Belgique

Les principaux facteurs de surexposition aux PFAS à Chièvres, Ronquières, Nandrin et Florennes

Les quatre zones prioritaires « à risques PFAS » identifiées en Wallonie incluent les localités de Chièvres, Ronquières, Nandrin et Florennes. L’étude effectuée par l’ISSEP a révélé une surexposition des résidents de ces zones au PFAS, quel que soit leur âge, comparé à la population générale wallonne.


Petit rappel d’usage, au cas où vous les auriez oubliés : les PFAS ou « produits chimiques éternels » comprennent 4700 substances chimiques très persistantes dans notre environnement et notre corps. On les trouve notamment dans les poêles antiadhésives, les boîtes de pizza et certains tissus imperméables. Ils ont également été employés dans le passé dans les mousses anti-incendie utilisées par les pompiers, dans des établissements scolaires de lutte contre les incendies ou sur des bases militaires. Des sites industriels et des lieux de broyage de métaux en conservent également des traces.

Dans la nature, ces molécules persistent dans les eaux souterraines ou superficielles, l’air, le sol, ou la chaîne alimentaire. En fin de compte, notre corps montre une présence persistante de ces substances en fonction de notre exposition.

## Biomonitoring

Quatre zones prioritaires « à risques PFAS » ont été identifiées en Wallonie : elles comprennent certaines localités de Chièvres, Ronquières, Nandrin et Florennes. L’ISSEP, l’Institut scientifique de Service Public, a mené des campagnes de biomonitoring humain dans ces zones, à la demande du Service public wallon de l’Environnement.

Des analyses de sérum sanguin ont été effectuées sur les résidents de ces zones. Les résultats déjà présentés ont mis en lumière une surexposition des habitants aux PFAS, peu importe leur tranche d’âge, par rapport à la population générale wallonne.

Pour mieux comprendre les facteurs déterminants de ces niveaux d’imprégnation, les résidents ont été invités à répondre à des questionnaires sur leurs habitudes de vie, leur alimentation et leur environnement. Plus de 1600 participants ont répondu. Les résultats de cette étude viennent d’être publiés et seront présentés aux principaux intéressés lors de séances d’information.

En croisant les niveaux de PFAS mesurés avec les réponses des habitants, il apparaît que l’eau du robinet est le principal facteur d’exposition. De plus, les personnes ayant vécu dans l’une de ces quatre zones pendant plus de dix ans présentent des imprégnations significativement accrues. À mesure que l’âge des résidents augmente, la concentration de PFAS observée augmente également. S’il fallait une preuve supplémentaire que les PFAS s’accumulent tout au long de la vie…

## L’eau du robinet, facteur déterminant n°1

À quelle fréquence lavez-vous les fruits et légumes ? Consommez-vous principalement de l’eau du robinet ? […]

Voici deux exemples d’une longue liste de questions, incluant également la consommation d’œufs ou de fruits et légumes produits dans la zone, la fréquence d’utilisation de poêles antiadhésives ou de lingettes nettoyantes, ainsi que la fréquence de nettoyage du logement ou d’utilisation de lait solaire.

L’un des déterminants des imprégnations en PFAS mesurées dans cette étude est la consommation d’eau du robinet comme principale source d’eau potable.

Concernant les principaux PFAS (PFHxS, PFOA, PFOS et PFHpS), les personnes ayant indiqué avoir consommé de l’eau de distribution avant novembre 2023 (avant la crise des PFAS et les premières mesures sanitaires, ndlr) présentent des imprégnations plus élevées, variant, selon le type de PFAS et les individus, de 25 % à près de 225 %.

À proximité des zones de captage d’eau, des imprégnations plus élevées pour la plupart des PFAS étudiés sont observées chez toutes les classes d’âge.

## Dis-moi ce que tu manges

Pour les mêmes types de PFAS, les résidents qui ont consommé des œufs produits localement dans la zone d’étude présentent également des niveaux d’imprégnation plus élevés que ceux qui ont déclaré ne jamais ou rarement en consommer (avec, ici aussi, selon le type de molécule et l’individu, une augmentation allant de 13 à 123 %).

Pour les produits de la mer, les résultats varient selon l’âge et le type de PFAS examiné. Les plus de 60 ans qui consomment du poisson au moins une fois par semaine voient leur imprégnation augmenter pour un type de PFAS, mais diminuer pour un autre (le PFOS diminue pour eux dans cette tranche d’âge, mais augmente chez les jeunes consommateurs réguliers de produits de la mer). Néanmoins, la consommation fréquente de poissons et fruits de mer est liée à des niveaux d’exposition plus élevés, comme l’ont déjà établi l’Agence européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) et d’autres études internationales.

De manière générale, la consommation d’aliments tels que les fruits et légumes influence les imprégnations en PFAS, mais jamais autant que le fait d’avoir consommé de l’eau du robinet, qui reste l’un des principaux déterminants.

Dans cette étude, l’utilisation de produits cosmétiques ou d’ustensiles de cuisine contenant des PFAS ne s’avère pas significativement corrélée, contrairement à la consommation d’eau. L’étude note cependant que l’utilisation de récipients en plastique au micro-ondes au moins une fois par semaine est associée positivement aux imprégnations de deux types de PFAS (PFHpS et PFOS) chez les 20-39 ans.

## Différences selon le sexe et la masse corporelle

L’étude révèle également que les hommes (entre 20 et 59 ans) ont des concentrations significativement plus élevées que les femmes. Les auteurs du rapport se réfèrent à d’autres études existantes pour avancer des pistes d’explications, notamment à travers les processus physiologiques propres aux femmes, comme les menstruations, la grossesse et l’allaitement. Une autre explication pourrait résider dans des variations de comportement alimentaire.

L’indice de masse corporelle (IMC) joue également un rôle : quelle que soit l’âge, un IMC plus faible est associé à des concentrations en PFAS plus élevées chez les participants, ce que ne confirme pas nécessairement la littérature scientifique qui indique parfois l’inverse.

L’ISSEP précise les limites de son étude : le questionnaire, rempli par les participants eux-mêmes, peut être sujet à des biais de mémoire, à l’absence de réponses ou à des incompréhensions sur certaines questions, ou ne pas aborder des facteurs importants. Ainsi, selon l’institut, « considérer les résultats comme des indications générales et non comme des conclusions définitives ou des preuves de cause à effet ».

Ces éléments fournissent tout de même des associations claires et cohérentes avec ce que dit la science concernant les sources d’exposition aux PFAS, avec la particularité que cela se produit chez nous, en Wallonie.

## Que faire ?

L’étude se conclut par diverses recommandations. Certaines s’adressent aux autorités et aux services publics. D’autres sont destinées aux citoyens eux-mêmes.

Il est essentiel de maintenir la surveillance de la qualité des eaux de distribution. Une prochaine étude devrait également analyser les œufs produits chez les habitants des zones concernées, avec des résultats attendus pour l’année 2028. Ces œufs peuvent être contaminés de différentes manières, que ce soit par l’alimentation des poules, leur source d’eau ou le sol. En attendant, les citoyens des zones étudiées sont invités, par principe de précaution, à ne pas consommer d’œufs dits « autoproduits ».

Enfin, informer et sensibiliser la population de Wallonie semble indispensable pour réduire les sources potentielles d’exposition, en attendant un nouveau biomonitoring dans quelques années qui devrait permettre de suivre l’évolution de la situation.