Belgique

Le bilinguisme, indicateur de crédibilité nationale des politiciens belges ?

En Belgique, trois langues sont officiellement reconnues (français, néerlandais, allemand), et la vie politique fédérale s’est surtout structurée autour de la dualité francophones/néerlandophones. Lors de son accession au poste de Premier ministre en 2011, Elio Di Rupo, un francophone, a suscité des critiques concernant sa maîtrise du néerlandais.


En Belgique, trois langues sont officiellement reconnues : le français, le néerlandais et l’allemand. Cependant, la vie politique fédérale s’est principalement organisée autour de la dualité entre francophones et néerlandophones, avec une mise en avant du néerlandais comme langue d’émancipation en Flandre. Les réformes de l’État ont officialisé cette réalité, notamment avec la parité linguistique au sein du Conseil des ministres fédéral et la répartition des compétences entre communautés et régions, entraînant un paysage politique divisé entre partis francophones et néerlandophones.

Dans ce contexte, le bilinguisme n’est pas seulement un atout, mais un critère de crédibilité nationale pour les postes les plus en vue, comme celui de Premier ministre. L’opinion publique et les médias s’attendent de plus en plus à ce que les responsables soient capables de s’exprimer dans les deux langues, répondent aux interviews en néerlandais et en français, et ne se contentent pas de lire des textes phonétiquement. Tout faux pas est interprété comme une contestation de leur légitimité à parler « au nom de tout le pays ».

L’histoire regorge de politiques belges ayant suivi des cours accélérés de néerlandais, profitant souvent de l’expertise d’une célèbre école de langue, le CERAN, qui a récemment fêté ses 50 ans. Cette institution privée enseigne des langues étrangères sous forme intensive. De nombreux responsables ont dû séjourner une semaine dans le château de Nivezé, près de Spa, où se déroulent des cours en petits groupes et en individuel, avec l’exigence de parler la langue apprise pendant toutes les activités.

### Elio Di Rupo, un Premier ministre francophone sous pression linguistique

Lorsqu’Elio Di Rupo devient Premier ministre en 2011, il met fin à une longue série de chefs de gouvernement néerlandophones. En tant que francophone, socialiste, et fils d’immigrés italiens, il représente plusieurs ruptures symboliques, notamment celle d’un Premier ministre dont le niveau de néerlandais est immédiatement scruté. Sa maîtrise imparfaite de la langue entraîne critiques et moqueries, même de la part de ses adversaires, certains affirmant que « des employés de maison parlent mieux le néerlandais que lui ».

Pour défendre Di Rupo, en janvier 2012, le Premier ministre néerlandais de l’époque, Mark Rutte, a déclaré : « Que le Premier (ministre) soit néerlandophone ou francophone, cela ne change rien. Le néerlandais du Premier (ministre Di Rupo) est bon. La discussion s’est d’ailleurs déroulée totalement en néerlandais. »

Dans le domaine médiatique, ses interventions en néerlandais sont marquantes : accent très présent, hésitations, erreurs de vocabulaire, mais aussi une volonté manifeste de se rapprocher du public flamand. Une confusion verbale ou une phrase mal construite suffisent souvent à relancer les débats sur sa capacité à représenter la Flandre.

Cependant, ces discours illustrent également une tendance plus large : celle de responsables francophones qui se voient contraints d’investir davantage dans la langue de l’autre communauté, acceptant le risque de maladresse.

Rudy Demotte, jeune retraité de la politique belge, est perçu par de nombreux observateurs comme un contre-exemple rassurant dans un contexte linguistique souvent conflictuel. Ancien ministre-président de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de Wallonie, il a patiemment bâti une réputation de responsable francophone capable de s’exprimer correctement en néerlandais, sans en faire une démonstration ou un outil de communication.

Dans les médias flamands et au Parlement, son néerlandais, bien que imparfait, est perçu comme solide, préparé, et respectueux du public qu’il interpelle, ce qui lui confère généralement un certain crédit des deux côtés de la frontière linguistique. Alors que d’autres politiciens semblent découvrir la seconde langue nationale au moment de l’accession à une fonction symbolique, Rudy Demotte apparaît comme un modèle d’apprentissage ancré dans la durée, au service de ses fonctions.

Cependant, des séquences diffusées sur les réseaux sociaux montrent un néerlandais hésitant, truffé de pauses et d’approximations, soulignant ses difficultés. Les sous-titres ajoutés en néerlandais ne font souvent que renforcer ces doutes. Dans les commentaires, certains internautes flamands ironisent sur son niveau, d’autres suggèrent qu’il serait préférable de s’exprimer en français tant que le néerlandais n’est pas maîtrisé et recommandent un « bain de langue » intensif.

D’une manière générale, une bourde ou un accent trop prononcé n’ont pas le même impact selon qu’ils proviennent d’un francophone ou d’un néerlandophone, d’un Premier ministre ou d’un bourgmestre, d’un « baron » local ou d’un président de parti aux ambitions nationales. C’est dans ces différences d’interprétation que se joue une part de l’histoire du bilinguisme politique belge, une histoire où chaque mot et chaque langue restent profondément marqués par des enjeux politiques.

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L’arrivée de Boris Dilliès en tant que ministre-président de la Région bruxelloise est l’occasion d’un nouveau départ pour la question du bilinguisme dans la politique belge.