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Le Hamas a-t-il admis que 80% des morts à Gaza étaient des combattants ?

Le 9 février 2026, une publication sur le réseau social X affirme que le Hamas a annoncé le versement d’allocations à environ 50.000 veuves de combattants tués par l’armée israélienne lors de la guerre déclenchée le 7 octobre 2023. Le ministère de la Santé de Gaza fait état d’environ 71.000 morts au total en janvier 2026, sans confirmer le chiffre de 50.000 veuves ni que tous soient des combattants.


Une publication sur le réseau social X, publiée le 9 février 2026, indique : « Le Hamas admet implicitement par erreur que jusqu’à 80% des morts à Gaza étaient ses propres combattants. L’organisation a annoncé le versement d’allocations à environ 50.000 veuves de combattants du Hamas tués par l’armée israélienne lors de la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023 ».

L’auteur de ce post, qui a dépassé les 87.000 vues au moment de la publication de cet article, précise également que « Si ce chiffre est exact, la majorité des décès signalés à Gaza concernent des combattants armés, et non des civils. Cette admission contredit frontalement le récit martelé depuis des mois par le Hamas, selon lequel Israël mènerait des frappes aveugles contre des populations civiles. Elle confirme les évaluations militaires israéliennes, qui affirmaient cibler prioritairement les structures et les forces du Hamas ».

Simon Weinberg, l’utilisateur de X ayant publié ce contenu, ajoute à la fin de son post : « Cette révélation fragilise sérieusement les rapports de victimes utilisés par l’ONU, certaines ONG et de nombreux médias pour qualifier la conduite de la guerre, sans vérification indépendante », citant une source : « middleast24 ».

Nous avons retrouvé la publication du compte X « Middle East 24 » citée comme source. C’est un tweet viral qui comptabilise plus de 983.000 vues depuis sa mise en ligne le 7 février 2026. Dans ce texte en anglais, agrémenté d’une image générée par intelligence artificielle, il affirme : « Le Hamas annonce qu’il versera une allocation à environ 50.000 veuves de combattants tués par l’armée israélienne lors de la guerre qu’il a déclenchée. De son propre aveu, cela suggère que jusqu’à 80% des morts à Gaza étaient des combattants terroristes, et non des civils ».

Plusieurs utilisateurs de ce réseau social ont interrogé l’IA intégrée de X, Grok, sur « la source de l’information ». Grok a répondu : « Cette affirmation découle de l’annonce faite par le ministère du Développement social de Gaza d’une aide aux veuves de la ‘guerre d’Al-Aqsa’, rapportée par des médias locaux tels que l’agence de presse Sawa le 4 février 2026. Les réseaux sociaux, tels que HamasAtrocities, estiment à 50.000 le nombre de bénéficiaires et déduisent un nombre élevé de morts parmi les combattants. Le ministère de la Santé de Gaza fait état d’environ 71.000 morts au total en janvier 2026 ; aucune source officielle ne confirme le chiffre de 50.000 ni le fait que tous soient des combattants ».

Nous avons donc cherché les annonces officielles du ministère du Développement social de Gaza concernant ces aides pour remonter à la source. Des traducteurs arabophones professionnels ont été sollicités pour garantir la pertinence des traductions et leur interprétation. Joas Wagemakers, professeur d’études arabes et islamiques à l’université d’Utrecht, précise que « ce ministère fait certes partie d’un système dirigé depuis 2006 par le Hamas, mais cela ne signifie pas pour autant qu’il relève du Hamas en tant qu’organisation ».

Le 20 janvier 2026, le ministère du Développement social de Gaza a publié une annonce sur son compte Telegram, déclarant qu’il « lance un projet visant à distribuer 500 shekels (environ 137 euros) à 50.000 familles de la bande de Gaza ». Le communiqué précise que cette aide vise 50.000 familles « classées parmi les catégories les plus touchées (par la guerre à Gaza) ». Il est indiqué que « ces fonds seront distribués selon des normes professionnelles claires approuvées par le ministère du Développement social, afin de garantir l’équité et la transparence dans l’accès à ceux qui ont droit à un soutien ». Les bénéficiaires doivent remplir certaines conditions et peuvent obtenir l’argent en scannant un code QR, recevant alors un SMS avec des informations sur la façon d’obtenir le montant.

Le média gazaoui Felesteen, proche du Hamas, a relayé cette information le même jour, précisant la provenance de l’argent qui sera distribué. Joas Wagemakers a analysé l’article et le communiqué, signalant que « le ministère précise que cette initiative est financée par des fonds confisqués par le ‘Conseil de lutte contre les crimes économiques’ après l’entrée en vigueur de l’accord de cessez-le-feu. Selon les informations publiées, cet argent a été confisqué à ‘un certain nombre de commerçants qui ont franchi les limites légales et morales pendant la période de génocide et qui ont exploité de manière illégitime les besoins des citoyens’. Le ministère ajoute que cet argent a été illégalement confisqué aux citoyens et qu’il leur est en quelque sorte restitué de cette manière ».

Le 3 février 2026, un nouveau communiqué a annoncé que « le groupe cible » de la « première tranche » pour bénéficier de ces aides est identifié comme étant « les veuves de la guerre du déluge d’Al-Aqsa ». La dénomination « déluge d’Al-Aqsa » est utilisée par le Hamas et d’autres groupes armés palestiniens pour faire référence aux attaques terroristes menées principalement par les forces militaires du Hamas le 7 octobre 2023 à partir de la bande de Gaza contre des civils, un festival de musique, des localités et des bases militaires israéliennes, entraînant au moins 1200 morts, et à la guerre qui s’en est suivie.

Il est question de « femmes veuves », c’est-à-dire des femmes ayant perdu leur mari. Il n’est nulle part indiqué dans les communiqués officiels que ce « groupe cible » concerne spécifiquement des veuves de « combattants » mais bien des veuves en lien avec la guerre qui a suivi les attaques terroristes du 7 octobre au sens large. L’un des critères pour demander l’aide précise que « la femme doit avoir perdu son mari entre le 7 octobre 2023 et le 21 janvier 2026 ».

Arjan Post, professeur d’études arabes et islamiques à la KU Leuven, a également confirmé que « c’est bien spécifiquement des veuves » auxquelles il est fait mention et qu’il ne voit « aucune référence aux militaires ou aux combattants ».

Le 8 février 2026, le compte Facebook officiel du Ministère du Développement Social à Gaza a relayé un autre communiqué, indiquant que l’aide avait été versée à 19.306 veuves, sans préciser qu’il s’agirait d’épouses de combattants du Hamas. Il évoque simplement « veuves » au titre de l’aide sociale civile. Le montant de cette tranche s’élève à 9,6 millions de shekels, soit environ 2,63 millions d’euros, et il est précisé qu’il s’agit de la « première tranche ciblée à ce stade ». Le même jour, la même page Facebook a annoncé l’ouverture d’une nouvelle tranche d’aide, qualifiée de « deuxième phase » pour les « Prisonniers de guerre de l’opération de déblaiement de la place Al-Aqsa, dont le cas a été approuvé par les organisations internationales ». L’aide cible les familles dont un époux ou parent est actuellement emprisonné dans le cadre de la guerre.

Le chiffre de « 50.000 veuves de combattants du Hamas tués par l’armée israélienne lors de la guerre déclenchée par le Hamas le 7 octobre 2023 » pourrait donc avoir été extrapolé à partir de l’annonce faite par le Hamas concernant l’aide pour « 50.000 familles ». Comme noté précédemment, le chiffre officiel communiqué par les autorités locales est de 19.306 veuves ayant sollicité une aide financière à ce jour. Ce chiffre ne correspond pas à des femmes de « combattants terroristes » mais englobe plus largement des femmes ayant perdu leur mari depuis le début de la guerre entre Gaza et Israël déclenchée le 7 octobre 2023.

La polygamie étant légale dans la bande de Gaza, les communiqués évoquent « la » ou « les femmes ». Bien qu’elle soit difficile à mesurer, plusieurs demandes d’aide peuvent être liées à un seul homme. En outre, certaines femmes sont célibataires, et il n’est pas possible de déterminer le lien avec une demande d’aide. Le lien établi entre les deux est donc inconsistante.

Pour donner un pourcentage de « 80% des morts à Gaza » qui seraient des « combattants terroristes » en rapport avec les 50.000 veuves, cela supposerait que le nombre total de morts dans la bande de Gaza reconnu par la source de la publication depuis le 7 octobre 2023 serait d’au moins 62.500 victimes. En gardant l’hypothèse que « une femme veuve » équivaut à « un combattant terroriste », en rapportant ce chiffre de 62.500 victimes aux 19.306 aides accordées aux veuves jusqu’à présent, on obtient 30,88% et non pas 80%.

Concernant la source des informations relative aux allocations versées à « 50.000 veuves de combattants tués par l’armée israélienne lors de la guerre déclenchée par le Hamas », le compte « Middle East 24 » a déclaré qu’il s’agissait de « sources exclusives à Gaza pour ME24 » et a affirmé qu’ils avaient « vérifié l’information » sans fournir plus de détails.

Le compte « Middle East 24 » se présente comme un « agrégateur d’actualités, d’informations politiques et de tendances au Moyen-Orient et en Afrique du Nord ». Sa description sur X mentionne également qu’il est en partenariat avec « Visegrad 24 », un compte polonais considéré comme ultraconservateur, devenu un des plus influents sur X et pointé du doigt par des journalistes d’investigation pour son discours anti-musulman et anti-immigration ainsi que pour la diffusion de fausses informations.

Par ailleurs, le compte « Middle East 24 » ne dispose plus de portail Web actif et ne produit pas de contenu journalistique.

En ce qui concerne les chiffres avancés par ME24, issus de « sources exclusives à Gaza », ils ne sont corroborés par aucune source fiable. Le nombre total de victimes à Gaza depuis le début de la guerre le 7 octobre 2023, ainsi que le ratio entre civils et combattants tués, fait l’objet de controverse entre les différents intervenants.

Un bilan du ministère de la Santé à Gaza, cité par l’agence de presse Sana le 12 février 2026, rapportait 72.049 morts depuis le début de la guerre.

D’après divers médias israéliens (comme Haaretz et le Time Of Israel), un officiel de l’armée israélienne a reconnu fin janvier 2026 qu’environ 70.000 Palestiniens étaient décédés dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023. Un porte-parole militaire a refusé de confirmer ou d’infirmer ce chiffre, déclarant seulement que « les détails publiés ne reflètent pas les données officielles de l’armée israélienne ».

Selon le Guardian, en date du 21 août 2025, « les chiffres d’une base de données classifiée des services de renseignement militaire israéliens indiquent que cinq Palestiniens sur six tués par les forces israéliennes à Gaza étaient des civils ». À ce moment-là, il était rapporté que « les combattants répertoriés dans la base de données des services de renseignement militaires israéliens ne représentaient que 17% du total, ce qui indique que 83% des morts étaient des civils ».

Le 29 janvier 2026, le Time of Israel rappelait que « les responsables de l’armée israélienne avaient également déclaré précédemment que le ratio entre le nombre de combattants et de civils tués était resté relativement stable tout au long de la guerre, avec deux à trois civils tués pour chaque terroriste mort au combat ». Cela se traduit par un ratio de 66 à 75% de civils tués par rapport au nombre de combattants péris, soit de 25 à 34% de combattants. Le ratio le plus bas en termes de pertes civiles, mentionné par Benyamin Netanyahou en mai 2024, était évalué par le Premier ministre israélien à environ 50%.

Aucune autre source fiable n’a rapporté un ratio de 80% de combattants du Hamas par rapport au nombre total de morts dans la bande de Gaza depuis le 7 octobre 2023, date de l’attaque des combattants terroristes du Hamas.

Contrairement à ce qui est affirmé dans certaines publications sur le réseau social X, le Hamas n’a pas admis implicitement que 80% des morts à Gaza étaient des combattants terroristes.

Les 50.000 aides financières annoncées récemment ont été ouvertes à des familles touchées par la guerre qui a suivi les attentats terroristes du 7 octobre 2023, sans être exclusivement destinées à des « veuves de combattants ». Les chiffres officiels avancés par le ministère proche du Hamas ne permettent en aucun cas d’établir un lien avec le fait que 80% des morts seraient des combattants et non des civils.

En outre, le chiffre avancé est en contradiction avec les données disponibles en février 2026, y compris les rapports récents de l’armée israélienne et des organisations internationales. Les estimations actuelles indiquent que la grande majorité des victimes à Gaza sont des civils, et non des combattants.