Belgique

Les critiques d’Hugues Dayez : « The history of sound », une épopée mélancolique.

À la veille de la Première Guerre mondiale, Lionel (Paul Mescal), fils de fermiers du Kentucky, quitte son patelin pour s’inscrire au Conservatoire de musique de Nouvelle-Angleterre. La comédie « Chers parents », écrite par Emmanuel et Armelle Patron, a été jouée plus de 900 fois depuis sa création à Paris en 2021, et attiré plus de 450.000 spectateurs.

L’histoire du son

L'histoire du son

A la veille de la Première Guerre mondiale, Lionel (Paul Mescal), fils de fermiers du Kentucky, quitte son patelin pour s’inscrire au Conservatoire de musique de Nouvelle-Angleterre. Là, il fait la connaissance de David (Josh O’Connor), étudiant issu d’un milieu plus huppé. Malgré leur différence de background, leur complicité est immédiate. David est appelé sous les drapeaux mais, à l’issue du conflit, il propose à Lionel de partager son projet : sillonner la campagne pour enregistrer sur des rouleaux de cire les chansons populaires de l’Amérique profonde. A l’issue de ces mois d’odyssée vécue sous tente, leurs chemins professionnels se séparent… Mais Lionel garde une nostalgie tenace de ces moments suspendus vécus à deux, et va chercher à renouer avec David.

Le fantôme du très beau « Brokeback Mountain » d’Ang Lee plane un peu sur cette histoire d’amour mélancolique entre deux jeunes gens à l’orée de leur carrière : même délicatesse, même goût de l’implicite chez le cinéaste Oliver Hermanus (déjà auteur du très beau « Vivre » avec Bill Nighy). Avec ici un questionnement différent sur l’impact de la musique dans nos vies.

Est-ce que, quand on est passionné de chansons, celles-ci ne deviennent-elles pas inévitablement la bande originale de notre existence, avec tous les chocs émotionnels que cela implique ? « L’histoire du son », sans imposer de réponse, laisse résonner en nous des bonnes questions. Et pour les véhiculer, le jeu tout en nuances de Mescal et O’Connor est un des grands atouts du film.

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Chers parents

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Dans « Chers parents », André Dussollier et Miou-Miou incarnent Vincent et Alice, un vieux couple qui profite d’une retraite paisible dans sa maison de campagne. Vincent et Alice convient leurs trois enfants, adultes et indépendants, car ils ont une bonne et une mauvaise nouvelle à leur annoncer. La bonne : ils vont changer de vie car ils ont gagné à la loterie. La mauvaise : ils ne comptent pas partager le magot avec eux…

Cette comédie sur les effets pervers de l’argent, écrite par Emmanuel et Armelle Patron, a été jouée plus de 900 fois depuis sa création à Paris en 2021, et a attiré plus de 450.000 spectateurs. Inévitablement, vu ce succès, un producteur a proposé à Emmanuel Patron d’en concevoir une adaptation pour le cinéma. Le coauteur a usé d’un procédé très répandu : il a « aéré » sa pièce, autrement dit il a varié les décors et les scènes en extérieur. Mais malgré tous ses efforts, la version cinéma de « Chers parents » qui sort ce mercredi, ce n’est pas du cinéma, cela reste du théâtre filmé.

Pour la petite histoire, Bernard Alane et Frédérique Tirmont, qui ont créé la pièce en 2021, ont été jugés pas assez « bankables » pour le cinéma, et ont donc été remplacés par André Dussollier et Miou-Miou. C’est un procédé peu élégant, mais assez répandu dans le monde des productions françaises…

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Dead of winter

Dead of Winter

Barb (Emma Thompson), veuve de fraîche date, retourne en pèlerinage vers des grands lacs du Minnesota, là où elle et son mari aimaient tant pêcher… Prise dans une tempête de neige, elle demande son chemin à un homme, très bourru, et remarque des traces de sang sur le sol immaculé. Barb ne tarde pas à se rendre compte que l’homme tient en otage une adolescente. Dans cet endroit perdu au milieu de nulle part, Barb réalise qu’elle ne va pouvoir compter que sur elle-même pour tenter de secourir la jeune fille.

A une époque pas si lointaine, ce genre de thriller, ou de « survival movie » aurait eu d’office pour vedette Bruce Willis ou Jason Statham. Mais heureusement, les temps changent, et une actrice de 66 ans – et quelle actrice ! – peut devenir productrice exécutive du film et en endosser le rôle phare. C’est le principal intérêt du film: que le héros ne soit pas campé par un « fier à bras » et soit une héroïne ordinaire, avec son courage mais aussi ses faiblesses. Cela dit, dans les rôles inattendus, on préfère de loin voir Emma Thompson en détective désabusée dans la récente série « Down Cemetery Road ».

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1999. Geert (Arieh Worthalter) et Luc (Jan Hammenecker) sont les codirecteurs d’une entreprise qui innove dans le domaine de la technologie vocale et informatique. Ils sont vus comme des véritables stars en Flandre. Mais derrière la façade d’une société « high-tech » florissante, se cachent des artifices comptables qui ont permis au duo de berner des milliers d’actionnaires confiants. Le scandale va sortir dans la presse, la présidente du C.A somme Geert et Luc d’accepter les conséquences de leurs actes. C’est dimanche, dès lundi matin, la police va débarquer…

« Dust » s’inspire très librement de l’affaire « Lernout et Hauspie », du nom des deux associés, patrons de la société L and H basée à Ypres qui a fait rêver les milieux d’affaires flamands à l’orée des années 2000, avant de connaître un crash retentissant. Cependant le film d’Anke Blondé, scénarisé par Angelo Thijssens, ne cherche pas à être un suspense financier façon « Wall Street » d’Oliver Stone, mais plutôt une étude de comportement : comment, pendant leur dernière journée de liberté, Geert et Luc vont réagir très différemment face au couperet qui les menace. C’est assez finement observé, c’est bien joué, mais le film peine hélas à susciter de l’empathie pour ses deux protagonistes…

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L’amour qui persiste

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C’est la chronique d’une famille qui se délite en Islande. Le père, Magnus, est ouvrier sur un chalutier qui pratique la pêche industrielle. La mère, Anna, réalise des œuvres d’art abstraites avec des traces de métal rouillé, tout en veillant à la bonne marche de la petite ferme qu’ils possèdent. Quand il rentre de ses missions en mer, Magnus vient partager les repas avec les enfants, mais ne peut plus rester passer la nuit avec Anna, qui essaye une séparation à l’amiable. Les deux parents sont frustrés, leurs enfants subissent cette situation floue…

Racontée de cette manière, « L’amour qui persiste » ressemble à un drame familial classique. Mais le réalisateur Hlynur Palmason, histoire de faire son intéressant, multiplie des séquences tantôt anecdotiques, tantôt ésotériques. Où veut-il en venir ? Lui seul le sait. Le film devient alors une caricature de film d’auteur, aussi ennuyeux que prétentieux.

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