Belgique

Mobilité : partisans et détracteurs du plan Good Move divisés sur la politique bruxelloise

Le plan Good Move sera remplacé par un autre plan dont les principes vont complètement changer, selon la déclaration du formateur et président du MR, Georges-Louis Bouchez. La ministre de la Mobilité sortante, Elke Van den Brandt, a déclaré : « On va garder le plan régional de mobilité. Il a le nom Good Move. Et en 2030, il y aura un successeur. »


« Le plan Good Move va être remplacé par un autre plan dont les principes vont complètement changer. » C’est l’une des premières annonces du nouveau gouvernement bruxellois. Cette déclaration vient de Georges-Louis Bouchez, formateur et président du MR, qui est fortement opposé à ce plan de mobilité régional instauré lors de la précédente législature.

Ce vendredi matin, le négociateur socialiste Ahmed Laaouej a précisé : « Il y aura une autre politique de mobilité à Bruxelles, plus inclusive, plus participative. Le plan Good Move a vraiment fracturé la société bruxelloise. On a enfermé des gens derrière des blocs de béton. Ça n’allait pas du tout. Ici, on met en place une autre procédure, une autre approche. »

Pourtant, la ministre de la Mobilité sortante, Elke Van den Brandt (Groen), qui a défendu ce plan et qui devrait probablement rester dans le prochain exécutif, ne partage pas la même vision de l’accord.

« On va garder le plan régional de mobilité. Il a le nom Good Move. Et en 2030, il y aura un successeur. Le nom Good Move va disparaître parce que ce nom a été très contesté. Mais toutes les actions, les ambitions seront maintenues. »

Cependant, elle admet qu’il y aura des modifications dans les plans de circulation, qui ont suscité de nombreuses polémiques.

« La taille de ce genre de plan de circulation était très large dans le passé. On va la réduire pour faire en sorte que ce soit plus facile à mettre en place. Et comme ça, on va se focaliser aux alentours des écoles. L’approche va être revue. »

La déclaration de politique régionale du nouveau gouvernement clarifie les propos de chacun. L’exécutif va procéder à une évaluation du Plan de mobilité actuel. « Sur la base de ces enseignements, un nouveau Plan Régional de Mobilité succédera au Plan Good Move », précise le document.

Selon le texte, la volonté est de changer d’approche mais de maintenir les mêmes objectifs : « amélioration de la sécurité routière, du report modal (ndlr : le fait de changer de mode de transport), de la qualité de vie, de la santé et de la fluidité pour éviter tant le report du trafic à certains endroits que la baisse de l’attractivité économique de la Région. »

Les plans de circulation seront bien révisés avec des périmètres plus restreints.

Le nouveau gouvernement réaffirme également le principe STOP. Il privilégie les piétons et les cyclistes, puis les transports en commun, et enfin les voitures. Enfin, « le remplacement progressif des blocs de béton non essentiels à la sécurité immédiate des usagers sera mis en œuvre. »

Un changement de cap politique maintenu avec des ajustements dans la méthode, cela rassure le secteur de la mobilité douce. « Il y a une certaine philosophie qui est quand même gardée en termes d’intermodalité, d’investissement dans les transports en commun, d’infrastructures cyclables. Donc, il y a quand même des choses qui s’inscrivent plutôt dans une continuité », se réjouit Laurence Lewalle, la directrice d’Avello, qui représente les cyclistes. « On peut le saluer. Mais aujourd’hui, on demande que les budgets alloués aillent de pair avec la note d’intention. »

En revanche, les opposants au plan Good Move demeurent sceptiques vis-à-vis des annonces. « Seul son nom change, mais sa philosophie en tant que telle reste », analyse Fouad El Abbouti, membre du comité « non au plan Good Move ». « D’ailleurs, c’est assez sidérant. On a deux communications totalement opposées. D’un côté, le MR annonce qu’il enterre le plan Good Move. De l’autre, la ministre Groen dit qu’elle poursuit sa politique. Donc le MR a terrassé le nom Good Move mais la philosophie reste. J’ai vraiment l’impression qu’il y a deux accords dans un seul accord. En fait, une forme de schizophrénie politique. »

Les amendes de la LEZ revues

Un autre dossier délicat : la LEZ, ou zone de basses émissions. Elle prévoit un calendrier progressif jusqu’en 2036 pour interdire l’accès à la Région de Bruxelles-Capitale aux véhicules polluants. Après l’annulation du report par la Cour constitutionnelle, les négociateurs des sept partis n’ont pas osé revoir les différentes échéances.

En revanche, l’accord prévoit d’adoucir les mesures en introduisant des exceptions « pour les usages professionnels mais aussi pour les catégories les plus vulnérables » et en révisant le système des amendes.

Actuellement, les amendes pour non-respect de la LEZ s’élèvent à 350 euros, avec au maximum une amende par trimestre, soit au maximum une facture de 1400 euros à la fin de l’année. Le système est revu. Il sera désormais possible d’acheter un pass annuel à 350 euros pour entrer sur le territoire bruxellois avec un véhicule non autorisé. Une catégorie sociale à 200 euros/an est également prévue. Le montant des amendes sera révisé à 80 euros. Cela devient mensuel.

« On prend le même modèle qu’à la ville d’Anvers, où vous pouvez payer 350 euros pour l’année et alors ne plus être verbalisé. Parce qu’il y a des gens qui ne savent pas changer de voiture. Et donc, prêter des règlements comme ceux-là, c’était discriminant pour les personnes les plus précarisées de notre société. On corrige cela », explique Georges-Louis Bouchez (MR), le formateur bruxellois.

Certains se réjouissent de ce changement, à commencer par Touring, qui défend les intérêts des automobilistes. « Jusqu’à maintenant, entrer accidentellement dans la zone bruxelloise avec un véhicule non conforme était plus systématiquement et plus sévèrement puni que de volontairement brûler un feu rouge, par exemple. Ça, c’était complètement inacceptable et incompréhensible pour nous », commente Joost Kaesemans, son porte-parole. « On revient à une situation qui est plus acceptable. Pour beaucoup de personnes, la voiture reste un vecteur très important de la mobilité. Leur dire qu’ils ne peuvent plus utiliser leur véhicule après 10 ou 12 ans, c’est une aberration. Un véhicule a une espérance de vie de 18 à 20 ans. »

Pour les défenseurs des enjeux climatiques et environnementaux, la décision est plus difficile à accepter. « 55% des ménages bruxellois n’ont pas de voiture. Donc la majorité des Bruxellois, ajoute Laurence Lewalle, la directrice d’Avelo. Pour eux, le bien le plus précieux, c’est leur santé. Permettre d’avoir un permis de polluer à 350 euros, ce n’est pas suffisant. Les endroits les plus précarisés concentrent le plus grand taux de particules fines. En plus, ces amendes venaient quand même aussi dans les caisses de la région bruxelloise. »

Le métro 3 sur pause

« Le projet sera totalement suspendu. Il fera l’objet d’une réévaluation approfondie. » Dans la déclaration de politique régionale (DPR), l’avenir du projet de prolongement du métro 3 reliant Gare du Nord à Bordet ne laisse aucun doute. Il est mis sur pause. La ligne avait pour ambition de relier le sud (Forest) au nord (Evere) de Bruxelles, en passant par les gares du Midi et du Nord. Mais les retards considérables, les surcoûts démentiels et les problèmes techniques y ont mis fin.

Les négociateurs bruxellois ont donc décidé de suspendre le tronçon allant de la gare du Nord à Bordet et de n’exploiter le tronçon Albert-Nord que pour les trams. « Le gouvernement poursuivra les travaux d’infrastructure des tunnels du pôle Constitution dans un délai financièrement tenable, aux abords de la Gare du Midi, afin d’y assurer l’exploitation du tramway, en lieu et place du métro initialement prévu. La mise en service de ce nouveau tunnel permettra de résorber le goulot d’étranglement de Lemonnier », expliquent les négociateurs des sept partis qui forment le nouveau gouvernement.

Pour les riverains du quartier Lemonnier, où se déroulent les travaux du métro 3 depuis plusieurs années, cette décision ne représente pas une bonne nouvelle.

Le quartier est meurtri après des années de travaux. Il est éventré et il continuera de l’être. Nombreux sont les commerces qui ont dû fermer. On craint la destruction d’un bâtiment emblématique qui est présent depuis 150 ans. Une inquiétude partagée par le BRAL, le Mouvement Urbain pour Bruxelles. « Qu’est-ce qu’il va advenir ? » s’interroge son coordinateur Geoffrey Usé. « Comment la Stib et la région vont pouvoir gérer cette situation-là sans que ça continue à mettre le quartier en péril, comme il l’est depuis plusieurs années ? On s’oppose depuis longtemps à la destruction du Palais du Midi. »

Une manifestation s’est tenue au lendemain de l’accord de gouvernement contre la destruction du Palais du Midi.

Une deuxième journée sans voiture

À partir de 2027, une seconde journée annuelle sans voiture lors du dimanche de la semaine de la fête de l’Iris pourrait être instaurée. Cela se déroulerait donc début mai. L’actuelle journée sans voiture est organisée à la fin du mois de septembre.

« On est peut-être plus dans l’ordre du symbole, mais quand même. On se rend compte que durant ces journées-là, il y a une réelle réappropriation de l’espace public par les piétons, par les cyclistes, par les trottinettistes et par toute autre forme de mobilité active. Ça ne peut être que bénéfique », ajoute Geoffrey Usé.

Enfin, en termes de stationnement, le gouvernement promet de rendre la politique plus dynamique, notamment dans les quartiers commerçants et à travers l’encouragement de l’harmonisation des tarifs.