Belgique

L’identité d’un pharaon mystérieux révélée par des statuettes funéraires.

Les 225 ouchebtis en faïence verte reposaient à quelques mètres d’un sarcophage dont le propriétaire n’était pas identifié, mis au jour le 9 octobre dernier sur le site archéologique de Tanis. L’égyptologue Frédéric Payraudeau a déclaré lors d’une conférence de presse que la découverte de statuettes en place dans une tombe royale n’était pas arrivée depuis 1946 dans la nécropole de Tanis.


Shoshenq III, parfois écrit Chéchonq III en français, est le pharaon méconnu de Tanis qui intrigue les archéologues depuis quelque temps. Bien que son règne soit déjà bien documenté, son identification au sein de la tombe royale de l’ancienne capitale du delta du Nil est une nouveauté.

Le 9 octobre dernier, 225 ouchebtis en faïence verte, figurines funéraires destinées à accompagner le défunt dans l’au-delà, ont été découverts sur le site archéologique. Marqués du nom de Shoshenq III, ils étaient situés à quelques mètres d’un sarcophage dont le propriétaire n’avait pas encore été identifié. L’équipe franco-égyptienne consacrée à la fouille ne s’attendait pas à une telle découverte.

L’égyptologue Frédéric Payraudeau a commenté cette trouvaille lors d’une conférence de presse rapportée par l’AFP : « Trouver des statuettes en place dans une tombe royale, ce n’est pas arrivé depuis 1946 dans la nécropole de Tanis et, je crois, jamais dans la vallée des Rois », à l’exception de la tombe de Toutankhamon découverte en 1922. « Quand on a vu trois ou quatre statuettes collées, on a su tout de suite que ça allait être génial. »

### Des serviteurs dans la mort

Il a fallu dix jours pour extraire les ouchebtis, des objets souvent retrouvés dans les tombes égyptiennes. Selon les croyances de l’époque, ces statuettes devaient accompagner le défunt dans l’au-delà, car les âmes étaient censées poursuivre leurs tâches quotidiennes après la mort. Les ouchebtis étaient ainsi des serviteurs chargés d’œuvrer à la place des défunts.

Shoshenq III, roi de la XXIIe dynastie, avait visiblement besoin de ces ouchebtis pour sa vie après la mort. Ayant vécu entre 830 et 791 avant notre ère, il n’a pas régné sur toute l’Égypte, mais seulement sur le delta, à une époque où le pays était fortement divisé. Les quarante ans de règne de Chéchonq III ont été marqués par « une guerre civile très sanglante entre la Haute-Égypte et la Basse-Égypte, avec plusieurs pharaons qui s’affrontaient pour le pouvoir », a expliqué l’égyptologue. Tanis, capitale du nord, abrite donc une nécropole royale où plusieurs pharaons reposent depuis des millénaires.

Les ouchebtis découverts sont actuellement à l’étude et seront transférés au Musée du Caire, où se trouvent déjà de nombreux objets issus de la nécropole royale de Tanis. Fait notable : plus de la moitié de ces statuettes représentent des femmes, alors que les ouchebtis sont généralement des figures masculines. Cette caractéristique pourrait fournir des informations précieuses sur les pratiques funéraires de cette époque.

### Un pharaon déplacé

Jusqu’à présent, il était pensé que Shoshenq avait été enterré dans une autre tombe, où un sarcophage portant son nom contenant des ossements avait été découvert en 1940. Cependant, il apparaît désormais qu’il était enterré sur le site récemment fouillé, dans la chambre nord de la tombe d’un autre pharaon, Osorkon II.

« Pourquoi n’est-il pas enterré dans cette tombe ? Évidemment, pour un pharaon, construire sa tombe c’est un pari, car vous ne pouvez jamais être sûr que votre successeur va bien vous enterrer à cet endroit. Manifestement, on a une nouvelle preuve que ces paris ne sont pas toujours réussis ! » a souligné Frédéric Payraudeau.

Une autre hypothèse suggère que le pharaon a pu être déplacé durant l’Antiquité pour éviter le pillage, qui a ravagé presque toutes les tombes royales en Égypte, à l’exception de celle de Toutankhamon, la seule à avoir été retrouvée intacte. Le ministère égyptien des Antiquités a qualifié cette découverte de « percée scientifique unique », la plus importante dans la nécropole royale de Tanis depuis 1946.