Le gouverneur de la BNB : ‘On n’a plus d’argent’
Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique, Pierre Wunsch, déclare que la Belgique n’a plus l’argent pour aider les gens comme elle l’a fait au moment de la crise du COVID et de la guerre en Ukraine. Actuellement, le problème central est une rareté du gaz et du pétrole, et il rappelle que « on a le déficit le plus élevé de la zone euro, avec la France ».
Sur les ondes de Matin Première ce jeudi, le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB), Pierre Wunsch, exprime son inquiétude concernant les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur la Belgique. « C’est probablement la première fois depuis longtemps qu’on aborde une crise – on ne sait pas si cette crise va durer, avec quelle ampleur – avec un déficit qui est déjà trop élevé, insoutenable. »
Il estime que la Belgique ne dispose plus des moyens financiers pour soutenir la population comme cela avait été fait durant la crise du COVID et celle en Ukraine. « Il ne faut pas exclure des aides très ciblées sur des gens particulièrement vulnérables », nuance-t-il, « mais l’idée d’absorber le choc avec les finances publiques […], on n’a plus les marges de manœuvre (pour le faire). »
Pierre Wunsch défend également les mesures adoptées par le gouvernement ces dix dernières années, compte tenu des crises persistantes et imprévisibles. « On se débrouille pas mal, on a une économie qui est résiliente », insiste-t-il. « Mais on aurait dû réduire le déficit beaucoup plus vite après les crises COVID et ukrainienne. »
### Mesures insuffisantes
Le gouvernement actuel cherche à diminuer ce déficit en prenant des mesures représentant environ 2%, selon le gouverneur de la BNB. Cependant, Pierre Wunsch évoque des échecs à ce niveau et cite plusieurs raisons : les dépenses passées pour gérer les crises (COVID, Ukraine), la montée des taux d’intérêt, le vieillissement de la population et les dépenses publiques élevées.
« Donc quand on fait des projections », indique-t-il, « on a un déficit qui stagne à 5%. Ça veut dire que la dette augmente de 2% par an, et ça veut dire que doucement on va dans un mur. »
### Problème des énergies
Le gouffre actuel réside dans la rareté du gaz et du pétrole, ce qui va au-delà de la simple question de prix. Subventionner la consommation serait, selon lui, contre-productif. « Si tout le monde donne des subsides pour qu’on continue à essayer de consommer autant, on remet de l’huile sur le feu et l’argent va aller dans la poche des producteurs de gaz et de pétrole. »
Il est ouvert à des compensations liées à l’augmentation de la TVA ainsi qu’à une stabilisation de la fiscalité (sans augmenter les taxes). En revanche, il refuse les mesures coûteuses telles que de larges subventions ou une baisse massive des prix, car cela aggraverait le déficit. « On a le déficit le plus élevé de la zone euro, avec la France », rappelle-t-il.
Le gouverneur de la BNB plaide donc pour une réduction de la demande. Divers moyens peuvent être envisagés : augmentation des prix, économies d’énergie, télétravail, etc. Il reconnaît que cela ne sera pas possible pour tout le monde et « n’exclut pas qu’à la marge, il faille aider les plus vulnérables ». « Mais on a un tarif social pour l’électricité, on a un tarif social pour le gaz, donc ces mécanismes existent déjà en partie. »
### Mesures supplémentaires
En cas de crise énergétique majeure due à la prolongation de la guerre au Moyen-Orient, Pierre Wunsch avertit que le déficit pourrait encore croître : jusqu’à + 1 à 2% du PIB.
Des réformes budgétaires complémentaires seront donc nécessaires pour réduire le déficit à moyen terme. Au final, son message pour le monde politique est clair : « il faut faire attention, on n’a plus d’argent, on a un déficit qui est trop élevé ».

