Manon convoquée dans un cabinet médical inaccessible : c’est la fois de trop.
Manon reçoit une convocation pour une régularisation de son dossier administratif et doit se rendre chez un médecin désigné par l’administration pour faire contrôler son niveau de handicap. Lors de son arrivée au cabinet médical, elle constate qu’il y a cinq hautes marches qui rendent l’accès impossible avec son fauteuil.
Il y a quelques semaines, Manon reçoit une convocation dans le cadre de la régularisation de son dossier administratif : elle doit se rendre chez un médecin désigné par l’administration pour faire contrôler son niveau de handicap.
« Jusqu’ici, rien d’anormal », même si la jeune femme s’interroge sur le manque de communication entre les services administratifs, son handicap étant mentionné dans plusieurs dossiers depuis sa naissance. Manon appelle le médecin contrôleur pour s’assurer de l’accessibilité du cabinet. « Il m’a répondu qu’il y avait de petites marches mais sans plus. »
Le compagnon de Manon prend une journée de congé pour la conduire à ce rendez-vous, Manon n’étant pas en mesure de s’y rendre seule.
Arrivée devant le cabinet médical, Manon déchante. « J’ai vite constaté qu’il me serait impossible de rentrer par moi-même. » Devant elle se dressent cinq hautes marches, infranchissables avec son fauteuil roulant.
« Ma première réaction, ça a été ‘Oh non. Not again’. » Ce n’est pas la première fois que Manon fait face à un manque d’accessibilité d’un lieu, mais cette fois, elle juge la situation particulièrement absurde. « Ce médecin a été désigné par un service administratif qui connaît ma situation. Comment ce lieu peut-il être inaccessible pour moi ? », s’interroge la diplômée en journalisme et créatrice de Rolling News.
La réaction du médecin aggrave la colère de Manon. « Il est sorti et m’a demandé si je n’étais pas trop lourde. Et puis, il s’est adressé à mon compagnon et pas à moi, ce qui est un biais validiste », raconte la jeune maman. « Heureusement, ce jour-là, je n’étais pas avec mon fauteuil motorisé, qui fait 100 kg, sinon ça aurait été impossible de me porter. »
Le médecin et le compagnon de Manon la portent pour gravir les marches et pouvoir effectuer le contrôle de son handicap, nécessaire à la régularisation de son dossier, bien qu’il s’agisse d’un handicap de naissance. « Aujourd’hui, j’ai un rapport beaucoup plus serein avec mon corps, je le connais et je gère mieux le fait de devoir être manipulée. Mais plus jeune, cela aurait pu me mettre très mal à l’aise car cela touche à mon intégrité physique. En plus, cela se passait dans un lieu public, sur le trottoir », confie Manon.
« On pense que la personne handicapée n’est pas en mesure de s’exprimer », déplore-t-elle.
Durant l’examen, Manon affirme que le médecin s’adresse encore à son compagnon pour les questions liées à son dossier. « Même si mon compagnon me connaît, c’était à moi d’y répondre. Malheureusement, cela m’arrive souvent, on a même déjà pris mon compagnon pour mon père. C’est assez violent », témoigne la jeune femme.
« C’est lié à un biais validiste ; on pense que la personne handicapée n’est pas en mesure de s’exprimer. Et donc, on s’adresse à la personne valide qui l’accompagne. Maintenant, je réponds avec un peu de sarcasme et d’humour. Je prends ma place, quoi », détaille-t-elle.
Après ce contrôle, Manon refuse de rester silencieuse et partage son expérience sur ses comptes Facebook et Instagram. « J’ai reçu énormément de réactions mais aussi des témoignages d’autres personnes en situation de handicap. Je me suis rendue compte qu’il fallait que ça dépasse ma petite personne et que c’était un problème sociétal. »

