Belgique

Mohamed, veuf depuis le 22 mars à Maelbeek : « Les attentats de Bruxelles ne m’ont pas fait perdre la foi en le vivre ensemble »

Le 22 mars 2016, des terroristes plongent l’aéroport de Bruxelles-National dans une tragédie à 7h58 et la station de métro de Maelbeek est touchée par une explosion à 9h11. Mohamed El Bachiri, dont l’épouse Loubna Lafquiri a perdu la vie dans ces attentats, déclare : « Ces attentats ne nous ont pas tués, au contraire, ils ont réveillé en nous cette fureur de vivre ensemble. »


Le 22 mars 2016, des terroristes ont causé une tragédie à l’aéroport de Bruxelles-National à 7h58. Un peu plus tard, à 9h11, la station de métro de Maelbeek a également été frappée par la terreur. Loubna Lafquiri, professeure de sport, se rendait au travail et se trouvait dans la rame de métro touchée par l’explosion.

« C’est quelque chose avec lequel on doit vivre, les enfants, moi et tous ceux qui l’ont aimée », confie son mari.

Mohamed El Bachiri, conducteur de métro à l’époque, ne travaillait pas ce jour-là. C’est un ami qui l’a réveillé pour s’assurer de sa sécurité et de celle de sa famille après l’attentat. Après de multiples tentatives pour joindre son épouse, le temps s’est arrêté pour lui lorsqu’il a dû faire face à la terrible nouvelle.

Dix ans plus tard, il déclare : « C’est une date toujours aussi difficile à affronter parce qu’on est replongé encore une fois dans la douleur, dans le choc, dans l’incompréhension. Et c’est quelque chose avec lequel on doit vivre, nos trois enfants, moi et tous ceux qui l’ont aimée. Au niveau de ma vie personnelle, c’est un drame. C’est la fin d’un monde. C’est tenter de renaître, de continuer à vivre malgré la perte, malgré la souffrance et avec comme responsabilité mes trois enfants. »

Mohamed El Bachiri travaille désormais à se reconstruire et à prendre soin de ses enfants. Si une partie de lui-même s’est éteinte, il a décidé d’écrire pour retrouver son épouse et prôner la réconciliation dans la société avec toute son humanité et sa diversité. Son livre « Un Jihad de l’amour » a connu un grand succès pour sa volonté universelle de créer des ponts, malgré son immense chagrin. « C’est un plaidoyer qui appelle à la réconciliation, qui appelle à faire preuve d’humanité. De la nécessité de constamment se remettre en question. C’était à la fois une manière de répondre à la terreur par un message de paix, en utilisant le terme ‘Jihad’ qui veut dire ‘effort’. Utilisé pour la guerre, l’idée était de lui redonner son sens le plus vrai, le plus noble. À savoir l’effort contre ses passions pour devenir quelqu’un de meilleur. Un travail finalement spirituel que l’on retrouve dans beaucoup de religions ou de philosophies. »

Depuis quelques années, il est souvent sollicité pour participer à des conférences, visiter des écoles et des lieux de culte, et rencontrer des jeunes délinquants dans des institutions publiques et de protection des jeunes. Avec une motivation sans cesse croissante, il prêche l’humanité au fil de ses nombreuses rencontres, tout en envoyant un message clair aux terroristes : « C’est aussi une manière de répondre aux terroristes pour leur dire qu’on est encore là, qu’on est ensemble. Et qu’on reste des militants de ce vivre-ensemble, de cette coexistence. Finalement, ils n’ont pas gagné et ils ne gagneront jamais. Ces attentats ne nous ont pas tués, au contraire, ils ont réveillé en nous cette fureur de vivre ensemble. »

Au cours des dix dernières années, la Belgique et le monde ont évolué à travers des changements et des élections. Pour Mohamed El Bachiri, le devoir de mémoire doit conduire à une plus grande unité dans la diversité. Cependant, il s’inquiète d’une polarisation accrue : « Le discours de certains politiques porte atteinte au travail de beaucoup d’artisans de la paix. On doit travailler deux fois plus. Ce n’est pas toujours évident de lutter contre le populisme parce que ce sont des discours qui utilisent l’affect le plus puissant chez l’être humain, à savoir la peur. Ce n’est pas évident de continuer à promouvoir le dialogue, la paix, l’échange. Certains politiques cherchent à rompre cela. »

Pour découvrir l’intégralité de son témoignage, veuillez consulter la vidéo en tête d’article.