Loubna Selassi : victimes des attentats de Bruxelles se sentent abandonnées.
Dans le sixième épisode du podcast « Mémoires à vif », la journaliste Malika Attar a rencontré Loubna Selassi, dont le mari a perdu une jambe dans une des explosions de l’aéroport de Zaventem le 22 mars 2016. Dix ans plus tard, Loubna dénonce le manque d’accompagnement des victimes en déclarant : « On a été les cobayes ».
Dans le sixième épisode du podcast « Mémoires à vif », consacré aux victimes des attentats de Bruxelles du 22 mars 2016, la journaliste Malika Attar a interviewé Loubna Selassi, dont le mari a perdu une jambe lors des explosions à l’aéroport de Zaventem.
Dix ans après, Loubna partage son mal-être et sa culpabilité de ne pas se sentir bien, alors qu’elle n’a pas été blessée elle-même. Ses paroles décrivent avec une grande justesse les séquelles invisibles de cette tragédie.
Loubna déplore le manque de soutien apporté aux victimes : « On a été les cobayes », dit-elle. « On a dû faire ce chemin tout seuls. On a dû trouver des psychologues, des aides qui nous conviennent, des avocats qui nous conviennent. »
Elle évoque un système défaillant : « Personne ne s’est présenté à moi, dans mon domicile, pour me dire, je suis là pour vous aider, je viens à vous. Et c’est ce qu’il faut pour ce genre de trauma. »
En plus de la nécessité de se reconstruire physiquement et psychologiquement, Loubna doit gérer « tout le côté administratif, les médecins d’assurance, avec leurs remarques humiliantes, blessantes et injustes ». Elle définit cette situation comme une « double peine » : « Il fallait une reconstruction, il fallait se reconstruire, se protéger. Et en même temps, il fallait gérer ce côté administratif, ce côté médical, alors qu’on est anéanti intérieurement. »
« Comment ça se fait qu’encore aujourd’hui, je dois justifier les souffrances de mon mari, le fait qu’il a une jambe en moins ? »
Malgré cet abandon des institutions, Loubna souligne la solidarité citoyenne : « Il y a eu un grand élan de solidarité. Je me souviens que dans la chambre d’hôpital de mon mari, l’hôpital était bondé de monde pour venir voir mon mari. Et ça nous a réchauffé le cœur. »
Elle rend hommage à l’association Life for Brussels qui « finalement a fait le travail de l’État belge. Elle a dirigé, conseillé et soutenu les victimes ». Sans cette organisation, « beaucoup seraient livrés à eux-mêmes. On n’aurait pas eu cette aide, les victimes n’auraient pas été reconnues en tant que victimes. »
Aujourd’hui, Loubna va mieux, mais elle se sent « suspendue » : « Tant qu’on est en procédure judiciaire, je me sens suspendue. Je ne me sens pas encore libre. Mais je veux être libre. Je veux être en paix. » Elle exprime un souhait clair : « Je veux tourner cette page. Je veux que ça termine. »
Elle souhaite reprendre sa vie en main : « J’ai envie de reprendre ma vie en main. Je n’ai plus envie d’être considérée comme une victime. J’ai juste envie de tourner la page. »

