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Loyauté et fidélité : la team Trump ne devient pas plus instable après un an.

Entre limogeages et démissions, les ministres, conseillers et proches collaborateurs défilaient lors du premier mandat de Donald Trump. Suzie Wiles a osé des critiques, affirmant que le président américain a une « personnalité d’alcoolique ».


« Valse à la Maison Blanche », titraient les journaux lors du premier mandat de Donald Trump. Entre limogeages et démissions, les ministres, conseillers et proches collaborateurs défilaient. Parmi eux se trouvaient encore des membres de l’establishment républicain, qui ont eu du mal à composer avec leur président. Cette fois, Trump a favorisé la loyauté, souvent au détriment de l’expérience, ce qui assure une certaine stabilité.

Elon Musk mis à part. Mais ne pariait-on pas déjà sur un affrontement entre ces deux-là avant même qu’il n’entre en fonction ? « On ne voyait pas comment deux mâles alpha pouvaient cohabiter au-delà de quelques jours », rappelle Ludivine Gilli, directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean Jaurès. « Finalement, ils ont tenu assez longtemps. Elon Musk ne pouvait pas rester indéfiniment, sous peine de devoir se désinvestir de ses entreprises. Sur le plan officiel, cette collaboration devait s’achever au mois de mai et elle s’est effectivement achevée au mois de mai. » Sur un échec.

## Éloges et courbettes

Les autres n’ont pas choisi la confrontation, c’est un euphémisme. Courbettes, sourires forcés, et éloges du président sont monnaie courante. Au sein de l’équipe Trump, il n’y a pas de voix critique. On aurait pu s’attendre à ce que Marco Rubio, le secrétaire d’Etat, ancien sénateur de Floride, ex-rival de Donald Trump dans la course à l’investiture de 2016, adopte un positionnement différent de celui du président, ce qui aurait pu le mettre en danger. Ce n’est pas le cas : « Au bout d’un an, il est toujours là. Il est prêt à réviser les positions qu’il a tenues pour plaire à Donald Trump. » Et cela, alors qu’il se fait éclipser par Steve Witkoff, ami proche du président, dans les dossiers ukrainien ou gazaoui.

J.D. Vance, quant à lui, en tant que vice-président, tente de s’affirmer comme le digne héritier de Trump, celui qui pourrait devenir le prochain président des États-Unis, tout en veillant à ne pas trop lui faire de l’ombre.

## Suzie Wiles a osé

La seule qui s’est permise un écart est Suzie Wiles. La cheffe de cabinet fait partie (avec Stephen Miller, Russel Vought ou Marco Rubio) des quelques-uns qui, en plus d’être fidèles, disposent d’une importante expérience. Dans une rare interview accordée à Vanity Fair, elle a osé critiquer : le président américain a une « personnalité d’alcoolique », et J. D. Vance est « complotiste depuis une décennie ». « Ce qui est fascinant », commente Ludivine Gilli, « c’est la manière dont l’administration Trump a réagi, en la protégeant, en prenant ses remarques à la rigolade. Elle a réussi à se faire une place au sein de cette administration MAGA au point qu’elle est jugée indispensable. Sinon, elle aurait sauté. Je ne vois pas qui d’autre aurait pu dire ce qu’elle a dit et rester en poste. »

« On n’a d’ailleurs aucune idée de la nature des critères qui déterminent qui va rester ou qui va partir. » La spécialiste des États-Unis prend en exemple l’affaire dite du Signalgate. Un journaliste avait été inclus par erreur dans un groupe de discussion dans lequel des informations sensibles sur des plans américains d’attaque contre les Houthis au Yémen étaient partagées. « Le Signalgate aurait fait démissionner n’importe quel ministre de la Défense dans n’importe quel pays. Pourtant, Pete Hegseth est toujours là. » Celui qui a payé, c’est Michael Waltz : il a perdu son poste de conseiller à la sécurité nationale, « mais il a obtenu un poste de rebond assez sympathique (ambassadeur auprès des Nations Unies, ndlr). »

## Stephen Miller, une montée en puissance

Tout le monde se maintient donc à peu près dans cette équipe. Mais certains montent en puissance. C’est le cas de Stephen Miller, chef de cabinet adjoint, qui a déjà été un acteur important du premier mandat de Donald Trump. « On le voit de plus en plus. La violence de la politique migratoire est sur le devant de la scène et c’est clairement lui qui est aux manettes sur ce sujet-là. Il s’est aussi exprimé sur le Venezuela ou le Groenland. Il se fait moins discret, ce qui témoigne de sa prise de pouvoir au sein de l’administration. »

« Stephen Miller a passé la majeure partie de sa carrière à la Maison Blanche à promouvoir des politiques intérieures d’extrême droite qui ont conduit à des expulsions massives, des séparations familiales et à la remise en question des principes constitutionnels garantissant la citoyenneté américaine », résume le New York Times. « Aujourd’hui, [il] porte son regard d’extrême droite vers l’étranger. »

Russell Vought, un autre « sérieux » de la bande, directeur du Bureau de la gestion et du budget des États-Unis, reste lui plus discret, mais continue son travail : il s’engage dans les coupes dans les effectifs et les budgets, poursuivant l’opération de démantèlement de l’État fédéral.

Kristi Noem a également pris de l’ampleur, du moins dans le domaine de la communication. Avec ses longs cheveux bruns ondulés et sa casquette vissée sur la tête, elle soutient ses troupes, les agents de l’ICE, la police de l’immigration américaine qui s’est tristement illustrée à Minneapolis. Mais, pour Ludivine Gilli, qui souligne son degré d’incompétence, c’est bien Stephen Miller qui est à la manœuvre.

## Incompétence

Kristi Noem n’a pas l’apanage de l’inexpérience au sein de cette administration. On pourrait citer Robert Kennedy Jr, secrétaire d’État à la Santé complotiste et antivax, le déjà nommé Pete Hegseth, à la Défense, ou encore Kash Patell, chef du FBI, tous deux connus pour leurs bourdes.

Une autre figure capitale, et ô combien loyale, de l’administration Trump, est Pam Bondi, la procureure générale (c’est-à-dire la ministre de la Justice). « Elle instrumentalise l’outil judiciaire à des fins de représailles politiques », explique la directrice de l’observatoire de l’Amérique du Nord à la Fondation Jean Jaurès, qui préfère au mot « instrumentalisation » le terme anglais « weaponization », qui souligne qu’elle en fait une arme. « Le ministère de la Justice (dont le FBI) est utilisé comme outil pour faire pression contre toute personne qui oserait s’opposer à l’administration de Trump. »

## Les officieux

À cette équipe officielle, il convient d’ajouter les membres plus informels. Jared Kushner, le beau-fils, ou encore l’influenceuse Laura Loomer, « qui a manifestement un pouvoir d’influence très fort. »

Au sein de la « team Trump », chaque membre peut tirer, après un an, son propre bilan. Quant à l’impact sur les administrations elles-mêmes, il est encore difficile à cerner. « Il y a un effet d’inertie. Les capacités d’action sont réduites par le manque de moyens, mais le travail continue d’être fait. La question est de savoir quand cela deviendra totalement impossible de continuer d’avancer. » Ludivine Gilli cite en exemple les ressources du FBI, détournées pour soutenir la police de l’immigration. « Pendant ce temps, ils ne luttent pas contre les criminels en col blanc ni contre le terrorisme. Cela nuit aux capacités de sécurité nationale des États-Unis. » Actuellement, cela n’est pas encore perceptible, du moins pas dans l’immédiat.