Les milliardaires, plus nombreux et plus riches, ce n’est pas une bonne nouvelle.
En 1987, le magazine américain Forbes a dénombré 147 milliardaires dans le monde, et l’année dernière, ce chiffre a atteint 3028. Selon Oxfam, « depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2024, la fortune des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois plus élevé que la moyenne annuelle des cinq années précédentes ».

Lorsque le magazine américain Forbes a commencé à recenser les milliardaires dans le monde en 1987, il en comptait 147. L’année dernière, ce chiffre avait grimpé à 3028, soit une augmentation de 247 par rapport à 2024. Non seulement leur nombre a augmenté, écrit le magazine, mais leur richesse n’a jamais été aussi élevée, atteignant un total de 16 000 milliards de dollars, ce qui représente près de 2000 milliards de plus qu’en 2024. Les États-Unis comptent un record de 902 milliardaires, suivis par la Chine (516, Hong Kong inclus) et l’Inde (205). »
En tête du classement, Elon Musk. Déjà reconnu comme l’homme le plus riche du monde selon Forbes l’année dernière, il l’est encore davantage aujourd’hui, comme l’indique la mise à jour en temps réel du magazine. Ce 19 janvier, sa fortune est estimée à près de 780 milliards de dollars, alors que dans le classement « figé » du début de 2025, elle n’était que de 342 milliards…
Les ultra-riches menacent-ils la démocratie ?
A l’occasion de l’ouverture du Forum de Davos, l’organisation internationale Oxfam a publié un rapport intitulé « Résister au règne des plus riches. Défendre la liberté contre le pouvoir des milliardaires ». Oxfam remarque que « depuis l’élection de Donald Trump en novembre 2024, la fortune des milliardaires a augmenté à un rythme trois fois plus rapide que la moyenne annuelle des cinq années précédentes […] alors qu’une personne sur quatre dans le monde souffre de la faim« .
Mais Oxfam ne se contente pas de mettre en lumière la croissance fulgurante de la richesse des ultra-riches et son lien avec la faim mondiale, elle les accuse également de nuire à la démocratie, soulignant qu’il est « contraire au progrès et à l’équité que des milliardaires utilisent leur richesse pour acheter une personnalité politique, influencer un gouvernement, acquérir un journal ou un réseau social, ou dissuader toute opposition en s’appuyant sur leurs puissantes équipes juridiques pour garantir leur impunité devant la justice. De tels pouvoirs confèrent aux milliardaires une emprise sur notre avenir collectif, sapent la liberté politique et érodent les droits du plus grand nombre. »
En d’autres termes, selon Oxfam, l’accumulation d’une immense richesse par un très petit nombre d’entrepreneurs – mais aussi, de plus en plus souvent, d’héritiers – constitue un défi pour nos démocraties. Pour renforcer leur message, l’organisation évoque l’Histoire, rappelant qu’« il y a un siècle, face aux inégalités criantes aux États-Unis, le juge de la Cour suprême Louis Brandeis déclarait : « Nous pouvons avoir soit la démocratie dans ce pays, soit une grande richesse concentrée entre les mains de quelques-uns. Mais pas les deux » ».
Ces milliardaires américains se mettant à genoux devant Trump…
Prenons un exemple : Jeff Bezos, le riche fondateur d’Amazon, qui a acquis le célèbre Washington Post en 2013. Au début, le journal ne rencontre pas de problèmes majeurs.
Cela ne va cependant pas durer… En 2024, Jeff Bezos retire le soutien de son journal à la candidate démocrate à la présidence, Kamala Harris, brisant ainsi la tradition du Washington Post, « vraisemblablement pour protéger ses intérêts commerciaux, selon le quotidien suisse 24 Heures. Ses entreprises dépendent fortement des contrats gouvernementaux, surtout Amazon, qui bénéficie de ces accords grâce à ses services de cloud computing”. Il préfère ne pas compromettre son avenir car, à l’époque, beaucoup estiment que Donald Trump a de grandes chances de (re)devenir le président des Etats-Unis.
Le 4 janvier 2025. Donald Trump sera le nouveau président des Etats-Unis, il a remporté l’élection présidentielle en novembre, et doit encore prêter serment. Ce jour-là, un nouvel événement frappant se produit : la dessinatrice de presse Ann Telnaes démissionne avec fracas du Washington Post, parce que, affirme-t-elle, la direction a refusé de publier une de ses caricatures. Une caricature particulière, à dire vrai… « Cette caricature censurée critiquait les PDG milliardaires des géants de la technologie et des médias qui cherchaient à obtenir les faveurs du président élu Donald Trump, explique-t-elle sur son blog. De nombreux articles récents faisaient[… ] état de ces dirigeants bénéficiant de contrats gouvernementaux lucratifs et souhaitant que la nouvelle administration mette fin à plusieurs règlementations [concernant leurs activités], se rendant à Mar-a-Lago [la résidence de Donald Trump]. Parmi les personnages figurant dans la caricature, on trouvait Mark Zuckerberg (fondateur et PDG de Facebook/Meta), Sam Altman (PDG d’Open AI), Patrick Soon-Shiong (éditeur du Los Angeles Times), la Walt Disney Company (ABC News) et Jeff Bezos (propriétaire du Washington Post)« .
La Maison Blanche et les ultra-riches : qui contrôle qui ?
La caricature d’Ann Telnaes non publiée par le Washington Post suggère que les ultra-riches américains se prosternent devant un président américain tout-puissant. Mais est-ce réellement la vérité ? Pas selon l’économiste américain Jeffrey Sachs.
Catalogué plutôt à gauche sur l’échiquier politique aux États-Unis, il a récemment déclaré : « Les dix Américains les plus riches possèdent déjà 2300 milliards de dollars. C’est énorme pour dix individus. Ce ne sont pas dix entreprises, ni dix clans. Ce sont dix personnes. Mais ils possèdent bien plus encore. Ils contrôlent la Maison-Blanche. Ils ont nommé le vice-président. Ils déterminent la politique du gouvernement américain. Ils contrôleront les cryptomonnaies, qui deviendront nos principales monnaies. Ils contrôlent toutes les grandes plateformes de communication. Ils contrôlent YouTube, bien sûr, plateforme grâce à laquelle je peux parfois dire des choses qui déplaisent au gouvernement américain – mais je ne sais pas pour combien de temps encore. Ils contrôlent mon adresse e-mail. Ils ont accès à l’historique complet de mes frappes au clavier ces dix dernières années, sans aucun doute. Ils contrôlent ma vie privée. Ils possèdent des journaux comme le Washington Post, propriété de Jeffrey Bezos. Ils posséderont bientôt Tik-Tok USA. […] Nous sommes donc face à une concentration de pouvoir très étrange, je crois sans précédent. La démocratie [américaine, ndr] est déjà détruite.”

