Les événements de Minneapolis renforcent-ils la politique de Trump dans une société américaine plus clivée que jamais ?
Les autorités fédérales, dirigées par les républicains et le président Donald Trump, défendent les agents de l’immigration accusés d’avoir agi en état de légitime défense malgré les images qui montrent le contraire. Bill Clinton a exhorté les Américains à « se lever et s’exprimer » après la mort de deux citoyens américains à Minneapolis, et a déclaré que l’administration Trump « nous a menti » au sujet de ces décès.
Il y a deux camps en présence, représentant des partis opposés. D’un côté se trouvent les autorités fédérales, contrôlées par les républicains et le président Trump, et de l’autre, les autorités locales de Minneapolis et du Minnesota, dirigées par des démocrates. Deux anciens présidents de ce parti, Clinton et Obama, appellent les Américains à se mobiliser pour défendre les valeurs de la démocratie américaine.
Les autorités fédérales sous Donald Trump soutiennent les agents de l’immigration, qui auraient agi en état de légitime défense, même lorsque les images semblent montrer le contraire. « C’est à cause du chaos provoqué par les Démocrates, » justifie le président actuel. Ses déclarations suscitent l’indignation de l’opposition démocrate, qui évoque des mensonges et une police de l’immigration incontrôlée. Bill Clinton a exhorté dimanche les Américains à « se lever et s’exprimer, » dénonçant des « scènes horribles » à Minneapolis, où deux citoyens américains ont été tués par la police. « Il appartient à tous ceux d’entre nous qui croient en la promesse de la démocratie américaine de se lever, de s’exprimer, » a déclaré l’ancien président démocrate, affirmant que l’administration Trump « nous a menti » au sujet de ces deux décès.
Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, demande le départ des agents fédéraux de son État. Il réclame aussi que l’enquête sur les décès de Renee Good et Alex Pretti soit gérée par les autorités locales plutôt que fédérales, estimant qu' »on ne peut pas se fier à l’État fédéral. » Ce lundi, la chaîne CNN a annoncé que le FBI allait enquêter sur les participants aux manifestations à Minneapolis. Un centre de crise a été mis en place pour recueillir des informations sur les manifestants s’opposant à la police de l’immigration (ICE) à Minneapolis. La police fédérale recherche actuellement des volontaires parmi ses membres pour diriger ces opérations. Le FBI est une agence fédérale dont le directeur est nommé par Donald Trump.
La mobilisation actuelle n’a pas atteint le même niveau national que celui de Black Lives Matter en 2020. Les fusillades mortelles à Minneapolis sont liées à des opérations de la police ICE, plutôt qu’à un thème universel comme le racisme systémique dans la police.
Pour Michel Liégeois, professeur de relations internationales à l’UCLouvain, la première difficulté réside dans l’analyse de la structure sociologique des mobilisations, car il n’existe pas d’études fiables. On doit donc se fier aux images diffusées à la télévision : « Je dirais a priori, d’après ce qu’on peut voir, ça reste quand même essentiellement un noyau plutôt progressiste, un électeur naturel démocrate, ou alors des associations de défense spécifiques, soit des droits humains, soit de minorités, qui sont évidemment particulièrement sensibles et réactives et qui ont une vraie capacité de mobilisation à très court terme sur ce genre d’événements. »
Il est essentiel de détecter les signes qui montrent que la mobilisation dépasse cette frange : « On peut voir ici et là des gens vraiment choqués par ce qu’ils voient, qui n’ont pas l’habitude de se mobiliser et qui ne font pas partie d’une association particulière, mais qui estiment que c’est le moment de sortir de chez eux et de montrer leur désapprobation. Mais ce n’est pas encore la majorité. » Cette prise de conscience et cette mobilisation peuvent évoluer par effet boule de neige ou par contaminations successives.
La société américaine actuelle est complexe et divisée. Il y a deux camps, et les situations ne sont pas claires pour le commun des mortels qui a déjà un avis a priori. Chacun interprète les images de la télévision comme bon lui semble. « Soit le doute est permis, et s’il l’est, alors il n’y a pas vraiment matière à se révolter. Soit, on accepte le discours qui nous arrange, c’est-à-dire qu’a priori on est plutôt anti-Trump et donc on accepte tous les discours qui expliquent la situation comme étant un excès manifeste d’usage de la force par une administration publique qui n’en avait pas la légitimité. Soit, au contraire, on pense que Trump fait le job et qu’il a enfin une politique digne de ce nom par rapport aux migrations illégales, et on accepte le discours qui présente les choses comme des rébellions injustifiées contre l’autorité de la loi. »
Ces événements semblent favoriser la politique de Trump. Selon Michel Liégeois, mettre en avant les politiques de lutte contre la criminalité et l’immigration, qui sont fortement liées dans le discours de Trump, n’est pas anodin. « Si on regarde le taux d’approbation des politiques de Trump par catégorie, celle qui a le meilleur taux d’approbation, c’est celle de la lutte contre la criminalité, 47 pour cent. Vient juste derrière la politique de lutte contre l’immigration, 45 pour cent, bien devant la politique étrangère et l’économie. »
Pour Donald Trump, qui se prépare à des élections à mi-mandat dans neuf mois, cela représente une belle opportunité : « Le clan Trump a intérêt à faire en sorte que la thématique des élections ne soit ni l’économie, ni la politique étrangère, mais bien la criminalité et l’immigration. Et c’est exactement ce qui se passe. On ne parle que de ça depuis plusieurs semaines. Ce qui se passe aujourd’hui, contrairement à ce qu’on pourrait penser, n’est donc pas nécessairement négatif pour Donald Trump. Quoi qu’on puisse en penser sur le plan moral, c’est encore la politique la plus approuvée au niveau américain. » Reste à voir si ces événements récents pourraient provoquer des changements dans les sondages et accroître la mobilisation citoyenne contre la politique de la police anti-immigration.

