Les petits formats : les blockbusters cachés des librairies.
Le Figaro littéraire a publié son classement 2025 des romans d’auteurs francophones, établi avec l’Institut NielsenIQ BookData/GfK, qui prend en compte tous les formats de fiction publiés, à l’exception des essais, bandes dessinées et livres jeunesse. En France, les dix premiers auteurs du classement représentent 16% des ventes en volume de fiction, avec 6,8 millions d’exemplaires vendus.
Le Figaro littéraire a publié son classement 2025 des romans d’auteurs francophones, réalisé en collaboration avec l’Institut NielsenIQ BookData/GfK. Ce classement inclut tous les formats de fiction (hors essais, bandes dessinées et livres pour la jeunesse), basé sur les ventes en librairie et en ligne, dans tous les circuits de distribution (librairies, supermarchés, etc.). Seuls les formats numériques ne sont pas pris en compte.
Le premier point notable est que **les dix principaux auteurs du classement français représentent à eux seuls 16 % des ventes en volume de fiction française et francophone en 2025**, avec 6,8 millions d’exemplaires vendus.
Un second constat est que **8 des 10 auteurs de ce top 10 ont vendu entre 70 et 80 % de leurs livres en format de poche.** Cette réalité n’est pas toujours perceptible dans le vaste cadre médiatique entourant les nouvelles parutions en grand format. Derrière les succès frappants, se cachent également des livres plus petits… En fait, tout le marché est soutenu par ce format.
* »En France, un livre sur quatre fabriqué est un livre de poche, »* indique Jean-Yves Mollier, **professeur émérite d’histoire contemporaine et spécialiste de l’histoire de l’édition, du livre et de la lecture.**
> Il se vend environ 440 millions de livres en France chaque année, dont 100 à 120 millions de livres de poche. C’est absolument considérable.
Après un bref aperçu des chiffres français et belges du palmarès, concentrons-nous un peu plus sur ces livres de poche qui ont tant d’importance.
### Grimaldi, au sommet du classement français
En France, l’autrice Virginie Grimaldi se classe en tête : son livre *Les Heures fragiles*, publié en mai 2025, s’est vendu à 1,3 million d’exemplaires. Elle succède ainsi à Mélissa Da Costa, classée quatrième, qui n’a pas proposé de nouveauté en 2025. Cette dernière a vendu 93 % de ses livres en format de poche.
En deuxième position, on trouve Morgane Moncomble, suivie de David Foenkinos, qui a vendu 800 000 exemplaires, dont 80 % en poche.
Les livres de poche constituent donc des ingrédients du succès. Avec une exception majeure : le prix Goncourt 2025 a été attribué à Laurent Mauvignier, ayant vendu plus de 547 000 exemplaires en grand format de *La Maison vide*, contre « seulement » 50 000 en format de poche. En termes de chiffre d’affaires, en raison du coût plus élevé du grand format, cela le place juste devant Virginie Grimaldi.
### Un phénomène mondial : Freida McFadden
À noter qu’en tenant compte des auteurs étrangers, un phénomène domine le marché français, tous formats confondus : Freida McFadden, autrice de *La Femme de ménage*, a vendu 6,7 millions d’exemplaires de ses différents titres, autant que la totalité des auteurs français du top 10.
Un succès similaire se constate en Belgique, bien que sur une échelle plus réduite.
### Dans le top belge, Philippe Boxho derrière *La Femme de ménage*
L’institut qui s’est penché sur les chiffres pour la France n’a pas pu fournir d’étude équivalente pour la Belgique. Cependant, des classements existent, notamment ceux des librairies indépendantes et du PILEn (Partenariat interprofessionnel du livre et de l’édition numérique), qui incluent aussi d’autres points de vente comme les supermarchés.
Globalement, comme en France, on ne peut ignorer la montée en flèche de Freida McFadden, dont *La Femme de ménage* a atteint près de 100 000 exemplaires vendus, se hissant en tête du classement. L’autrice place quatre titres dans le top 5 et huit dans le top 20, tous formats confondus. Un véritable phénomène.
Philippe Boxho, quant à lui, occupe la cinquième place du classement et est le premier auteur francophone avec *La mort, c’est ma vie*, qui a enregistré 38 000 exemplaires écoulés en Belgique, sans compter ses autres works – cinq au total dans le top 20. Sa maison d’édition, Kennes, belge, en tire une grande satisfaction, un fait suffisamment rare pour être souligné.
### Un soutien des librairies indépendantes
La sixième place de ce classement global revient à Salomé Saqué avec son livre *Résister*, qui a vu ses ventes soutenues par les librairies indépendantes. Ce livre se classe premier dans ces établissements (avant Freida McFadden).
Dans le classement des librairies indépendantes, on note également la présence de *La Maison vide* (Laurent Mauvignier, 4e place), *Mon vrai nom est Elisabeth* (Adèle Yon, 5e place) et *L’heure des prédateurs* (Giuliano Da Empoli, 8e place). À la 9e position, la Belge Caroline Lamarche avec *Le Bel Obscur*, suivie de Philippe Boxho en dixième position. Ces titres se vendent en grand format. Toutefois, il est clair que, chez nous aussi, les petits formats demeurent incontournables.
Le Syndicat des libraires francophones de Belgique précise qu’environ un tiers des livres vendus sont des livres de poche. Ce chiffre est en progression et représente 18 % du chiffre d’affaires.
* »Le poche a vraiment pris une importance au niveau des ventes en librairie, »* souligne Gaëlle Charon, déléguée générale du SLFB. * »C’est une question de budget. Et le poche sort assez rapidement après le grand format, pour certains titres, et donc certains clients sont plus susceptibles d’attendre la sortie du poche. »*
### Un succès fondé sur le prix, mais pas seulement
Le succès des livres de poche repose d’abord sur leur prix. * »Le prix médian du livre en France est de 10 euros, et c’est précisément grâce au poids du livre de poche, »* explique Jean-Yves Mollier. * »Sinon, un livre ordinaire de roman coûte plutôt autour de 22 euros. »*
C’est d’ailleurs ce critère de prix qui a présidé à la création de ce format – en 1953 pour la France, en 1949 pour la Belgique, en 1939 aux États-Unis et en 1935 en Angleterre. * »Dans les premières années, ce sont les débuts. Bien sûr, les titres édités au format poche se vendent très bien, mais ils ne sont pas encore très nombreux, »* expose Jean-Yves Mollier.
* »Dès le début des années 1960, la part du poche devient significative et ne fera que croître. Tous les grands éditeurs lancent leur propre collection de poches car, tout simplement, le lectorat, les consommateurs, les plébiscitent. »*
De nos jours, toutes les grandes maisons d’édition en proposent : les locomotives étant les collections du Livre de poche (Hachette) et Folio (Gallimard), suivis de J’ai lu et Pocket.
> Sans le passage du livre au rang de biens de consommation courante, on n’aurait pas connu une telle progression. Le livre n’aurait pas acquis l’importance qu’il a dans nos sociétés.
Un autre facteur majeur contribuant à ce succès reste l’instruction obligatoire.
*Le système éducatif généralisé, qui s’est installé à la fin du XIXe siècle, ne concernait que les enfants de 6 à 13 ou 14 ans. À partir des années 1960, l’obligation scolaire est étendue à 16 ans et aujourd’hui jusqu’à 18 ans. Chacun passe par le système scolaire et donc la lecture progresse considérablement.*
Le développement des bibliothèques publiques contribue également, après une certaine initiale réticence, à faire circuler ces livres de poche.
Au commencement, la part de la littérature classique était importante, liée à son utilisation dans le système scolaire, * »aujourd’hui cela ne représente qu’une part minime de l’économie des livres de poche. »* Toutefois, cela contribue à maintenir vivants des auteurs tels que Zola, Jean-Paul Sartre ou Albert Camus, qui furent parmi les premiers à se vendre à des millions d’exemplaires.

