Belgique

Michael Freilich, député N-VA, au cœur de la polémique avec l’ambassadeur américain.

Lundi, l’ambassadeur américain en Belgique, Bill White, a qualifié les poursuites entamées contre des mohels d’antisémitisme. Michael Freilich, député N-VA, a été mis en lumière pour son implication dans cette controverse, bien qu’il ait affirmé qu’il n’avait pas demandé de pression sur le dossier.


Lundi, Bill White, l’ambassadeur américain en Belgique, a critiqué le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, en lui demandant d’intervenir dans une enquête judiciaire concernant des mohels, des circonciseurs rituels juifs. Il a qualifié les poursuites judiciaires à leur encontre d’antisémitisme. Cette réaction pourrait-elle être liée à l’attention portée par un député belge de la N-VA, de confession juive et défenseur de sa communauté, sur cette affaire ?

Depuis le début de la semaine, la controverse suscitée par ces propos fait les gros titres. L’ambassadeur a été convoqué au ministère des Affaires étrangères et la situation est toujours tendue entre lui et certains responsables politiques belges. Le député N-VA Michael Freilich, qui a rencontré des officiels américains à Washington en mai dernier pour discuter du dossier judiciaire concernant les mohels d’Anvers, est au centre de cette attention. Le député Freilich a affirmé : « Je n’ai pas demandé de faire pression, mais de chercher une solution ». Cependant, des doutes subsistent en Belgique. Du côté de l’opposition, certains critiquent le député Freilich et ont réclamé l’ouverture d’une enquête par la commission fédérale de déontologie. Dans la N-VA, le parti du Premier ministre De Wever, la présidente Valerie Van Peel a affirmé le soutien total de son parti au gouvernement et a nié tout lien entre la pression américaine sur ce dossier et Michael Freilich. Cette situation soulève des questions sur le respect de la séparation des pouvoirs.

### Rédacteur en chef de Joods Actueel avant d’être député

Après des études aux États-Unis et en Israël, Michael Freilich, originaire d’Anvers, a été rédacteur en chef de « Joods Actueel » pendant environ douze ans. « C’était, et c’est toujours d’ailleurs, quelqu’un d’assez influent dans la communauté juive d’Anvers, très visible et ayant toujours pris des positions très pro-israéliennes, en phase avec les convictions de la majorité de cette communauté », explique Dave Sinardet, professeur de sciences politiques à la VUB.

Sa décision de rejoindre la N-VA n’était cependant pas évidente. Dave Sinardet rappelle l’épisode de 2007 où le bourgmestre socialiste d’Anvers, Patrick Janssens, avait présenté des excuses pour le rôle de la police locale dans la déportation des juifs durant la Seconde Guerre mondiale. « Bart De Wever, qui était alors conseiller communal, a critiqué ces excuses. Cela lui a valu des reproches de la part de la communauté juive, notamment de Michael Freilich », ajoute le politologue.

Bart De Wever, en quête de la mairie d’Anvers, a par la suite pris conscience de l’importance de se rapprocher de la communauté juive. Ce changement a également été reflété dans l’évolution du positionnement de la N-VA, qui était à l’origine un parti plutôt pro-palestinien. Dave Sinardet note que la N-VA a finalement adopté une position « clairement pro-israélienne », en particulier lors des débats sur la reconnaissance de l’État palestinien lors de l’été dernier. « Le fait que Michael Freilich soit devenu député s’inscrit dans cette logique de liens étroits entre la N-VA et la communauté juive d’Anvers », juge Dave Sinardet.

### Un député qui se fait remarquer

Élu député fédéral en 2019, Michael Freilich s’illustre dès le début. Lors de sa prestation de serment, il porte une kippa, suscitant des réactions au sein de la N-VA. « Cela avait déjà fait grincer des dents à la N-VA », se souvient Dave Sinardet. Cela ne s’est pas limité à ce parti, puisque le député libéral francophone Denis Ducarme (MR) avait également relancé le débat sur le port de signes religieux par les élus.

Fin décembre 2019, Michael Freilich est de nouveau au cœur d’une controverse au sein de la N-VA. À l’occasion de Hanouka, il publie une vidéo sur X (anciennement Twitter) où il se montre en train de se déplacer dans le Parlement avec un chandelier à sept branches, passant devant un sapin de Noël avant d’allumer le chandelier dans son bureau. Bien que la vidéo visait à transmettre des vœux, cela a entraîné des critiques au sein de la N-VA, allant jusqu’à une lettre ouverte adressée au président du parti, Bart De Wever.

Dans un article du Times of Israël, Michael Freilich est décrit comme « le seul député juif orthodoxe de Belgique ». Il a été réélu avec près de 13 000 voix de préférence pour un second mandat. En tant que « premier envoyé diplomatique » de l’Association juive européenne (EJA) concernant les questions d’antisémitisme et la mémoire de la Shoah, il a confié : « J’estime que je dois à ma communauté de lutter et de défendre ses intérêts ».

Freilich est un fervent défenseur de la circoncision rituelle et a également soutenu l’abattage rituel. Cependant, cela crée « un problème de cohérence idéologique » pour la N-VA, selon Dave Sinardet, qui souligne que le parti critique le communautarisme quand il émane d’autres partis, notamment à l’égard des musulmans. « M. Freilich pratique aussi une forme de communautarisme », ajoute Sinardet.

Jusqu’à la controverse liée aux déclarations de l’ambassadeur américain, l’activisme de Freilich en faveur de sa communauté n’avait pas suscité de vives réactions au sein de la N-VA. Cependant, avec « le fait d’aller faire du lobbying chez les Américains pour faire pression sur la Belgique, il y a une autre dimension qui s’ajoute », constate Dave Sinardet. L’incident pourrait ne pas être clos.