L’or noir vénézuélien : convoitise américaine et conflit avec Caracas.
Lors de sa conférence de presse, samedi 3 janvier en Floride, le président américain a déclaré que « nos très grandes compagnies pétrolières américaines vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays », tout en confirmant le maintien de l’embargo pétrolier contre le Venezuela. Selon l’Agence internationale de l’énergie, le pays disposait en 2023 d’environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit près de 17% des réserves mondiales, mais sa production actuelle plafonne à moins d’un million de barils par jour, environ 1,3% de la production mondiale.
Lors de sa conférence de presse du samedi 3 janvier en Floride, le président américain a clairement exprimé ses intentions. « Nos très grandes compagnies pétrolières américaines vont se rendre sur place, dépenser des milliards de dollars, réparer les infrastructures gravement endommagées et commencer à générer des revenus pour le pays », a-t-il affirmé, tout en confirmant la poursuite de l’embargo pétrolier contre le Venezuela. Cette déclaration résume la stratégie américaine : reprendre le contrôle des ressources énergétiques vénézuéliennes tout en redessinant les équilibres géopolitiques mondiaux.
Le contentieux entre les États-Unis et le Venezuela autour du pétrole remonte à plusieurs décennies. En 1976, Caracas nationalise son industrie pétrolière, marquant la fin de plus de quarante ans de domination des compagnies américaines. La création de la compagnie publique Petróleos de Venezuela (PDVSA) relègue alors les entreprises étrangères au statut de simples filiales, une décision perçue à Washington comme une perte stratégique majeure.
Dans les années 1990, la chute des prix du pétrole pousse toutefois le Venezuela à rouvrir partiellement son secteur aux investissements étrangers. L’élection d’Hugo Chávez en 1999 représente un tournant décisif. Le dirigeant bolivarien, fermement antiaméricain, regagne le contrôle politique et fiscal de l’industrie pétrolière, relançant l’OPEP avec l’intention d’influer sur les prix et impose des conditions strictes aux compagnies étrangères. Pour Donald Trump, cette politique est assimilée à un « vol ». Dès son premier mandat, il met en place un embargo pétrolier ayant pour but d’asphyxier économiquement le pays.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, le Venezuela disposait en 2023 d’environ 303 milliards de barils de réserves prouvées, soit près de 17 % des réserves mondiales, plus que l’Arabie saoudite, l’Iran ou l’Irak. Pourtant, sa production actuelle ne dépasse pas un million de barils par jour, représentant environ 1,3 % de la production mondiale, bien en deçà des autres pays précédemment cités.
L’Arabie saoudite, bien que dotée de réserves inférieures, demeure un pilier du marché mondial grâce à une production massive et stable. En comparaison, les États-Unis, avec seulement 2,9 % des réserves mondiales, assurent près de 18 % de la production globale, soutenus par l’exploitation intensive des hydrocarbures non conventionnels.
La puissance pétrolière n’est donc pas uniquement déterminée par la richesse des sous-sols, mais également par la capacité politique, technique et financière de les exploiter. Washington reproche à Caracas son incapacité à tirer parti de cette ressource précieuse.
L’embargo pétrolier, imposé en 2019, a privé Caracas d’accès aux financements, aux technologies et aux marchés nécessaires pour exploiter le pétrole lourd de l’Orénoque. À cela s’ajoutent la mauvaise gestion chronique de PDVSA, le sous-investissement massique et la corruption endémique, qui ont progressivement dégradé les infrastructures.
Le pays est ainsi contraint d’écouler son pétrole sur des circuits parallèles, à des prix largement inférieurs aux cours du marché. La Chine est devenue le principal bénéficiaire de cette situation, recevant près de 80 % des exportations vénézuéliennes. La Russie a également renforcé sa présence en renouvelant un contrat pétrolier stratégique de quinze ans avec Caracas. Les États-Unis, quant à eux, ne bénéficient que de 17 % des exploitations pétrolières vénézuéliennes, grâce à Chevron, l’unique entreprise américaine autorisée à exporter du pétrole vers les États-Unis.
Pour Donald Trump, le contrôle du pétrole vénézuélien dépasse largement les relations avec Caracas. « Il y a un bel alignement entre la vision énergétique de l’administration Trump et le potentiel vénézuélien », analyse Patrice Geoffron, spécialiste de l’énergie, interrogé par RTL. « Il est tentant d’imaginer un lien très direct entre les deux » ajoute-t-il.
En s’implantant au Venezuela, les États-Unis cherchent à augmenter la production sans supporter seuls de lourds investissements grâce à des infrastructures existantes, bien que vieillissantes. Une opération potentiellement très rentable, qui permettrait aussi de couper la route du pétrole à Pékin. « Cela crée davantage de tensions sur le marché intérieur chinois », souligne Geoffron.
Washington vise également Moscou. En marginalisant les alliés du régime chaviste, les États-Unis cherchent à affaiblir les réseaux d’influence russes et chinois en Amérique latine. Les raffineries américaines dans le Golfe du Mexique, conçues pour traiter le pétrole lourd vénézuélien, surtout utilisé pour le diesel, le kérosène ou le bitume, représentent un atout stratégique pour Washington.
Donald Trump déclare que les États-Unis « se portent très bien sans le pétrole vénézuélien ». Selon l’analyste Stephen Schork, interrogé par l’AFP en décembre 2025, l’intérêt de Washington est avant tout politique. L’objectif principal reste d’assécher les sources de financement du régime, sous couvert de lutte contre le narcotrafic. Nicolas Maduro, quant à lui, dénonce une opération destinée à renverser son gouvernement pour s’emparer des ressources du pays.
Au-delà du choc immédiat provoqué par l’attaque américaine, le cas vénézuélien illustre une leçon plus large de l’économie mondiale contemporaine : à l’ère des sanctions, de la transition énergétique et des rivalités géopolitiques, posséder du pétrole ne garantit plus ni prospérité ni souveraineté. Le Venezuela, avec ses vastes réserves, incarne l’échec d’un modèle rentier incapable de transformer son abondance énergétique en puissance durable.

