Belgique

L’Espagne régularise plus d’un demi-million de sans-papiers : 5 questions clés.

La réforme en Espagne, qui vise à régulariser exceptionnellement tous les immigrés en situation irrégulière, fait suite à une initiative populaire signée par plus de 600.000 personnes et soutenue par environ 900 associations. Le gouvernement espagnol a approuvé le 27 janvier 2026 un plan visant à régulariser par décret des migrants qui devront prouver une résidence de 5 mois et avoir un casier judiciaire vierge.

Origine de cette mesure

Cette réforme découle d’une initiative populaire signée par plus de 600 000 citoyens et soutenue par environ 900 associations, qui demandait la régularisation exceptionnelle de tous les immigrés en situation irrégulière en Espagne. Depuis trois ans, des ONG et des organisations caritatives proches de l’Eglise réclamaient cette mesure. Les syndicats et le secteur patronal la soutenaient également. En effet, des secteurs tels que le tourisme, la construction et l’aide à la personne dépendent fortement de cette main-d’œuvre étrangère. L’Espagne n’avait pas réalisé une telle régularisation depuis 20 ans. Cela vise également à contrer efficacement le travail non déclaré et à permettre aux immigrés de contribuer davantage à l’économie (notamment par le biais des impôts).

Des migrants originaires du Maroc et du Mali travaillent dans un restaurant de la ville basque espagnole de Saint-Sébastien, le 5 février 2026. Le gouvernement espagnol de gauche a approuvé le 27 janvier 2026 un plan visant à régulariser par décret enviro © ANDER GILLENEA / AFP

Bénéficiaires de cette mesure

Les demandeurs devront prouver qu’ils résident dans le pays depuis au moins cinq mois et avoir un casier judiciaire vierge. Cette régularisation permettra de « travailler dans n’importe quel secteur, partout dans le pays » a déclaré la ministre Elma Saiz. « À partir du mois d’avril, toutes les demandes pourront être déposées jusqu’au 30 juin », a précisé la ministre. Selon les ONG, 90 % des réfugiés proviennent d’Amérique latine, principalement de Colombie et du Venezuela. Les personnes du Maroc, du Sénégal et du Pakistan arrivent loin derrière. L’Espagne est l’un des trois principaux points d’entrée de l’immigration en Europe, avec l’Italie et la Grèce, principalement via son archipel des Canaries, situé au large du Maroc.

Ce que nous faisons, c’est reconnaître et donner de la dignité, et offrir des garanties, des opportunités et des droits aux personnes qui se trouvent déjà dans notre pays

Elma Saiz, Ministre de l’Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations d’Espagne

Réactions des réfugiés concernés

Du côté des migrants, un immense soulagement est observé. Les ambassades et consulats sont pris d’assaut depuis l’annonce gouvernementale de la semaine dernière, notamment pour obtenir le document concernant le casier judiciaire. Rania, une Colombienne de 33 ans, déclare ainsi au micro d’Henry de Laguérie : « Ça fait deux ans que je suis en Catalogne et que je travaille au noir. Je suis femme de ménage. J’ai deux filles, mineures. Donc le permis de résidence va nous changer la vie : je vais avoir un bon travail avec un meilleur salaire, je vais vivre mieux. On commence les démarches, c’est ce qui pouvait nous arriver de mieux. »

Réactions des forces politiques

Des manifestants brandissent une banderole sur laquelle on peut lire « Non à la régularisation massive » lors d'une manifestation contre une régularisation massive des migrants devant le siège du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE).

En Espagne, le gouvernement actuel est de gauche. La décision a été prise au cours d’une réunion entre le gouvernement socialiste et son allié d’extrême gauche, Podemos. Du côté de l’opposition, bien que la droite ait également exprimé son soutien à la mesure, des réserves ont été émises, principalement concernant le calendrier et la forme de la régularisation. Toutefois, lorsque le Parti Populaire était au pouvoir – sous le mandat de José Maria Aznar – il a également procédé à des régularisations massives. Régulièrement, Madrid effectue de telles opérations, quel que soit le spectre politique en place.

En ce qui concerne l’extrême droite, celle-ci s’oppose fermement, dénonçant un « effet d’appel d’air » potentiel et liant immigration et insécurité.

Défis de cette régularisation massive pour le pays

Le principal défi reste le logement. La croissance démographique en Espagne est forte, atteignant même des records en Europe. La population devrait bientôt dépasser les 50 millions d’habitants. Pour référence, elle était de 40,5 millions en 2000 et de 45 millions en 2007. Cependant, l’Espagne fait face à une crise de croissance. Les services publics sont sous pression, les infrastructures peinent à se moderniser, surtout dans le secteur des transports en commun (les récents accidents de train survenus en janvier en témoignant) et il y a un manque important de logements. « L’Espagne accélère, mais ses coutures commencent à se tendre dangereusement », rapportait la presse. « Il y a seulement 2 % de logements publics sur le marché, et le marché privé a cessé de construire » explique un professeur d’université à notre correspondant. « Chaque année, entre 110 000 et 120 000 logements neufs sont construits, alors que chaque année, le pays gagne 300 000 habitants. » De plus, les nouveaux arrivants ne se répartissent pas uniformément dans le pays, 90 % d’entre eux choisissant depuis 25 ans de s’installer à Madrid ou sur la côte méditerranéenne. D’après les dernières statistiques fournies par l’Institut national de la statistique, plus de sept millions d’étrangers résident en Espagne.

Yacoba et Arseny, des jeunes ukrainiens, jouent de la guitare chez eux à Gijón, dans le nord de l’Espagne, le 21 avril 2022 (illustration). © MIGUEL RIOPA / AFP