Belgique

La surpopulation carcérale nuit à la santé mentale des détenus.

La prison de Tournai accueille jusqu’à 270 détenus pour 178 places, entraînant des conditions de promiscuité selon Jean-Pierre Grégoire, président de la commission de surveillance. Le psychiatre estime que 10% à 15% des personnes entrantes en prison présentent de réelles difficultés psychiatriques, et la prescription de médicaments psychotropes représente 85 à 95% de la prescription totale des médicaments en prison.


Pour Jean-Pierre Grégoire, président de la commission de surveillance, la santé mentale en prison est « une catastrophe ». Avec ses collègues, il a interrogé des agents pénitentiaires de Tournai et des détenus. « C’est une catastrophe parce que les conditions de promiscuité sont quand même incroyables. Il y a jusqu’à 270 détenus pour 178 places. Imaginez vivre dans une privation de liberté, dans une cellule de 9 mètres carrés, à trois. »

Cette surpopulation augmente directement les tensions entre les détenus, souligne Létizia Beltrame, directrice de la prison de Tournai. « Les agents font un travail merveilleux d’essayer de trouver des combinaisons de détenus qui puissent s’entendre, des fumeurs, des non-fumeurs, des personnes de la même tranche d’âge qui écoutent le même type de musique, qui regardent le même type de programme. Malheureusement, la surpopulation ne permet plus de faire ça. Et donc, on ouvre la porte et là où il y a de la place, on pose un lit par terre. »

Le service médical est débordé. Le psychiatre vient tous les 15 jours. Il a une centaine de détenus sur sa liste d’attente. Selon le psychiatre, note la commission, on peut estimer à 10% ou 15% le nombre de personnes entrantes en prison à connaître de réelles difficultés psychiatriques. Le spécialiste estime aussi que la prescription de médicaments psychotropes (antidépresseurs, anxiolytiques, somnifères, substituts aux drogues dures) représente 85 à 95% de la prescription totale des médicaments en prison.

Un généraliste et trois infirmiers s’occupent de 30 à 40 patients par jour, explique Jourdan, l’un des infirmiers : « On a un petit couac, c’est qu’on n’a pas assez de médecins à la prison de Tournai. Les consultations sont très chargées. Sur une journée, on peut voir entre 30 et 40 patients. » Pour lui, la santé mentale en prison est connectée à ce qui se passe dans la société en général. « Il y a une hausse des pathologies psychiatriques à l’extérieur. En prison, c’est la même chose. »

Trois psychologues et cinq assistants sociaux font leur possible. Des renforts extérieurs interviennent également, mais moins qu’avant, explique la directrice Létizia Beltrame. « Comme on le sait, le gouvernement restreint ses subsides, donc il y a pas mal d’ASBL qui ont dû fermer, des asbl qui nous aident à soutenir les détenus qui sont en souffrance psychologique. Donc on gère l’urgence. »

Pour s’occuper l’esprit, une quarantaine de prisonniers ont un travail, d’autres participent à des activités, comme des cours de français, de mathématiques ou l’atelier dessin, animé par Xavier : « Venir aux cours, ça leur fait un bien fou. Ils s’évadent, sans vilain jeu de mots. Ils explorent de nouveaux horizons et ils sont déjà un peu plus détendus avec ce qu’on leur propose. »

« Le personnel se rend bien compte que c’est important de tenir les activités pour éviter que les détenus ne soient enfermés 24 heures sur 24 en cellule », précise Létizia Beltrame. Mais certaines activités sont parfois mises entre parenthèses ou supprimées pour des raisons logistiques. Le culte a lieu une fois par mois et plus une fois par semaine. La sortie au préau est plus rare, selon Lucie, sœur d’un détenu. « Ils ont beaucoup moins de sorties parce qu’ils sont en manque d’effectifs. Quand ils rentrent en cellule après la visite, on leur dit : Aujourd’hui, pas de préau, manque d’effectifs. »

La surpopulation grippe le système, explique Dimitri Cornu, délégué permanent SLFP : « Si vous faites un préau avec 30 personnes, vous faites descendre 30 détenus, ça prend 20 minutes. Si maintenant vous devez en faire sortir 70, ça va prendre une heure. Ça vous laisse moins de temps pour faire d’autres déplacements pour d’autres activités. »

Certains détenus vivent si mal leur quotidien qu’ils préfèrent l’isolement à leur cellule. « Ils demandent à être isolés au cachot pendant une semaine », raconte Jean-Pierre Grégoire, « c’est-à-dire sans rien comme confort, parce qu’ils ne supportent plus la promiscuité du trio, du duo. »

Un suicide en 2025 et plusieurs tentatives témoignent aussi du mal-être à la prison. Là encore, le cachot est utilisé pour mettre en sécurité l’auteur d’une tentative de suicide. « Depuis des années, on milite pour trouver un système intermédiaire, une cellule capitonnée, une meilleure pièce à inventer, mais il n’y a pas de moyens et il n’y a pas de place en ce moment », déplore Jean-Pierre Grégoire. « Toutes les cellules sont suroccupées. »

La directrice, elle, plaide pour des mesures gouvernementales afin de diminuer la population carcérale.