Le cloud souverain de l’Europe développé par Amazon Web Services.
La question de la sécurité et de l’indépendance du stockage des données numériques sensibles de l’Union européenne et de ses États-membres taraude les autorités européennes depuis longtemps. Fin avril 2025, Microsoft a promis de doubler ses capacités de stockage sur le sol européen, tout en mettant à disposition un cloud souverain et indépendant dont l’Europe seule aurait les clés.
La question préoccupe les autorités européennes depuis longtemps. Comment stocker et conserver, en toute sécurité et indépendance, les données numériques sensibles de l’Union européenne et de ses États membres ? Les infrastructures de stockage, ces fameux clouds, sont actuellement de vastes centres de données développés uniquement par les géants américains de la technologie : Microsoft, Amazon ou Google. Dans un contexte international de plus en plus tendu, notamment avec les États-Unis, la création d’un cloud souverain européen s’avère donc essentielle. « Quand on parle de cloud souverain, on parle d’infrastructures qui doivent être installées dans une région, un pays ou une zone géographique donnée, sous le contrôle exclusif de cette région ou de ce pays, tant sur le plan physique que juridique, pour déterminer la loi et la juridiction applicables à ce qui est stocké dans ces infrastructures », explique Nicolas Van Zeebroeck, professeur d’économie et de stratégie numérique à la Solvay Brussels School of Economics de l’Université libre de Bruxelles.
Fin avril 2025, Microsoft a manifesté son intérêt pour l’Europe en promettant de doubler ses capacités de stockage sur le sol européen, tout en proposant un cloud souverain et indépendant dont elle seule détiendrait les clés. Amazon Web Services a annoncé une initiative similaire il y a quelques jours, avec un immense centre de données situé en Allemagne, représentant un investissement d’environ 8 milliards d’euros. D’autres infrastructures devraient également voir le jour, notamment dans la région ou en périphérie bruxelloise.
Si l’Europe s’inquiète autant de sa dépendance vis-à-vis des clouds américains, c’est principalement en raison de textes juridiques américains, comme le Cloud Act, qui conditionnent l’utilisation de ces infrastructures. « C’est une législation américaine qui donne une portée extraterritoriale aux États-Unis, permettant un accès indirect aux autorités américaines, via toutefois le système judiciaire, aux données stockées dans des infrastructures géographiquement localisées en Europe, mais appartenant à des institutions sous contrôle ou juridiction américaine, comme Microsoft ou Amazon », précise Nicolas Van Zeebroeck.
Ce problème est bien connu, mais le retour de Donald Trump à la Maison Blanche en janvier 2025 a renforcé les inquiétudes en Europe. « Ce droit de regard potentiel que confère le Cloud Act pose déjà un problème en soi », explique le professeur de stratégie numérique. « Mais il est d’autant plus préoccupant depuis que le président américain attaque vigoureusement, notamment, la Cour pénale internationale. Lorsqu’il ordonne subitement à Microsoft de couper l’accès et de supprimer l’e-mail du procureur de la Cour, on réalise que ces questions de juridictions ne doivent pas être prises à la légère. »
Microsoft et Amazon Web Services prétendent que le cloud européen sera souverain et totalement indépendant, mais les infrastructures sont encore conçues par des entreprises américaines. « Ce n’est pas seulement une question de géographie et de localisation de ces infrastructures. En Europe, c’est déjà très bien, et garantir que les données restent en Europe est positif. Mais est-ce suffisant si les opérateurs de ces infrastructures sont toujours finalement des entreprises américaines ? » conclut Nicolas Van Zeebroeck.
Il existe bien des opérateurs en Europe proposant des solutions de stockage de données, comme en France, en Allemagne ou en Belgique. Cependant, aucun n’a la taille de ces géants américains. Les entreprises européennes n’ont pas encore les capacités nécessaires pour héberger certains types de services et de données, surtout pour le grand public, qui requièrent des volumes de stockage beaucoup plus importants et coûteux, capacités que seules les entreprises américaines peuvent actuellement déployer.

