L’invitation de Didier Raoult à Liège fait débat: « Son arrogance me dérange mais il s’est calmé » (Mise à jour)

Le 12 novembre prochain, le professeur Didier Raoult participera aux Grandes conférences liégeoises. Il reviendra notamment sur son point de vue très controversé sur l’usage de l’hydroxychloroquine comme traitement contre le coronavirus. Une arrivée acclamée par les uns, décriée par les autres. Ainsi, sur Twitter, on peut voir Olivier Bierin, député wallon Ecolo de l’arrondissement liégeois, crier « au grand n’importe quoi ». Pour Damien Ernst, professeur à l’université de Liège, par contre c’est une chance. « Didier Raoult est un scientifique cité plus de 160.000 fois sur Google Scholar. C’est énorme et c’est un honneur pour Liège de recevoir quelqu’un d’un tel calibre », a-t-il écrit sur Twitter.

Pour Bernard Rentier, virologue et ancien recteur de l’ULiège, l’intervention du professeur Raoult à la conférence n’est pas une mauvaise chose. Contacté par nos soins, il explique néanmoins avoir eu quelques doutes. « J’avais une petite difficulté par rapport à son arrivée à Liège. C’est un personnage controversé, c’est évidemment cela qui nous intéresse en termes de débat et d’intérêt du public. En tant que virologue, je comprends parfaitement tout ce qu’il dit, mais il a un certain sens de la provocation. Par moment, il ne devrait pas dire ce qu’il dit parce que ce n’est pas compris par tout le monde. Sinon, c’est quelqu’un de bon sens », nous confie-t-il.

Bernard Rentier revient notamment sur l’épisode de l’hydroxychloroquine, un traitement que le professeur Raoult a défendu contre vents et marrées depuis le début de l’épidémie. « Il a fait des déclarations fracassantes et tapageuses, comme si c’était le médicament miracle. Il a été très catégorique au début, car il avait fait un test sur très peu de monde et il a eu la sensation que cela pouvait agir dans certaines circonstances. Tout cela a été très mal compris par tout le monde. On a pensé qu’on pourrait sauver les gens dans des états graves alors que lui n’a jamais dit ça. L’idée était plus préventive. Les expériences qui ont été refaites après ont été très mal faites et on est entré de plain-pied dans une discussion de type idéologique. A un point tel que, maintenant, lui-même évite le sujet dans ses interviews. Je pense qu’il ne fera plus de déclarations sur le sujet avant d’avoir assez de données. »

« Je ne sais pas comment il sera à Liège »

Au-delà de l’utilisation controversée de la chloroquine, l’ancien recteur de l’ULG voit beaucoup de justesse dans l’analyse de Didier Raoult. « Quand j’entends ce qu’il pense sur la gravité du virus par rapport à d’autres maladies, je suis bien obligé de reconnaître qu’il a raison. Je ne suis juste pas d’accord avec le personnage, son arrogance me dérange. Mais je dois bien reconnaître qu’il s’est calmé maintenant et qu’il est beaucoup plus posé. Au début, c’était insupportable, sa manière de traiter tout le monde comme des analphabètes était terriblement énervante. Je ne sais pas comment il sera à Liège. Je comprends donc que certains soient contre sa venue, car c’est un personnage qui est entré dans une espèce de légende vivante. »

Pour conclure, Bernard Rentier nous a confié que l’ensemble des places à la conférence seront très certainement vendues. Il a également expliqué qu’il ne voyait pas pourquoi les choses se dérouleraient mal. « Je ne vois pas son intervention comme un risque, sauf s’il dit aux gens ce qu’ils doivent faire et prendre. Mais ça, je suis quasi sûr qu’il ne le fera pas. Je trouve qu’il a utilisé son expérience de virologue pour dire beaucoup de choses qui tiennent la route, mais que beaucoup de gens ne veulent pas entendre car cela vient de lui. »