Montée des prix de l’énergie : réaction du ministre de l’Energie dans Jeudi en Prime
La guerre au Moyen-Orient a pour conséquence un blocage du détroit d’Ormuz par lequel transite environ 20% du pétrole mondial. La Belgique, bien que membre de l’Agence internationale de l’énergie, ne participe pas à l’opération de libération de 400 millions de barils de pétrole des stocks stratégiques recommandée par l’AIE.
La guerre au Moyen-Orient entraîne un blocage du détroit d’Ormuz, par lequel transitent près de 20 % du pétrole mondial, provoquant des perturbations sur les marchés pétroliers. Le prix du pétrole brut a désormais dépassé 100 dollars le baril, et les prix à la pompe continuent d’augmenter. Est-on face à une nouvelle crise énergétique ? « On est plutôt face à une tension sur les marchés », déclare Mathieu Bihet (MR), ministre de l’Énergie. Cette tension se manifeste sur le marché du pétrole, mais touche également le gaz et commence à se faire sentir sur les prix de l’électricité. « Il y a une tension qui commence à s’inscrire sur les marchés, et il faudrait éviter qu’elle ne s’inscrive dans le temps », estime le ministre.
Pour évaluer l’ampleur des difficultés actuelles, le ministre compare la situation à celle qui a suivi le début de la guerre en Ukraine. « Le mégawattheure (MWh) de gaz est à environ 50 euros. Au plus fort de la crise liée à l’invasion russe en Ukraine, nous avons connu des pics jusqu’à 300 euros du mégawattheure, avec des moyennes entre 180 et 200 euros du mégawattheure », explique-t-il.
Sommes-nous dans un scénario qui pourrait parvenir aux prix records de l’énergie connus durant la crise énergétique de 2022-2023 ? « La difficulté actuellement, c’est qu’on doit envisager plusieurs scénarios », répond Mathieu Bihet, ajoutant que « la guerre évolue ». « Nous avons constaté les déclarations fluctuantes du Président américain. Un jour, il annonce que cela va durer quelques heures, un autre jour, quelques semaines », poursuit le ministre, ce qui nuit à la stabilisation des marchés.
Outre les préoccupations concernant les prix, le gouvernement doit également prendre en compte les risques liés à la sécurité de l’approvisionnement énergétique du pays. En tant que membre de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), la Belgique est tenue de constituer des stocks stratégiques, ce qui est aussi une obligation européenne. « Nous avons une obligation européenne de 90 jours de stocks stratégiques en matière de pétrole », rappelle le ministre, précisant que cette obligation est respectée. La Belgique est prête à faire face à 90 jours de rupture totale de l’approvisionnement. « S’il y a une rupture partielle, par exemple de 50 %, vous multipliez par deux la durée du stock stratégique », ajoute le ministre.
Ces stocks sont composés de pétrole brut ou raffiné et sont répartis sur différents sites, notamment en Flandre et en Wallonie. La majorité du pétrole consommé en Belgique ne provient pas du Moyen-Orient, cette région exportant principalement vers l’Asie. Mais, comme le ministre le souligne, le marché est « globalisé », ce qui signifie que les tensions au Moyen-Orient ont des répercussions à l’échelle mondiale.
Une réserve de gaz doit également être constituée. « Nous avons un stock qui est plus difficile à constituer », admet le ministre. Le gaz arrive au hub de Zeebruges en provenance de Norvège et du Royaume-Uni, mais aussi du Qatar, un pays du Golfe, ce qui complique les choses actuellement.
Le gouvernement belge ne prévoit pas d’utiliser les stocks stratégiques pour faire baisser les prix. Mercredi, l’Agence internationale de l’énergie (AIE) a recommandé à ses États membres de libérer une partie de leurs stocks stratégiques pour réduire les tensions sur les marchés pétroliers. Des pays tels que le Japon, la France, l’Allemagne, et la Grande-Bretagne se sont engagés à libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs stocks stratégiques.
La Belgique, bien que membre de l’AIE, ne participe pas à cette opération, comme l’a déjà indiqué le ministre Bihet. « L’Agence internationale de l’énergie a demandé à l’ensemble des pays membres de quel stock ils disposaient », explique-t-il. « La France, qui a plus que le stock minimal de pétrole, peut libérer des quantités », précise Mathieu Bihet. La Belgique, quant à elle, souhaite conserver ses stocks stratégiques pour ne les libérer qu’en cas de pénurie. « Nous n’allons pas utiliser les stocks stratégiques pour réguler le prix, parce que ce n’est pas pour ça que c’est prévu, mais surtout, selon nous, ça ne marche pas », ajoute le ministre. Pour preuve, il argumente : « la décision a été prise hier et le baril est remonté aujourd’hui ».
Le prix du diesel a franchi la barre des 2 euros le litre, et l’essence augmente également en cette fin de semaine. Cependant, sur les prix à la pompe, « on agit concrètement », indique Mathieu Bihet. Au cours des derniers jours, il a été constaté que les prix des carburants étaient déjà plus élevés chez certains de nos voisins, comme la France. « Ce n’est pas un hasard », explique le ministre. « Nous avons un plafond du prix à la pompe pour les produits pétroliers », fait-il savoir, en référence au contrat-programme, un mécanisme qui calcule le prix maximum des produits pétroliers vendus en Belgique tout en lissant les fluctuations. « En gros, il y a une moyenne qui est faite sur les derniers jours et qui fixe un prix maximum », précise-t-il. « Certains jours de cette semaine, nous avons compressé le prix de 10 % à la pompe », ajoute-t-il.
« Nous ne sommes pas là en train d’attendre assis béatement que la situation s’améliore ou dégénère dans le Moyen-Orient. Nous agissons concrètement », souligne Mathieu Bihet.
Le gouvernement envisage d’autres options pour alléger le fardeau financier des ménages en cas de forte hausse des prix de l’énergie. Lors de la crise énergétique consécutive à l’invasion de l’Ukraine, le gouvernement précédent avait mis en place plusieurs mesures comme le chèque énergie et l’extension du tarif social. La coalition actuelle pourrait-elle s’inspirer des décisions de l’ancien gouvernement ? Mathieu Bihet indique que l’administration a été mobilisée, notamment la CREG, le régulateur des marchés de l’électricité et du gaz, pour examiner les mesures existantes et évaluer leur pertinence, leur champ d’application et leur impact budgétaire.
À l’époque du gouvernement De Croo, le principe du « quoi qu’il en coûte » avait été appliqué. Le gouvernement actuel, de son côté, s’est fixé des objectifs d’assainissement budgétaires et semble faire preuve de prudence face à ces mesures sociales. « Il y a d’ailleurs un professeur de l’Université de Gand qui a publié une étude disant que toutes ces mesures-là n’ont pas rempli leurs objectifs », souligne Mathieu Bihet. « Le chèque énergie, distribué à l’époque à tous les ménages, a coûté un porte-avions et a également manqué son objectif », estime le ministre.
Concernant l’impact de ces mesures et leur faisabilité, « nous aurons sans doute des analyses la semaine prochaine », indique le ministre. Une autre mesure qui pourrait être activée serait le cliquet inversé, permettant de limiter temporairement les accises sur les carburants. En cas de forte augmentation des prix à la pompe, le gain de TVA serait compensé par une diminution des accises. « Le MR s’est positionné, encore hier, en demandant l’application du cliquet inversé », rappelle Mathieu Bihet, soulignant que d’autres partis de la majorité ont proposé d’autres solutions. « Certains partis ont proposé de geler l’augmentation des accises sur le gaz », précise-t-il, ajoutant que ces propositions n’ont pas été réglées dans l’accord de gouvernement. « Chaque parti vient et dépose sur la table du gouvernement ses propositions, et elles sont examinées », conclut-il.
Ce vendredi, le conseil des ministres restreint se réunit. « Demain, il y a des points concernant l’énergie à l’ordre du jour », assure le ministre de l’Énergie.
Le gouvernement De Wever a décidé de plafonner l’indexation des salaires à deux reprises pendant la législature. L’augmentation des prix de l’énergie et son impact sur l’inflation menacent le pouvoir d’achat des ménages belges. Les indexations automatiques des salaires seront-elles effectivement plafonnées comme prévu ? Ces plafonnements sont « prévu en 2026 et en 2028 », rappelle le ministre Bihet. « Il est clair qu’il y a deux sauts au-delà de 4000 euros, prévus dans l’accord du conclave budgétaire. À ce stade-ci, ils sont toujours maintenus », conclut le ministre.

