Louis Michel : l’ONU et le droit international ne restent pas indispensables.
En 2003, les Etats-Unis ont justifié leur guerre en Irak par la destruction d’armes massives supposées présentes sur le territoire, qui n’ont jamais été trouvées. Louis Michel a toujours refusé que la Belgique ne prenne part à la guerre aux côtés des Américains, une position qu’il maintient aujourd’hui avec la guerre au Moyen-Orient.
En 2003, les États-Unis ont justifié leur intervention en Irak par la présence présumée d’armes de destruction massive sur le territoire, mais celles-ci n’ont jamais été trouvées. Cela a conduit à des accusations de mensonge, à une nouvelle guerre dans le Golfe, à des frappes militaires, à des impacts sur les prix des carburants et à un mépris du droit international. Malgré la pression qu’il a subie en tant que ministre des Affaires étrangères, Louis Michel a toujours refusé que la Belgique s’engage aux côtés des Américains dans cette guerre. Cette position se maintient aujourd’hui en ce qui concerne le conflit au Moyen-Orient, contrairement à celle de son président, Georges-Louis Bouchez. Louis Michel assume sa divergence de point de vue tout en reconnaissant le droit de son président d’avoir une opinion différente.
« Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent ‘on peut se passer du droit international, on peut se passer de mandat’. Non, on ne peut pas faire ça. Parce que demain, vous n’aurez aucune forme d’argument vis-à-vis d’une dictature qui pratiquera la même chose », déclare-t-il.
Louis Michel a exprimé son inquiétude quant aux dérives actuelles en matière de droit international. Dans une déclaration faite à Bertrand Henne, il a souligné : « C’est une dérive gravissime. Il faut quand même bien se rappeler les fondements du droit international sur lesquels on s’assied allègrement aujourd’hui. Ce que Trump fait, ce que Netanyahou fait, c’est ostensiblement dénoncer la légitimité des Nations Unies. » Il précise qu’en vertu du droit international des conflits armés, une attaque contre un autre pays n’est légitime que si une menace imminente de cette attaque peut être prouvée. Louis Michel a également remarqué : « C’est quand même significatif de constater que vous avez des gens qui disent que les Nations Unies, c’est le plus grand club des dictateurs du monde », faisant référence à une remarque de Georges-Louis Bouchez sur Bel RTL en mars dernier.
« Je suis en désaccord complet avec cela », réagit Louis Michel, évoquant les actions de Donald Trump qui a formé un Conseil pour la paix considéré comme un substitut des Nations Unies. « Il y a une sorte de mise à mal et de démolition de la seule institution planétaire qui, quelque part, est gardienne du droit international », affirme-t-il. Il insiste sur la nécessité de préserver cette institution, avertissant qu’en son absence, il sera impossible de contester les actions des dictatures.
Louis Michel s’interroge également sur le fait que ces dérives aient pu débuter avec la guerre en Irak de 2003, qui a eu lieu sans mandat, contrairement au conflit des années 90. Il perçoit cela comme une erreur stratégique : « C’est plus qu’une erreur de mon point de vue. Ce n’est pas par hasard, c’est une faute. Et je suis un peu surpris que les démocrates restent silencieux par rapport à une telle dérive. » Il met en garde contre un monde « sans foi ni loi », soulignant que tirer des bénéfices en contournant le droit international le « bouleverse dans ses conceptions sociétales, politiques, philosophiques. »
Louis Michel critique également les accords que les États-Unis parrainent, pointant du doigt un volet commercial souvent présent. « On s’est couché. C’est ça, la vérité. Je suis franchement bouleversé par tout ça parce que je ne vois plus aucun repère auquel m’accrocher », confie-t-il.
« Quand je vois tout ça, je suis assez heureux de ne pas être tombé dans le panneau face aux États-Unis au moment de la guerre en Irak », conclut-il. Il exprime un sentiment de décalage avec son parti, affirmant que Georges-Louis Bouchez a mené le MR sur une voie qui, selon lui, n’est pas la bonne. « S’il y a une chose dont je m’enorgueillis, et je veux associer à ça André Flahaut, c’est que nous allions fort loin en affrontant les États-Unis », se souvient-il. « Nous avons dû faire preuve à certains moments d’autorité vis-à-vis de certains de nos diplomates. Mais j’ai toujours été très fier de la diplomatie belge qui est d’une efficacité redoutable. »

