependant, il est interpellé par les frappes iraniennes contre les alliés des États-Unis dans la région.

« En attaquant les pays arabes du Golfe persique, ils ont joué la carte du ‘Doomsday’ dès le premier jour. Cela aurait dû être la dernière carte à jouer dans un conflit comme celui-là. Mais ils l’ont jouée dès le premier jour. Pourquoi ? Soit par désespérance, soit parce qu’ils ont décidé de partir en martyr. Je ne connais pas leurs motivations avec certitude. Mais après la mort de Khamenei, j’ai l’impression, et c’est juste une impression, que c’est un acte de désespérance. »

La population iranienne semble se préparer à un long conflit. « Je crois que la plupart des Iraniens savent ce qui se passe, » nous explique Ershad Alijani. « Il y a une petite partie qui a accès à Internet, mais il y a une grande partie qui a accès aux chaînes de télévision persanes basées à l’étranger, notamment à Londres. »

La population semble aborder l’attaque israélo-américaine différemment qu’en juin 2025, lors de la guerre des 12 jours, période où les frappes avaient ciblé les sites nucléaires iraniens.

« Cette fois-là, ça avait été la panique totale, la peur, l’horreur parmi tous mes contacts, toute ma famille, tous mes amis. Cette fois-ci, c’est complètement différent. Il y a beaucoup moins de peur, beaucoup plus de joie, entre guillemets. Avant même la nouvelle de la mort de Khamenei, quand les gens ont appris que sa résidence avait été attaquée, il y a eu plusieurs vidéos de personnes filmant les attaques à Téhéran qui exprimaient leur euphorie. J’ai même vu de petits écoliers qui, en anglais, remerciaient Trump, disant ‘I love you Trump’. »

Cependant, une guerre reste une guerre, et la population commence à faire des réserves de produits de première nécessité. « Il y a des files d’attente devant les pharmacies, les boulangeries, les stations de service. Ce sont des images et des réactions que je n’avais pas vues pendant la guerre des 12 jours. Donc, j’imagine que les gens se préparent mentalement à une campagne militaire beaucoup plus longue. »

Reste une question : les Iraniens qui ont célébré la mort d’Ali Khamenei accepteront-ils d’endurer un conflit long qui les libérerait du régime des Mollahs ?

Avant de répondre à cette question, Ershad Alijani observe l’histoire récente de son pays. « Cela fait plus de 40 ans que les Iraniens sont en conflit avec ce régime-là. Si vous regardez depuis les années 80, il y a eu des massacres et des massacres. Il y a eu l’exécution de milliers et de milliers d’activistes politiques dans les années 80. Ensuite, il y a eu des répressions de petites révoltes dans plusieurs régions d’Iran, à Machhad, à Ispahan, à Shiraz entre les années 90 et 2000. D’autres répressions ont suivi, en 2009, en 2015, en 2017, en 2019, et le mouvement ‘Femme, Vie, Liberté’ en 2022. Et maintenant, au début de l’année, selon des ONG de défense des droits de l’homme, 30.000 morts supplémentaires. Donc, d’une certaine manière, les Iraniens sont déjà en guerre depuis quatre décennies contre les islamistes au pouvoir à Téhéran. »

Quant aux attaques actuellement menées par les États-Unis et Israël, « si elles restent bien ciblées, si elles évitent les victimes civiles, les Iraniens sont dans une telle situation de désespoir qu’ils sont prêts à subir cette situation pour voir la fin de la République islamique, » indique le journaliste de France 24. Il appuie son propos en répétant ce qu’un de ses contacts lui a dit lors de la sanglante répression de janvier dernier. « Il m’a dit : ‘On est sortis dans les rues par millions, ils nous ont massacrés par dizaines de milliers. Qu’est-ce qu’on peut faire de plus ? Quelle nation regarde le ciel en attendant que tombent les bombes ?' »

Le régime iranien est aujourd’hui fragilisé, son économie est sévèrement touchée par les sanctions occidentales, son idéologie est contestée par la rue, et sa puissance militaire est ciblée par les États-Unis et Israël. Cependant, sa chute n’est pas garantie. « Tant que le système répressif existe, je crois que le régime peut survivre. Pour un changement radical, on a besoin d’une décapitation de sa force de répression. »

Pour Ershad Alijani, c’est la clé de la liberté.