Belgique

Le sport féminin dans les médias : un combat esthétique et bienveillant

La RTBF met en avant le sport féminin, mais la télévision a longtemps véhiculé des idées préconçues sur l’émancipation des femmes dans le sport. Gilles Goetghebuer souligne que la couverture médiatique de l’époque comparait souvent la pratique sportive entre hommes et femmes, tout en notant que les jugements sur l’émancipation féminine dans les sports dits virils ne venaient pas uniquement des hommes.

« Les femmes se concentrent aussi facilement que les hommes au golf ? »

La RTBF, en tant que service public, s’efforce d’accroître la visibilité du sport féminin, notamment avec la programmation de Tipik qui met en avant cette semaine le basket et les Belgian Cats. Cependant, les archives témoignent d’une époque où la télévision relayait des idées préconçues sur l’émancipation des femmes dans le sport.

Les reportages avaient tendance à renforcer des stéréotypes sexistes, donnant une image souvent « burlesque » des disciplines sportives féminines émergentes, voire à évoquer leur côté « contre-nature ».

Les jeunes filles et femmes se voyaient souvent contraintes de se défendre contre les accusations de féminité trop masculine, et les questions qui leur étaient posées prenaient parfois une tournure amusante, les obligeant à trouver des répliques : « Les femmes se concentrent aussi facilement que les hommes en jouant au golf, c’est différent ? Écoutez, je ne suis pas un homme, donc je ne peux pas savoir comment un homme se concentre. »

Gilles Goetghebuer, spécialiste du sport et de la société, observe et nuancer ce propos :

« C’est l’esprit de l’époque et on ne peut pas trop en vouloir. Les journalistes qui consacraient des sujets au sport féminin dans les années 60, 70 et 80 devaient en fait être assez progressistes. Cela témoigne d’une incompréhension quant à la pratique du sport par les femmes, une incompréhension qui découle de l’exclusion de ces dernières de la sphère sportive. »

« Si les femmes veulent faire du sport, oui, mais il faut que ce soit esthétique, tout en gentillesse »

Un autre élément récurrent dans la manière dont le sport féminin est traité par les médias est le recours à des médecins (hommes) pour déterminer quels sports étaient appropriés pour les femmes, les érigeant en « experts en beauté. »

À la question, « Y a-t-il un sport qui convienne particulièrement à la femme ? », un médecin interrogé en 1970 a répondu : « La natation en brasse, sans vouloir faire de longs séjours en bassin car on sait qu’à la longue, il y a une surcharge pondérale. Mais ce sont, si vous voulez, des sports tout en esthétique, tout en mouvement, tout en gentillesse. Certaines courses, même la course de vitesse. Les sports comme le tennis, bien sûr. Même le golf à la rigueur. »

Quant aux disciplines non recommandées :« Mis à part le judo, j’exclus les sports de combat, de contact, comme le football. L’haltérophilie, bien sûr. Les courses de longues distances. Mais c’est une question de caractère aussi et si la personne désire faire ses 22 km par jour comme Zatopek, qu’elle soit ménagère, cuisinière ou je ne sais pas, elle peut bien entendu, si ça l’amuse. »

« Le machisme n’était pas l’apanage des hommes »

Gilles Goetghebuer souligne que la couverture médiatique de cette époque reflète une volonté infondée de comparer la pratique du sport entre les hommes et les femmes.

« Quelqu’un qui court mal, ce n’est pas beau, c’est vrai, mais ce n’est pas à cause du fait que c’est une femme. Il y a une esthétique du mouvement, et il y a des personnes plus talentueuses que d’autres, comme chez les hommes. Pourtant, c’est précisément cet argument ‘beauté’ qui était constamment mis en avant. »

En abordant les sports considérés comme plus « virils », tels que le rugby ou la boxe, Gilles Goetghebuer rappelle que les jugements sur les femmes ne provenaient pas uniquement des hommes. Cette perception des rôles était également partagée par certaines femmes. « Il n’y avait pas que les hommes machistes à se montrer hésitants face à l’émancipation féminine dans des sports jugés virils. »

Archives Club retrace l’histoire du sport féminin à la télévision dans son nouveau numéro à écouter dès maintenant, disponible en podcast et sur VivaSport le jeudi et le vendredi après-midi en DAB.

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