Loyale ou traîtresse ? Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela.
Delcy Rodriguez est la présidente par intérim du Venezuela, selon la constitution du pays, en l’absence du président. Elle a publiquement qualifié l’arrestation de Nicolas Maduro et de son épouse Cilia Flores d’enlèvement et a déclaré que le président vénézuélien restait le dirigeant légitime du pays.
Sur les photos, elle apparaît petite aux côtés de son désormais ex-président, Nicolas Maduro. Cependant, ne vous laissez pas tromper par sa taille ou la couleur de ses tailleurs : Delcy Rodriguez est impliquée en politique depuis son enfance et fait partie de l’entourage proche de Maduro depuis de nombreuses années.
Elle est maintenant la présidente par intérim du Venezuela, conformément à la constitution du pays, en l’absence du président. Dimanche dernier, moins de 48 heures après l’arrestation de son mentor par Washington, elle a exprimé le souhait de tisser des relations « équilibrées et respectueuses » avec les États-Unis, « fondées sur l’égalité souveraine et la non-ingérence ».
Delcy Rodriguez adopte donc une approche conciliatrice envers les États-Unis. Elle n’a pas vraiment d’autre option. Le président américain Donald Trump l’a mise en garde : « si elle ne fait pas ce qu’il faut », elle subira un sort plus sévère que celui du président déchu.
Bien qu’elle tend la main, Delcy Rodriguez n’a pas renié son ancien président : elle a qualifié publiquement l’arrestation de Nicolas Maduro et de son épouse, Cilia Flores, d’enlèvement, et a affirmé que Maduro demeurait le chef légitime du pays.
Elle se trouve ainsi entre la pression américaine et sa fidélité à son prédécesseur.
Delcy Rodriguez, également ministre du Pétrole, est considérée depuis longtemps comme la membre la plus pragmatique du cercle restreint de Nicolas Maduro.
À 56 ans, cette avocate de formation est originaire de Caracas. Militante chaviste depuis des années, son père avait fondé un parti révolutionnaire dans les années 70 et a été tué sous la torture par la police vénézuélienne. Son frère, qui a été vice-président du pays de 2007 à 2008, est actuellement président de l’Assemblée nationale.
Un analyste sur CNN a déclaré : « elle n’est pas une alternative modérée à Maduro. Elle a été l’une des figures les plus puissantes et les plus intransigeantes de tout le système ». Selon la BBC, elle a, comme d’autres personnalités vénézuéliennes, été sanctionnée par l’Union européenne en raison de violations des droits de l’homme et du démantèlement de la démocratie dans le pays.
Depuis plus de 20 ans, elle est en effet au cœur du chavisme, un mouvement fondé par Hugo Chavez dans les années 90, qui véhicule un nationalisme anti-américain, poursuivi par Maduro.
Delcy Rodriguez a occupé plusieurs postes importants : ministre de la Communication et de l’Information en 2013, ministre des Affaires étrangères, présidente de l’Assemblée nationale. Elle est vice-présidente depuis 2018, un poste qu’elle a conservé après la troisième élection contestée de Maduro. Elle est également ministre de l’Économie et du Pétrole, un rôle stratégique, compte tenu des ambitions de Donald Trump de récupérer les avoirs pétroliers vénézuéliens.
Mais Delcy Rodriguez sera-t-elle plus conciliante que Nicolas Maduro avec les États-Unis ? Elle a en tout cas été en contact avec le secrétaire d’État américain Marco Rubio, tout en maintenant un discours loyal envers son prédécesseur.
Selon Trump, elle paraissait prête à collaborer avec Washington sur une nouvelle étape pour le Venezuela, une position qui surprend de nombreux analystes.
« Idéologiquement, il n’y a aucune raison qu’elle soit différente », affirmait Thomas Posado, un expert du Venezuela. « Trump espère que Delcy Rodriguez deviendra la médiatrice des États-Unis au Venezuela. Mais rien dans sa trajectoire politique ne permet de supposer cela. Elle a toujours été une fidèle militante du chavisme et partage la même idéologie que Maduro ».
« Son ascension au pouvoir semble résulter d’un type d’accord entre les États-Unis et les principaux acteurs qui se préparent à un scénario post-Maduro », ajoutait un autre expert sur CNN. « Dans ce contexte, elle agirait essentiellement comme gardienne jusqu’à ce qu’un leader démocratiquement élu prenne ses fonctions ».
Certains s’interrogent néanmoins sur le rôle que Delcy Rodriguez aurait pu jouer dans la préparation de l’enlèvement de Maduro et dans les contacts préalables avec la CIA. Un tel enlèvement n’a pas pu se faire sans complicité au sein de l’État vénézuélien.
Un spécialiste du renseignement cité par le média espagnol El Debate a affirmé : « Delcy a trahi Maduro, elle était l’élément le plus important de la CIA et c’est elle qui a livré Maduro. C’est pourquoi elle reste temporairement au pouvoir ». La motivation de cette trahison pourrait s’apparenter à une logique de « chacun pour soi », car Delcy Rodriguez risque à tout moment de connaître le même sort que Maduro.
L’ancien vice-président et ambassadeur de Colombie, Francisco Santos, a exprimé des accusations similaires : « Ils ne l’ont pas arrêté, ils l’ont livré. Je suis absolument certain que c’est Delcy qui l’a livré », a-t-il déclaré à NTN24.
À ce stade, cette collaboration avec les États-Unis demeure hypothétique. Donald Trump, pour sa part, n’a aucune hésitation quant à la mainmise sur le pouvoir à Caracas : « Nous sommes aux commandes », a-t-il affirmé.

