Belgique

L’Ozempic : usage détourné toléré pour raisons financières.

Selon Pierre Debuisson, l’action vise à rassembler un nombre suffisant de victimes pour « faire reconnaître leurs droits et faire en sorte que ce médicament, conçu pour traiter le diabète, ne soit plus utilisé simplement pour perdre quelques kilos ». Aujourd’hui, environ 870 000 Français suivent ce type de traitement.


Selon Pierre Debuisson, dans une interview accordée à EBRA Info, l’action vise à rassembler un nombre suffisant de victimes pour « faire reconnaître leurs droits et faire en sorte que ce médicament, conçu pour traiter le diabète, ne soit plus utilisé simplement pour perdre quelques kilos ». Il rappelle ainsi les leçons du scandale du Mediator, où un médicament détourné de son usage initial avait provoqué de graves complications.

Le problème ne concerne pas seulement les patients : certains médecins continueraient de prescrire le médicament à des personnes non diabétiques. « Le véritable problème en France, c’est que certains continuent de le prescrire à des patients qui n’en ont pas besoin », explique-t-il, ajoutant que depuis l’annonce de l’action collective, plusieurs victimes se sont manifestées.

L’avocat met également en cause le fabricant : « Tout porte à croire que la société qui fabrique l’Ozempic est consciente de cet usage détourné et laisse faire, probablement pour des raisons financières. Il existe donc une responsabilité civile et pénale ». Ces propos soulignent l’enjeu de cette action : limiter les risques pour les patients tout en questionnant la responsabilité du laboratoire.

Développé par le laboratoire danois Novo Nordisk, l’Ozempic aide les patients diabétiques à réguler leur glycémie en stimulant la production d’insuline et en ralentissant la digestion, ce qui réduit l’appétit. Lorsqu’il est prescrit pour l’obésité, il est commercialisé sous le nom de Wegovy avec un dosage spécifique.

Cependant, ce succès présente un revers : la forte médiatisation et l’efficacité du médicament ont conduit certaines personnes à l’utiliser pour perdre du poids sans justification médicale. Aujourd’hui, environ 870 000 Français suivent ce type de traitement.

Comme le rappelle Debuisson, « pour les personnes diabétiques, le traitement ne pose généralement pas de problème, mais utilisé à des fins esthétiques, il peut devenir dangereux ». Cette précision met en lumière le risque majeur que représente l’usage détourné.

Face à l’augmentation des prescriptions, les autorités sanitaires ont renforcé leur vigilance. L’INAMI en Belgique contrôle de près les prescriptions pour éviter les usages non justifiés.

Nicolas Echement, porte-parole de l’APB (Association pharmaceutique belge), confirme : « Quand le pharmacien délivre le médicament, c’est sur base de la bonne foi du patient ou alors de son historique… pour limiter la délivrance de Zampic principalement vers les diabétiques », soulignant le rôle de contrôle indirect des pharmaciens dans l’usage rationnel du médicament.

De son côté, l’Agence européenne des médicaments enquête sur Ozempic, Wegovy et Saxenda (même principe actif) afin d’évaluer les risques liés à une pratique détournée. « Tout effet secondaire ou indésirable doit être signalé par le professionnel de santé… et plus on rapporte des effets secondaires, plus facilement on peut déterminer la balance bénéfice-risque de la prescription d’un médicament », précise le porte-parole.

L’action collective pourrait ainsi servir de signal fort : limiter l’accès au médicament aux seules personnes ayant un besoin médical et responsabiliser à la fois les prescripteurs et le fabricant. Echement tient tout de même à nuancer : « Tout le monde est au courant que le Zampic peut être utilisé en dehors du cadre du diabète et de l’obésité morbide… mais de là à dire que l’entreprise joue avec ça pour gagner plus d’argent, je n’irai pas jusque-là ».