Le remboursement du Lucentis n’a pas coûté 500 millions mais… 50 millions

La ministre de la Santé publique, Maggie De Block, a rectifié mercredi les chiffres parus dans la presse à propos du coût du remboursement du Lucentis, un médicament utilisé dans le traitement de la dégénérescence de la rétine.

Il n’est nullement question d’un demi-milliard d’euros qu’aurait supportés les caisses de la sécurité sociale mais de 51 à 57 millions d’euros en 2017 et 2018. Après la parution de cette information, le cabinet de la ministre a recherché d’où l’estimation pouvait venir. Il s’agit manifestement d’une étude macro-économique couvrant toute l’Europe. A titre de comparaison, l’ensemble du budget médicaments des soins de santé tourne autour des 4 milliards d’euros, a fait remarquer Mme De Block, interrogée en commission de la Santé de la Chambre.

La polémique est née de la décision de ne pas rembourser un médicament réputé meilleur marché contre la dégénérescence maculaire -l’Avastin- au profit du Lucentis, plus onéreux. La ministre a rappelé que la destination première de l’Avastin est le traitement de certains cancers. Un projet d’arrêté royal a été préparé en 2015 pour permettre son remboursement dans le cas de pathologies oculaires mais l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé (AFPMS) a émis un avis négatif en raison des effets secondaires et des risques liés au reconditionnement du produit. Qui plus est, le laboratoire Roche n’a pas souhaité entamer de procédure pour obtenir l’enregistrement de son médicament dans le cas de pathologies oculaires.

La ministre a obtenu une baisse de prix du Lucentis auprès de Novartis dans le cadre d’une procédure négociée. Elle s’est refusée à donner plus de précisions car ce type de contrat est soumis à une clause de confidentialité.

L’affaire est moins évidente que la présentation faite par la ministre, ont répliqué plusieurs députés de l’opposition.

Roche est propriétaire de la société qui a développé Lucentis, et Novartis est le troisième actionnaire de Roche. En Italie, les deux sociétés ont été condamnées à une amende de 182 millions d’euros pour entente illicite en 2014. En 2015, Test-Achats a entamé une procédure similaire, toujours en cours.

« Il ne s’agit pas d’un dossier comme les autres. L’absence de transparence dans un tel contexte suscite la méfiance et même la suspension », a souligné Catherine Fonck (cdH).

Le PTB a réclamé que l’accord conclu pour le Lucentis soit rendu public.

Le recours à la procédure négociée se multiplie, s’inquiète le PS. « Les conventions confidentielles ont explosé sous la législature passée », a affirmé Eliane Tillieux.