Le Washington Post en difficulté ne licencie pas des centaines de journalistes.
Le New York Times rapporte qu’environ 300 journalistes sur 800 sont licenciés dans le cadre d’une restructuration au Washington Post. Selon les médias américains, Amazon a financé à hauteur de 75 millions de dollars le récent documentaire sur la première dame Melania Trump.
L’hémorragie de licenciements touchant tous les services du quotidien intervient dans un contexte de rapprochement entre le fondateur d’Amazon et Donald Trump, un président qui a critiqué la presse traditionnelle depuis son retour au pouvoir.
Le nombre de postes supprimés n’a pas été précisé. Selon le New York Times, environ 300 journalistes sur 800 sont concernés.
Cette restructuration vise à réformer un journal « d’une autre époque » et « inclut des réductions substantielles d’effectifs » dans le but de « sécuriser » son avenir, a expliqué Matt Murray, le directeur exécutif du journal, qui admet qu’il s’agit d’un travail « difficile, mais essentiel ».
Une grande partie des correspondants à l’étranger, y compris tous ceux couvrant le Moyen-Orient, ont été licenciés, a rapporté l’un d’eux à l’AFP. Parmi eux, Lizzie Johnson a évoqué son licenciement alors qu’elle était en reportage sur le front en Ukraine, déclarant sur X : « Je suis bouleversée ».
Les départements des sports, des livres, des podcasts, des pages locales et de l’infographie ont également été particulièrement touchés, certains étant presque totalement supprimés.
« On ne peut pas vider une rédaction de sa substance sans conséquences sur sa crédibilité, son influence et son avenir », a dénoncé le Post Guild, syndicat du journal.
« C’est l’un des jours les plus sombres de l’histoire » du journal, a regretté sur Facebook Martin Baron, ancien rédacteur en chef et figure du journalisme américain. Il a qualifié de « écœurants » les « efforts » de Jeff Bezos pour plaire à Donald Trump, y voyant « un cas d’école » de « l’autodestruction quasi instantanée d’une marque ».
### Réforme en 2024
Le Washington Post, célèbre pour avoir révélé le scandale du Watergate et les Pentagon Papers et qui a remporté 76 prix Pulitzer depuis 1936, traverse une crise depuis plusieurs années.
Durant le premier mandat de Donald Trump, le journal a prospéré grâce à sa couverture jugée sans concession. Cependant, après le départ de Trump de la Maison Blanche, l’intérêt des lecteurs a diminué, entraînant une chute des résultats.
Le journal a perdu 100 millions de dollars en 2024, selon le Wall Street Journal.
À l’automne 2024, le Washington Post n’a pas publié d’éditorial en soutien à Kamala Harris pour la campagne présidentielle contre Donald Trump, alors qu’il avait soutenu les candidats démocrates lors des élections de 2008, 2012, 2016 et 2020.
Beaucoup y ont vu l’influence de Jeff Bezos, qui, trois mois plus tard, a assisté au premier rang de la cérémonie d’investiture de Trump.
Cette décision aurait entraîné la fuite de nombreux abonnés.
Les entreprises de Bezos ont de nombreux contrats avec l’État fédéral, allant du stockage de données à l’espace. D’après les médias américains, Amazon a financé jusqu’à 75 millions de dollars le récent documentaire sur Melania Trump.
### New York Times en forme
« Imprimer des fausses nouvelles n’est pas un modèle économique rentable », a réagi Steven Cheung, porte-parole de la Maison Blanche, sur X.
L’exécutif américain intensifie depuis un an ses attaques contre la presse traditionnelle, multipliant les restrictions d’accès, les procédures judiciaires et les discours accusateurs.
Une vaste réorganisation de la rédaction du Washington Post lancée en 2024 avec une nouvelle direction a secoué l’interne, poussant de nombreux journalistes à rejoindre la concurrence.
Emmanuel Felton, reporter spécialisé dans les questions raciales, a annoncé son licenciement sur X, affirmant : « Ce n’était pas une décision financière, mais bien idéologique ».
En contraste, le New York Times, principal rival du Washington Post, a annoncé mercredi avoir recruté en 2025 plus d’un million d’abonnés numériques, atteignant près de 13 millions au total, confirmant ainsi sa position dominante sur le marché américain de la presse écrite.
Jeff Bezos, dont la fortune est estimée à 245 milliards de dollars par Forbes, a acquis le Washington Post en 2013.

