L’alcool disparaît des frigos en entreprise, reste toléré lors des festivités.
En Belgique, la loi ne l’interdit pas formellement, mais l’alcool est généralement banni des lieux de travail, bien que certaines entreprises puissent avoir une politique plus tolérante. Il existe une convention collective de travail, la CCT 100, qui impose aux employeurs de protéger la santé et la sécurité des travailleurs en mettant en place une politique claire concernant l’alcool et les drogues.
Est-il autorisé de consommer de l’alcool sur son lieu de travail en Belgique ? La législation ne l’interdit pas explicitement, laissant ainsi aux entreprises le soin d’établir leurs propres règles dans leur règlement intérieur, allant d’une tolérance encadrée à une interdiction totale. Cependant, Thomas Lesseigne, conseiller juridique chez SD Worx, précise qu’il existe un cadre législatif : « il y a une convention collective de travail qu’on appelle la CCT 100 qui impose à tout employeur de protéger la santé et la sécurité des travailleurs. Cela oblige les entreprises à mettre en place une politique de prévention et de gestion claire des consommations d’alcool et de drogue. »
Concrètement, cela signifie que « la règle générale, c’est l’interdiction totale de l’alcool sur le lieu de travail. Et sa consommation peut être sanctionnée, c’est même souvent une faute grave », souligne Jean-Paul Erhard, expert en ressources humaines. Ainsi, le principe est que l’alcool n’est pas le bienvenu sur le lieu de travail.
### Interdiction de boire avant le travail
Dans certains secteurs à risque, il est même interdit de consommer de l’alcool avant le début de la journée de travail. Dans ces domaines, où l’interdiction de l’alcool au travail est stricte, une vigilance est également exercée sur le taux d’alcool résiduel avant la prise de poste. Cela signifie que les travailleurs ne doivent pas avoir consommé d’alcool avant de débuter leur service. La difficulté réside dans l’exercice de contrôles pour des raisons de sécurité tout en respectant la vie privée des employés.
Les secteurs à risque incluent, par exemple, les conducteurs de bus, de poids lourds, de taxis, le transport scolaire, ainsi que ceux qui opèrent des machines ou des engins lourds comme des grues et des chariots élévateurs, ou encore ceux qui travaillent en hauteur. Les métiers de sécurité ou d’urgence, tels que la police, les pompiers ou certaines fonctions dans l’industrie chimique, sont également concernés.
Dans ces fonctions, même une consommation qualifiée de « légère » peut accroître le risque d’accidents graves ou mortels. Plus le poste est critique, plus la politique doit être rigoureuse. Ainsi, il est logique d’interdire non seulement l’alcool durant le travail, mais également avant le début de la journée.
Un chauffeur de bus ou un grutier, par exemple, ne peut ni consommer d’alcool pendant le service, ni avoir un taux résiduel d’alcool dépassant les limites légales en se présentant au travail, sous peine de sanctions. Certaines entreprises mettent même en place des tests d’alcoolémie ciblés et annoncés dans leur règlement pour les postes critiques, avec retrait immédiat en cas de doute ou de résultat positif.
### Exceptions à l’interdiction
Bien que l’alcool soit généralement proscrit du milieu professionnel, il existe occasionnellement des moments où il peut être consommé, comme lors de drinks de bienvenue ou de départ, d’anniversaires ou de fêtes d’entreprise. À ces occasions, « l’alcool est toléré mais sous certaines conditions », explique Thomas Lesseigne de SD Worx, car la responsabilité de l’entreprise est engagée en cas d’excès. « On va servir de l’alcool lors d’un événement festif, mais l’employeur doit limiter les risques, car si un travailleur a un accident en rentrant chez lui, cela reste un chemin de travail, et il faudra éventuellement établir une responsabilité vis-à-vis des assurances. »
Quelles mesures peuvent être mises en place ? « On peut rappeler les règles de modération dans l’invitation, prévoir une quantité limitée de boissons alcoolisées, avec un taux d’alcool réduit, interdire d’amener des produits personnels, et offrir des alternatives attrayantes, comme des mocktails sans alcool. »
Il est aussi conseillé aux entreprises de prévoir des options de transport. Après la fête, il est crucial de disposer de mesures pour réduire le risque d’accident. « Avant, on distribuait des petits alcotests jetables pour vérifier si l’on était en état de conduire. Maintenant, des machines permettent de mesurer l’alcoolémie et d’indiquer le temps d’attente avant de pouvoir reprendre le volant. Certains responsables s’assurent également que personne ne parte en état d’ébriété. Sinon, il est recommandé aux entreprises d’organiser des services de transport comme des covoiturages ou des taxis, éventuellement pris en charge. »
Après avoir pris toutes ces précautions, en cas d’accident, l’employé ne pourra guère reprocher cela à l’entreprise, sa propre responsabilité étant davantage engagée.
### Événements à l’extérieur de l’entreprise
En ce qui concerne des événements organisés à l’extérieur de l’entreprise, tels que des séminaires, des visites ou des activités de team building, les règles restent les mêmes. « Le fait que cela se déroule hors des murs de l’entreprise ne change rien », souligne Thomas Lesseigne, « cela reste un événement organisé par l’employeur et il conserve l’obligation de prévenir tout excès et tout accident. »
Jean-Paul Erhard ajoute que, durant un team building, il est souvent nécessaire de prévoir un hébergement sur place. « On sait bien qu’en organisant une activité de team building ou un séminaire résidentiel, l’alcool sera plus présent que lors d’un événement au bureau. Pour certains, c’est presque une tradition de partager une soirée bien arrosée dans ce type de circonstances, ce qui doit être pris en compte dans les mesures d’accompagnement mises en place. »
Cependant, cela ne signifie pas que tout est permis. « Si quelqu’un dépasse les bornes, le règlement du travail s’applique et des sanctions peuvent être prises », rappelle Thomas Lesseigne. En cas de problèmes d’alcool ou de drogue persistants, une entreprise doit prendre des mesures liées à la protection de la santé, plutôt que de recourir seulement au registre disciplinaire.
### Une tendance à la diminution de l’alcool en entreprise
Une chose est certaine : l’alcool est moins présent dans les entreprises qu’auparavant. Thomas Lesseigne témoigne : « Il y a 20 ans, à l’école secondaire et lors de mon stage au tribunal du travail à Nivelles, il y avait des distributeurs de boissons avec des canettes de bière. C’est impensable aujourd’hui en 2026. »
Cette évolution est confirmée par Sodexo, qui fournit des services de catering. « La présence ou non de boissons alcoolisées dans nos restaurants d’entreprise dépend d’abord du cadre défini par l’employeur : certains souhaitent en proposer, d’autres non », explique Mélissa Pantano, chargée de la communication. « Ce que nous observons, c’est que la consommation d’alcool en entreprise a fortement diminué ces dernières années. Aujourd’hui, la présence d’alcool dans les restaurants d’entreprises est devenue une exception. Même lors d’événements, plusieurs organisations choisissent de réduire ou d’interdire complètement les boissons alcoolisées. »
Dans les années 80, les bouteilles de whisky sur les tables des chefs de service étaient courantes. C’était une époque où fumer était autorisé partout, et certains estiment que c’était « le bon temps ».

