L’inflation belge reste mesurée en mars, explosera-t-elle en avril ?
Selon une première estimation de l’office statistique de l’Union européenne Eurostat, « l’inflation annuelle dans la zone euro devrait atteindre 2,5% en mars 2026, contre 1,9% en février. » En Belgique, l’inflation annuelle est passée de 1,45% en février à 1,65% en mars, tandis que « les prix […] ont augmenté en moyenne de 13,8% en mars. »
Ce n’est ni une surprise, ni une bonne nouvelle : l’inflation est en train de grimper un peu partout dans la zone euro. Selon une première estimation de l’office statistique de l’Union européenne Eurostat, « l’inflation annuelle dans la zone euro devrait atteindre 2,5% en mars 2026, contre 1,9% en février. »
L’accélération de l’inflation est aussi claire que sa cause : la flambée des prix de l’énergie liée à la guerre au Moyen-Orient. Le baril de pétrole brut de la Mer du Nord – le Brent – est ainsi passé de un peu plus de 70 dollars le vendredi 27 février, veille des premiers bombardements américano-israéliens sur l’Iran, à 118 dollars à la clôture des marchés le mercredi 31 mars. Soit une augmentation spectaculaire de 71% en un mois !
Avec la montée des cours du pétrole, les prix des carburants à la pompe ont rapidement crû. Le prix maximal du litre de diesel est ainsi monté de 1,7580 euro le 27 février à 2,333 euros le 31 mars.
La situation n’est pas plus favorable pour le gaz naturel européen, dont le prix sur les marchés financiers a plus que doublé en mars, passant de 32 euros à la clôture le 27 février à presque 70 euros le 19 mars, avant de redescendre légèrement.
La hausse de l’inflation n’a épargné aucun des pays membres de la zone euro, ce qui est logique puisque les prix du pétrole sont déterminés sur les marchés financiers du monde entier, tandis que les contrats pour le gaz naturel « européen » – le Dutch TTF Natural Gas Futures – se négocient sur une bourse d’échange virtuelle appelée Title Transfer Facility (TTF) située aux Pays-Bas.
### Une hausse de l’inflation belge en trompe-l’œil
Malgré ce contexte international très troublé, les chiffres de l’inflation publiés par le SPF Economie sont modérés : l’inflation annuelle est passée de 1,45% en février à 1,65% en mars.
L’augmentation du taux d’inflation est donc légère, même si certaines hausses des prix, notamment celles des carburants, ont été prises en compte. Le SPF Economie note que « les prix […] ont augmenté en moyenne de 13,8% en mars », ajoutant que « le prix des voyages organisés s’est apprécié de 2,8% en moyenne en mars. »
Dans le même temps, de nombreuses baisses de prix ont freiné l’inflation. « L’électricité a connu une baisse de prix moyenne de 4,4% », indique le SPF Economie. « Le prix de la viande s’est replié ce mois-ci de 1,8% en moyenne. Le prix des boissons alcoolisées affiche aussi une baisse moyenne de 3,5%. Les tarifs des chambres d’hôtel ont diminué de 6,4% en moyenne. Les billets d’avion ont coûté 6,1% de moins en moyenne en mars. »
### Vers une envolée de l’inflation en Belgique au mois d’avril ?
En mars, la Belgique a donc évité une montée brutale de l’inflation. Mais ce n’est sans doute qu’un répit provisoire… Les fournisseurs d’énergie du pays viennent en effet d’actualiser les conditions de leurs contrats fixes et les prix flambent, comme le souligne un article publié ce mercredi sur notre site Info : « On retrouve le niveau de tarif qui était celui du retour des contrats fixes, juste après la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine. Cela peut représenter une augmentation de plus de 600 euros par an. »
Ces nouvelles conditions auront un impact significatif sur les chiffres de l’inflation que le SPF Economie publiera à la fin du mois d’avril.
Un impact important, mais dans quelle mesure ? Difficile à prévoir. Beaucoup d’inconnues subsistent, notamment parce qu’à ce stade, personne ne sait quand la guerre prendra réellement fin.
Une autre inconnue, tout aussi cruciale : à quelle vitesse et avec quelle ampleur la hausse des prix de l’énergie risque-t-elle de « contaminer » le reste de l’économie ? « Pour schématiser », explique l’économiste d’ING Belgique Philippe Ledent, « un choc sur les prix de l’énergie se diffuse dans l’inflation en trois phases distinctes : 1. Il y a d’abord l’impact direct des prix de l’énergie sur le chauffage et les carburants, qui est direct et très rapide. En Belgique, par exemple, alors que les prix des carburants routiers étaient en baisse de 5,5% sur un an en février, ils sont en hausse de 11,9% en mars, faisant grimper l’inflation. Dans les mois à venir, l’effet sur les prix de l’électricité, du gaz et du mazout de chauffage sera également visible, augmentant l’inflation. 2. Ensuite, le choc se propage naturellement aux services de transport, ainsi qu’aux denrées alimentaires et à d’autres produits industriels nécessitant beaucoup d’énergie. 3. Enfin, si le choc est important et durable, il se diffuse partout dans l’économie, à travers les augmentations de prix des phases (1) et (2), puisque chaque bien ou service utilise de l’énergie, mais aussi via les salaires, par exemple. On observe alors une hausse généralisée des prix. »
La phase 3 est-elle inévitable ? Va-t-on revivre un choc inflationniste de la même ampleur que celui de 2022 ? Ce n’est pas certain, surtout parce que le contexte est moins favorable – notamment en ce qui concerne l’emploi – qu’il ne l’était il y a trois ans. « La faiblesse de l’économie », résume Philippe Ledent, « pourrait limiter la capacité des entreprises à répercuter la hausse de leurs coûts sur leurs prix de vente. » Et donc, restreindre l’inflation.

