Le vol de câbles des bornes de recharge menace la France et la Belgique.
Gilles, un habitant de Leval près de Binche, a constaté lors d’un voyage aux sports d’hiver qu’une seule borne de recharge fonctionnait près de Strasbourg, alors que toutes les autres étaient hors d’usage en raison de câbles sectionnés et volés. En Seine-et-Marne, Pierre Yvroud, le président des Energies, a affirmé que plus de 20 stations ont été pillées en une nuit dans un rayon de dix kilomètres.
Gilles reste abasourdi par sa mésaventure. Ce souvenir désagréable de ses vacances de Noël le hante encore. Cet habitant de Leval, près de Binche, se rend récemment aux sports d’hiver avec sa voiture électrique. En quête d’une borne de recharge près de Strasbourg, il est surpris de trouver une station où seule une borne était opérationnelle, engendrant une file d’attente. Les autres bornes étaient HS : les câbles reliant celles-ci à la prise de la voiture avaient été sectionnés et volés.
D’après des informations recueillies, la situation vécue par Gilles n’est pas un incident local mais s’inscrit dans une problématique plus large touchant plusieurs régions, notamment en France. Par exemple, en Seine-et-Marne, de nombreuses bornes sont actuellement inutilisables. Pierre Yvroud, président des Energies, s’est exprimé avec amertume à propos d’une borne de recharge rapide hors d’usage à Melun : « Ils ont sectionné visiblement avec une disqueuse, ça leur prend dix secondes. Nous, on estime que les voleurs vont tirer 50 à 100 euros à la revente du cuivre du câble alors que pour nous, la collectivité, le préjudice est estimé à 5000 euros, sans compter la perte d’exploitation pendant la période de réparation. »
Ce phénomène n’est pas isolé : les vols de câbles se trouvent à se répandre dans toute la France, les stations de recharge devenant des cibles de choix pour les voleurs, qui reviennent après chaque réparation. En Seine-et-Marne, plus de 20 stations ont été ciblées en l’espace de quelques nuits dans un rayon de dix kilomètres, avec à chaque fois des câbles coupés en nombre. Des vidéos d’automobilistes étonnés par ces dégradations lors de leurs tentatives de recharge circulent sur les réseaux sociaux.
La police fédérale belge, devenue réceptive à ce sujet, n’a pas encore observé de cas de criminalité semblable. Il n’existe pas suffisamment de statistiques pour « obtenir un aperçu sur le sujet ». Certaines polices locales auraient effectivement enregistré quelques plaintes, mais celles-ci restent marginales. Les concessionnaires de stations-service sur autoroute ne font pas état d’un phénomène comparable. De même, les magasins Colruyt qui offrent la possibilité de recharger durant les achats ne signalent pas de vols. Maarten Van Houdenhove, du groupe Colruyt, indique que « nos parkings sont surveillés et il y a aussi un grand va-et-vient de clients qui empêchent ces vols, d’autant plus que les bornes ne sont pas des bornes à recharge rapide avec de gros câbles ».
Walériane Dubois-Decroix de Lidl Belgique affirme qu’ « aucun vol de câbles de chargement n’a été constaté dans nos magasins Lidl. Nous ne sommes pas concernés par cette problématique ». Interparking, gérant plusieurs bornes de recharge en Wallonie, Flandre et à Bruxelles, n’a pas encore remarqué ce type de vol. La société Dats24, qui dispose de 145 stations-service en Belgique, précise qu’elle ne constate pas actuellement ce phénomène : « Nous n’avons pas observé la même problématique qu’en France ou en Allemagne. Nous avons recensé deux vols de câbles dans des zones totalement distinctes. De plus, nos hubs de recharge sont équipés de vidéo surveillance, un moyen de dissuasion efficace. »
Les voleurs encourent moins de risques lorsqu’ils ciblent des stations de recharge plutôt que de s’attaquer au cuivre des réseaux ferroviaires. Les stations sont accessibles, peu protégées, et les infractions peuvent se faire nuit et jour, surtout dans celles peu fréquentées. Les câbles volés sont aussi plus légers et faciles à manipuler. Un câble de recharge ne mesure que quelques mètres et pèse environ cinq kilogrammes. En termes de volume, les malfaiteurs peuvent rapidement engranger des gains intéressants, le prix du cuivre ayant atteint des sommets, se vendant entre dix et douze mille euros la tonne. Cette dynamique pourrait faire augmenter les actes de vandalisme et de vol à l’avenir, à moins que des solutions ne soient trouvées.
Pour l’heure, les vols concernent principalement les stations de charge rapide, où les câbles sont de taille plus importante. Pour se défendre contre les voleurs, l’utilisation de matériaux alternatifs comme l’aluminium s’est avérée peu fiable pour le transport d’électricité. Alain Rolland, président des métiers de la recharge électrique – Mobilians, affirme que lorsqu’un automobiliste charge son véhicule en mangeant au restaurant ou en faisant ses courses, « il faut absolument avoir ce matériau-là. On ne peut pas faire autrement qu’avec du cuivre ».
Récemment, près de Lille, un exploitant a protégé ses câbles avec des gaines métalliques et anti-coupures ainsi que des traceurs GPS, augmentant le coût des câbles de deux à trois fois. L’utilisation de capteurs d’effort anormal est également à l’étude, tout comme des fluides projetés sur les voleurs durant la coupe des câbles. La solution retenue par la société Interparking, qui gère de nombreux parkings publics en Belgique, consiste à installer des bornes sans câbles intégrés, obligeant l’automobiliste à utiliser son propre câble pour se recharger. Roland Cracco, attaché de presse, souligne que « les bornes sont installées dans des lieux où le contrôle social est renforcé par le personnel, les caméras et la clientèle ».

