Le Sud global s’empare des cryptomonnaies malgré le manque de structures.
Coinledger a estimé que 66% des utilisateurs de WazirX, la plateforme d’échange de cryptoactifs la plus populaire d’Inde, sont âgés de moins de 35 ans. Tous les experts s’accordent sur le fait qu’une adoption totale des cryptomonnaies dans les pays du Sud est inenvisageable.
Coinledger, une entreprise spécialisée dans les services liés aux cryptomonnaies, a souligné que 66 % des utilisateurs de WazirX, la plateforme d’échange de cryptoactifs la plus populaire en Inde, ont moins de 35 ans. « Il n’est pas interdit de penser que la mythologie qui s’est développée autour des cryptomonnaies parle énormément à cette frange plus jeune de la population », a déclaré un professeur de Macroéconomie.
Florian Ernotte estime que le « cadre légal moins contraignant » des pays en développement facilite un « développement plus fluide » de l’utilisation des cryptomonnaies.
De nombreux pays en développement connaissent des problèmes de liquidité et beaucoup de monnaies nationales souffrent d’hyperinflation, comme en Argentine. Dans ce contexte, les individus se tournent vers les cryptomonnaies pour se protéger.
Pierre-Guillaume Méon appelle à la prudence. Selon lui, la popularité des cryptomonnaies est essentiellement due à une communication efficace. « Le terme cryptomonnaie met des étoiles dans les yeux. Je le vois avec mes étudiants. C’est un énorme coup marketing. Mais il faut se rappeler que la cryptomonnaie n’a pas de valeur intrinsèque, ce ne sont que des lignes de code qui circulent. »
Il précise que les cryptomonnaies ne peuvent pas être comparées aux monnaies fiduciaires, qui sont émises et régulées par des banques centrales. « Elles les prémunissent d’une trop grande fluctuation de valeur. »
Pour Méon, la forte volatilité des cryptomonnaies compromet leur capacité à remplir les trois fonctions fondamentales d’une monnaie : servir d’unité de compte, d’intermédiaire des échanges et de réserve de valeurs.
Rolland Gillet partage ce constat. « Quand on a des monnaies classiques, il y a certes de la volatilité, mais elle reste raisonnable. Vous savez en principe ce qu’un euro peut vous acheter dans un mois. Avec un actif aussi volatil que le bitcoin, le pouvoir d’achat est bien plus variable. Ces gens gagneraient à faire du troc ou à se procurer une autre devise fiduciaire. »
En revanche, la volatilité élevée des actifs comme le bitcoin ne s’applique pas de la même manière aux stablecoins. Ces actifs, souvent adossés au dollar, offrent les avantages des cryptomonnaies sans la même volatilité et sont très populaires dans le Sud global, comme l’indique Nicolas Van Zeebroek.
Cependant, Pierre-Guillaume Méon n’est pas complètement convaincu. « Le fait est que si on est rigoureux et qu’on échange un stablecoin contre un dollar, utiliser le cryptoactif ne présente pas beaucoup d’intérêt. À ce moment-là, autant utiliser les dollars directement. On peut aussi décider de produire plus de stablecoins que de dollars et on s’expose alors au risque de la crise de changes. »
Cette situation surviendrait si tout le monde tentait de convertir ses stablecoins en dollars en même temps, provoquant l’effondrement du système à cause d’une dévaluation du cryptoactif par rapport à la monnaie fiduciaire, un phénomène déjà observé dans l’histoire économique. Pour Méon, il n’y a pas de raisons que cela ne puisse pas se produire pour les stablecoins.
Actuellement, tous les experts conviennent qu’une adoption totale des cryptomonnaies dans les pays du Sud est peu probable. Néanmoins, le contexte géopolitique de nombreux pays du Sud global semble favoriser une transition accélérée.

