Belgique

Le roi Philippe et la reine Mathilde en Norvège : des « cousins du Nord ».

La Norvège, riche en pétrole, gaz et hydroélectricité, a enregistré l’année dernière un rendement de 13% pour son fonds souverain, portant sa valeur à 1678 milliards d’euros. En 1906, le roi Léopold II a fait édifier un bâtiment atypique à Bruxelles, baptisé Chalet norvégien, accessible depuis le jardin du Palais royal.


Nichée entre mer et montagnes, la Norvège est une monarchie parlementaire où la figure du roi demeure populaire, bien que discrète, au sein d’institutions solides et d’un État-providence généreux. Ce pays, long ruban de terre s’étirant du Skagerrak à l’Arctique, vit au rythme des fjords, des hivers interminables et des nuits blanches, et possède une culture très attachée au plein air et à la nature.

Riche en pétrole, gaz et hydroélectricité, Oslo se projette vers l’avenir en se rêvant en leader de la transition énergétique, tout en restant fermement attachée à son modèle social. Le fonds souverain de la Norvège, alimenté par ses revenus pétroliers et gaziers, est devenu une référence en matière de gestion financière. Créé en 1990, il a enregistré l’année dernière un rendement de 13%, portant sa valeur à 1678 milliards d’euros.

Du point de vue de Bruxelles, la Norvège n’est pas seulement un décor de cartes postales : elle constitue également une petite monarchie « cousine », avec laquelle la Belgique entretient des liens dynastiques étroits et une vision de la royauté sobre et consensuelle. Bien que la Belgique et la Norvège ne partagent ni frontière ni passé colonial, leurs deux familles royales sont liées. La reine Astrid de Belgique et la princesse Märtha de Norvège, respectivement mères d’Albert II et d’Harald V, étaient sœurs, faisant du roi Harald un cousin germain du roi Albert II et un proche parent de Philippe.

Les arbres généalogiques révèlent que les dynasties belge et norvégienne forment un noyau très soudé, autour du couple suédo-danois Carl de Suède et Ingeborg de Danemark, dont descendent plusieurs souverains actuels, renforçant cette impression de « famille élargie » plutôt que de simples collègues sur la scène internationale.

La visite d’État se présente à un moment crucial, car la famille royale de Norvège traverse une véritable tempête, en proie à un procès pour viols et violences visant Marius Borg Høiby, le fils de la princesse héritière Mette-Marit, ainsi qu’à des implications de cette dernière dans les documents de l’affaire Epstein.

Autrefois perçue comme l’une des monarchies les plus stables d’Europe, la couronne norvégienne voit aujourd’hui son image se ternir dans l’opinion, au point que certains observateurs évoquent une « plus grosse crise » de son histoire moderne.

### Deux morceaux de Norvège en plein cœur de Bruxelles

Pour commencer notre évocation des liens communs, mentionnons deux morceaux de Norvège qui ont trouvé refuge à Bruxelles.

En 1906, le roi Léopold II commande la construction d’un bâtiment atypique, accessible depuis le jardin du Palais royal. Appelé Chalet norvégien — parfois désigné comme Chalet suisse ou Chalet viking — il suscite des débats parmi les spécialistes : certains y voient un chalet alpin, d’autres une construction scandinave. Son style unique s’explique par la participation d’un architecte norvégien, Finn Knudsen. Ce pavillon est érigé dans la même période que la Tour japonaise et le Pavillon chinois à Laeken, reflet du goût de Léopold pour une touche d’exotisme dans le paysage bruxellois. Ce bâtiment est désormais visible au public depuis la rue de Bréderode.

Un autre trésor se cache dans la ville : une maison de conte de fées au cœur d’Auderghem, dans le domaine de Val Duchesse. À l’abri des regards, nichée dans un petit bois dominant l’étang, se trouve une petite maison entièrement en bois, directement importée de Norvège. Pour ceux qui la découvrent au détour d’un sentier, la vision est presque surréaliste : un décor de conte nordique ancré dans la verdure bruxelloise. « Il y a ce côté féerique qu’on retrouve dans les contes des auteurs du Nord, et c’est un peu hallucinant de voir ça ici à Bruxelles », sourit l’architecte Jean-Guillaume Van Caulaert, auteur d’un mémoire sur les constructions norvégiennes en Belgique.

### Un chalet unique

Complètement réalisé en bois et sans colle, clou ou vis, le chalet est œuvre de l’entreprise Strømmen Trævarefabrik, près d’Oslo. À l’origine, le bâtiment n’était pas destiné à un bois bruxellois : il servait de pavillon national pour la Norvège lors de l’Exposition universelle de Liège en 1905. Après la fermeture de l’exposition, le pavillon a été racheté par le banquier Charles Dietrich, propriétaire du château de Val Duchesse à l’époque. Le chalet a donc été démonté, transporté et remonté dans le domaine auderghemois, devenant une sorte de folie architecturale privée, perchée au-dessus de l’étang.

### Un engouement pour le chalet norvégien

Si un pavillon norvégien se trouve au Val Duchesse et un autre rue de Bréderode dans le domaine royal, ce n’est pas un hasard isolé, mais bien le reflet d’une vraie mode. Au tournant du XXe siècle, posséder un chalet norvégien devient très prisé dans certains milieux fortunés. « On est dans la haute société, avec des industriels, des proches du roi désireux d’adopter ce style », explique Jean-Guillaume Van Caulaert.

Cette tendance est largement propulsée par Léopold II, qui se fait construire à Ostende des écuries royales inspirées de l’architecture norvégienne, et qui utilise également ce style pour d’autres constructions américaines.

### Deux familles royales, très proches familialement

Le roi Philippe de Belgique et le roi Harald V de Norvège sont parents au 3ᵉ degré : ils sont cousins issus de germains, descendants du même couple d’ancêtres, le prince Carl de Suède et la princesse Ingeborg de Danemark.

Harald V est petit-fils de Carl et Ingeborg par leur fille Märtha (mère d’Harald). Philippe de Belgique, quant à lui, est arrière-petit-fils de Carl et Ingeborg par leur fille Astrid, reine des Belges, dont il descend par Léopold III puis Albert II.

### Funérailles, mariages et moments « en famille »

Cette proximité ne se chiffre pas seulement au nombre de visites officielles, mais se manifeste aussi par une série de moments très personnels. En 1983, lors des funérailles de Léopold III à Bruxelles, le roi Olav V de Norvège fait partie des rares chefs d’État étrangers présents, non seulement en tant que souverain, mais aussi comme neveu du défunt, Léopold III étant le frère de sa mère Märtha.

La présence de chefs d’État étrangers était restreinte à la demande même de la famille belge, désireuse d’éviter toute surenchère protocolaire autour d’un ancien roi dont le règne controversé et l’abdication avaient profondément divisé le pays, ce qui explique pourquoi seules quelques figures très proches, comme Olav V, ont fait le déplacement.

En retour, la Belgique est régulièrement représentée aux grands événements norvégiens — jubilés, anniversaires du roi Harald — souvent par un membre unique de la famille, conférant à ces rencontres une tonalité de réunion familiale plutôt que de sommet protocolaire.

### Une visite « cosy » en 2014

La visite officielle de Philippe et Mathilde à Oslo en 2014 illustre bien cette atmosphère. Reçus par Harald V et Sonja, ils suivent le parcours classique — accueil au palais, visite du Storting et rencontres politiques — mais l’image marquante reste celle de leur passage très chaleureux au Norsk Folkemuseum, entourés d’enfants brandissant des drapeaux norvégiens et belges dans un cadre de maisons en bois.

Le déjeuner au palais royal se tient alors en cercle restreint, avec la présence d’Haakon, Mette-Marit et de la princesse Astrid, offrant des clichés où Belges et Norvégiens apparaissent moins comme des délégations officielles que comme une tribu cousine réunie autour de la table.

### Oslo et Stavanger, entre mémoire et futur

La visite d’État de mars 2026 s’inscrit dans cette histoire faite de gestes plus intimes que spectaculaires. À Oslo, les images de Philippe et Mathilde aux côtés d’Harald V et Sonja résonneront avec celles de 2014 : mêmes façades du palais, même balcon, mais avec, en arrière-plan, de nouveaux enjeux énergétiques, climatiques et sécuritaires qui rapprochent encore un peu plus Bruxelles et Oslo.

À Stavanger, capitale norvégienne de l’énergie, une délégation économique et académique belge illustrera la transformation d’un lien familial en partenariat de travail, là encore sans grande emphase grandiloquente, mais dans la continuité de cette relation discrète, solide et très « cousine » entre deux petites monarchies européennes qui se connaissent depuis longtemps.