Belgique

Le secteur de la construction alerte sur les investissements publics.

Le Groupe Wanty a constaté une chute de 75% des dossiers mis en adjudication publique, ce qui entraîne moins de chantiers et moins de projets. Embuild révèle que 95% du bâti public, incluant les écoles, hôpitaux et prisons, doit être rénové.


Peu de chantiers et de constructions au programme

À Braine-le-Comte, les pelleteuses sont en action depuis un an pour un chantier de rénovation. Cependant, l’inquiétude monte parmi les travailleurs. Alors qu’ils s’apprêtent à terminer ce projet l’année prochaine, il ne reste que peu de chantiers prévus. « Le constat est clair, il y a beaucoup moins de chantiers qui sont mis en adjudication de la part des communes de la région Wallonne. Si pour 2026 notre carnet de commandes reste stable, l’inquiétude est pour 2027. Parce que les chantiers qu’on devrait exécuter en 2027, ils doivent être mis en adjudication aujourd’hui. Et là, c’est clairement une baisse très forte des chantiers mis en adjudication », explique Nicolas Bughin, directeur de la communication pour le Groupe Wanty.

Derrière chaque chantier, il y a des travailleurs

Le Groupe Wanty constate une chute de 75% des dossiers déposés pour adjudication publique. Moins de chantiers et moins de projets signifieront moins de travail pour les équipes. « Derrière chaque chantier, il y a des travailleurs. Et donc avoir cette incertitude, c’est compliqué pour les équipes sur le terrain. Ce sont des hommes de terrain, des emplois locaux aussi ces travaux dans les communes. Il faut pouvoir anticiper, il faut pouvoir former le personnel aussi, parce qu’on sait que dans la construction, on est face à des métiers en pénurie, et donc d’avoir cette incertitude par rapport à l’avenir du secteur, à l’avenir de nos métiers, ça cause beaucoup de stress », ajoute Nicolas Bughin.

La construction à un tournant depuis la Seconde guerre mondiale

Selon Embuild, le secteur de la construction en Belgique fait face à son plus grand défi depuis la Seconde Guerre mondiale. Cela est dû à deux facteurs principaux : une grande partie de notre patrimoine a entre 50 et 75 ans, et la population vieillit. Le secteur appelle à l’aide des autorités publiques : « L’offre ne répond pas du tout à la demande car plusieurs choses coincent. D’abord, c’est la procédure d’octroi de permis qui est très complexe et qui mène à des blocages et à des délais très longs qui freinent l’activité de la construction, mais cela freine aussi la réponse aux défis sociétaux qui sont devant nous. Ensuite, nous constatons le désinvestissement par manque de réserve, par manque de financement public réservé. Il faut augmenter énormément les investissements publics », détaille Niko De Meester, administrateur délégué d’Embuild, qui remarque que nos voisins français et allemands ont déjà effectué ces efforts.

Investir maintenant pour ne pas le payer plus cher plus tard

Les défis à relever sont énormes pour la fédération de la construction, qui estime que 95% des bâtiments publics, tels que les écoles, hôpitaux, prisons et maisons de repos, doivent être rénovés, tout comme les infrastructures routières. Elle évalue que 18% doit être entièrement remplacé et 15% des routes rénovées. « Ce que nous demandons, c’est d’avoir un rythme d’investissements suffisants pour au moins maintenir le patrimoine dans un bon état. Et ensuite, évidemment, il y a des besoins d’extension liés à l’évolution démographique, liés au vieillissement de la population, liés aux besoins en termes d’hôpitaux et d’écoles. Après, c’est également moderniser et étendre le parc. Et puis, on sait aussi qu’il faudra construire. Là aussi, les besoins sont colossaux », précise Salim Chamcham, manager économie, numérique et innovation pour Embuild, avant d’ajouter : « Il faut prendre la mesure de l’investissement public parce qu’on est quand même dans un contexte budgétaire difficile. Et donc, il y a des choix qui se posent. On doit investir aujourd’hui. On a des besoins aujourd’hui en termes d’infrastructures, d’hôpitaux, d’écoles, de bâtiments publics. Ce qu’on ne fera pas aujourd’hui, on sera obligé de le faire demain à un coût démultiplié. »

Le secteur de la construction attend maintenant une réponse des autorités publiques à cet appel qui ressemble à un cri d’alerte.