Les bourgmestres belges ont déjà transmis à la police 127 noms de personnes ne respectant par la quarantaine

La police peut venir s’assurer chez vous que vous respecter la quarantaine. Jusqu’où peuvent-ils aller? Les bourgmestres ne sont pas d’accord.

La police peut venir s’assurer chez vous que vous respecter la quarantaine. Jusqu’où peuvent-ils aller? Les bourgmestres ne sont pas d’accord.

La plateforme Plasma est active depuis le vendredi 8 janvier. Elle permet aux bourgmestres wallons d’être informés des cas problématiques en matière de respect de la quarantaine et des tests PCR. La police locale peut alors se rendre sur place pour contrôler et sanctionner. Mettre fin à une forme d’impunité en la matière n’a rien d’un objectif secondaire, encore plus avec la présence du variant britannique du virus sur notre territoire. Le voyage au ski d’une mère d’Edegem (Anvers) et le non-respect des règles ont, à titre d’exemple, conduit à la quarantaine de 5.000 personnes.

Alors que le Comité de concertation prépare un renforcement des règles de retour de l’étranger, il convient déjà de faire respecter celles existantes. L’annonce du 8 janvier avait été reçue tièdement par les bourgmestres dont plusieurs assuraient “ ne pas vouloir jouer les shérifs . ” Qu’en est-il plus de 10 jours après le lancement du programme ? “Depuis le 8 janvier, il y a eu 127 cas transmis par les bourgmestres à la police, ce qui constitue un pourcentage très faible du total des quarantaines. Et 169 bourgmestres sur 253 ont activé leur accès à la plateforme ”, pointe Christophe Collignon (PS), ministre wallon des pouvoirs locaux.

En pratique, les personnes qui reviennent de l’étranger doivent rentrer un fichier PLF, lequel est transmis aux services de l’Aviq. Des services spécialement dédiés au tracing doivent en amont s’assurer du respect de la quarantaine et que le test est effectué. “ Cela peut aller jusqu’à 5 appels par jour ”, reprend Christophe Collignon. “Il y 405 équivalent temps plein qui s’occupent de ça.”

Si ces agents ne parviennent pas à joindre la personne, un agent territorial de l’Aviq peut essayer de la contacter. Si une personne refuse ostensiblement la quarantaine ou ne répond pas aux appels, un rapport est rédigé par un inspecteur d’hygiène de l’Aviq, qui le transmet au bourgmestre concerné via la plate-forme Plasma.

Il n’y plus d’impunité car il y a des contrôles et une sanction à la clé ”, reprend Christophe Collignon. “ L’amende, selon le code wallon de l’action sociale, peut aller jusqu’à 500 euros. Et on a pris soin de vérifier que le procureur du roi de Liège nous suivrait sur les dossiers .”

C’est la théorie. En pratique, quelle proportion de ces 127 interventions de bourgmestres s’est transformée en PV destinés au Parquet ? Le ministre ne dispose pas encore de cette information. Et sur le terrain, le système reste fort critiqué. La DH a procédé à un coup de sonde dans de grandes communes du pays. Il y a presque autant d’avis que de bourgmestres. “Sur Mons, depuis vendredi, j’ai au moins une dizaine de cas. La police est allée sur place à ma demande C’est tout à fait possible de faire un suivi ”, tranche le bourgmestre Nicolas Martin (PS). “Il y a des gens qui refusent de collaborer, qui raccrochent le téléphone. Ils mettent en danger les autres. Je n’ai donc pas la moindre hésitation car il s’agit d’une négligence coupable.

Charleroi, Waterloo ou Tournai n’y ont par contre pas encore eu recours. “À ce stade, les choses ne sont pas très claires sur ce que l’on doit faire. Il faut une meilleure concertation et des assurances sur la base légale” , nous indique la porte-parole de Paul Magnette, bourgmestre de Charleroi.

Une réunion avec le gouverneur du Hainaut devait avoir lieu hier après-midi pour éclaircir la situation. “J’attends des précisions sur l’aspect légal. Quand on reçoit les coordonnées d’une personne, que fait-on avec ça ? Revient-il de vacances ?” , se demande Paul-Olivier Delannois, bourgmestre de Tournai. “ On n’en sait rien. Et que doit faire la police si la personne n’ouvre pas la porte ? On ne va pas enfoncer la porte. Pour agir, il faut des précisions et je ne suis pas sûr qu’il faille passer par le bourgmestre. Je ne dis pas que je ne le ferai pas, mais la règle doit être plus claire.”

À Nivelles, un signalement a par exemple été effectué et trois à Namur, selon Maxime Prévot, le bourgmestre. Mais selon la police locale namuroise, les contrôles de police n’ont pas encore été effectués. “Les modalités de mise en œuvre doivent être précisées par le parquet”,  précise la zone. Le système, dont certains jugent qu’il arrive trop tard (Ndlr : à Bruxelles, il n’existe pas encore), est loin d’être parfaitement sur les rails.