La superpuissance américaine face à la superfaiblesse européenne, selon Maxime Prévot.
Maxime Prévot, Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, a déclaré que « la Belgique n’était pas citée » dans le contexte des droits de douane supplémentaires annoncés par Donald Trump. Il a également précisé que « le Groenland n’est pas à prendre, il n’est pas à vendre ».
De retour de Davos, Maxime Prévot, Vice-Premier ministre et Ministre des Affaires étrangères, était présent dans le studio de Jeudi en Prime alors qu’un Sommet européen se tenait à Bruxelles, ce jeudi, réunissant les chefs d’État des 27 pays membres de l’Union européenne pour se coordonner face aux positions de Donald Trump.
Ce Sommet avait été initialement convoqué pour répondre à l’annonce du Président américain de prélever des droits de douane supplémentaires sur les pays européens ayant décidé d’envoyer des militaires en mission au Groenland, en raison de l’intérêt de Donald Trump pour ce territoire. « Étonnamment, et on ne s’en plaindra pas, la Belgique n’était pas citée alors que nous avions décidé d’être solidaires effectivement des Danois et d’envoyer aussi un soldat en mission exploratoire », a précisé Maxime Prévot. Néanmoins, la question d’une riposte européenne substantielle, qualifiée de « bazooka », par le biais de mesures commerciales exceptionnelles, devait être examinée.
Entretemps, le Forum économique de Davos s’est tenu, durant lequel Donald Trump était présent. Des prises de position de leaders européens et des discussions entre Européens et Américains ont eu lieu, probablement pour faire évoluer la situation. A-t-on réussi à « rassurer » Donald Trump concernant la présence militaire européenne au Groenland ?
Maxime Prévot a affirmé que les Américains avaient interprété l’envoi de soldats européens au Groenland comme « une démarche anti-américaine ». Ce n’était pas le cas selon lui : « Si des alliés ont décidé de mener cette mission exploratoire sur le plan militaire, c’est précisément pour répondre aux Américains et leur envoyer le signal que nous avions compris leurs préoccupations concernant la situation au Pôle Nord », a-t-il déclaré, notant que Donald Trump souhaite s’emparer du Groenland pour protéger les États-Unis face à la Chine et la Russie. « Nous avions, en tant qu’alliés de l’OTAN aux côtés du Danemark, décidé de prendre nos responsabilités pour, demain, avec des opérations militaires à venir, montrer que nous allions sécuriser ce lieu afin d’éviter toute tentation américaine d’adopter une approche hostile à l’égard du Groenland », a affirmé Maxime Prévot.
Finalement, Donald Trump a abandonné ses droits de douane supplémentaires sur les États européens impliqués militairement au Danemark. « Hier soir, le président Trump a annoncé, après sa réunion avec le secrétaire général de l’OTAN, qu’une solution satisfaisante semblait se dessiner, solution dont nous ignorons encore l’issue et qui, nous espérons, conviendra aussi aux Danois et aux Groenlandais qui sont tout de même les premiers concernés », a expliqué Maxime Prévot.
Le ministre belge ne conteste pas les menaces de la Chine et de la Russie sur les États-Unis dans cette région. « Les enjeux sécuritaires, nous allons les affronter, y répondre de manière collective, ensemble, entre alliés, et pas de manière agressive et hostile et encore moins en violant l’intégrité territoriale d’un allié, cela a toujours été la ligne rouge, le Groenland n’est pas à prendre, il n’est pas à vendre », a expliqué Maxime Prévot.
La menace de nouveaux tarifs douaniers était également une ligne rouge que les Américains ne devaient pas franchir. « Nous n’acceptons pas de subir des tarifs supplémentaires qui vont affaiblir notre économie, notre prospérité, seulement parce que nous voulons répondre adéquatement aux préoccupations sécuritaires », a ajouté le ministre Prévot. « Nous avons rappelé aux Américains, qui sont très sensibles à la question des accords, que lorsqu’une parole est donnée et qu’un accord est conclu, il doit être respecté. Donc, la façon dont le président Trump a remis cela en cause ces derniers jours n’était pas acceptable », a poursuivi le ministre.
Le menu du jour du Sommet européen a donc quelque peu changé. Les droits de douane supplémentaires étant, pour le moment, abandonnés par Donald Trump, la perspective de recourir au « bazooka » économique européen n’est plus d’actualité.
Les dirigeants européens doivent donc débattre sur d’autres sujets. « Nous devons aujourd’hui préparer quels pourraient être, à l’avenir, les plans de riposte plutôt que d’être pris un peu au dépourvu », estime Maxime Prévot. Selon lui, il y a actuellement « du répit », mais celui-ci peut être « temporaire », car le ministre belge des Affaires étrangères craint que « l’imprévisibilité du Président Trump nous accompagne tout au long de son mandat ».
« Nous devons profiter des réunions comme celle d’aujourd’hui pour continuer à nous organiser en coulisses, afin de pouvoir établir un plan d’action clair qui pourrait aller jusqu’à activer ce bazooka », avance le ministre des Affaires étrangères.
Maxime Prévot estime également que les Européens doivent prendre position concernant le Conseil de la Paix que Donald Trump souhaite mettre en place. « Son initiative devait initialement viser Gaza, mais elle englobe tous les conflits du monde », a-t-il rappelé. Pour lui, il s’agit d’un « processus lancé par le président Trump, qui vise en deux mots à se substituer aux Nations unies pour organiser lui-même l’ordre international ». Maxime Prévot a aussi noté que le président russe, Vladimir Poutine, y était invité. « On ne peut pas dire que ce soit notre référentiel en matière de paix », a précisé le ministre belge des Affaires étrangères.
Il attend donc des Européens qu’ils prennent position vis-à-vis de ce « Conseil de la Paix ». À ce stade, seul le Hongrois Viktor Orbán y a répondu favorablement. « Avec les pays européens, nous allons voir comment réagir, essayer de recalibrer ce processus sans changer la gouvernance, parce que là, c’est Trump qui décide de tout. Il n’y a aucune voix européenne qui va aller s’inscrire dans ce Conseil de la Paix », a-t-il insisté. « L’Europe ne va pas dire qu’elle s’associe », a affirmé Maxime Prévot.
Ce jeudi, à la mi-journée, Maxime Prévot a reconnu avoir été assez « ébranlé ». « La Maison Blanche a annoncé que la Belgique faisait partie des signataires pour participer à ce Conseil de la Paix. Il n’en est rien », a réagi Maxime Prévot. Comment le nom de la Belgique s’est-il retrouvé sur la liste des Américains ? « Je crains qu’il y ait une confusion avec le Belarus (Biélorussie) et la Belgique, probablement en raison des trois premières lettres identiques », a-t-il estimé. Après que Donald Trump a confondu à Davos le Groenland et l’Islande, tout est effectivement possible…
Plutôt que ce Conseil de la Paix à la sauce Trump, Maxime Prévot privilégie « l’esprit de la Charte des Nations Unies », en particulier pour accompagner un processus de paix à Gaza, « avec quelque chose qui ne s’éloigne pas du respect du multilatéralisme ou du Droit international », a expliqué le ministre.
Pour la Belgique et son ministre des Affaires étrangères, le Droit international reste une « boussole ». « Parce que nous ne sommes pas une grande puissance financière, nous ne sommes pas une grande puissance militaire, donc le seul moyen de préserver la sécurité de notre population, la prospérité de notre économie, c’est d’avoir le bouclier du droit international ».
Ces derniers temps, les tensions avaient été notables entre les États-Unis et l’Europe. À Davos, en coulisses, un climat tendu entre Américains et Européens a été rapporté. « La sidération prédominait, ne nous mentons pas », a déclaré Maxime Prévot.
Avec la politique menée par Trump, les Américains sont-ils toujours des alliés des Européens ? « Oui, notre allié historique que sont les États-Unis doit rester un partenaire privilégié », estime Maxime Prévot. Mais, précise-t-il, « il est évident qu’il ne pourra pas, à l’avenir, être le même allié qu’il était hier, en raison de son comportement erratique qui laissera des traces ».
Pour le ministre belge des Affaires étrangères, il faut « réinventer notre lien avec les États-Unis », mais il faut aussi « arrêter d’avoir la posture Calimero, de nous plaindre de ce qui se passe à Washington, de l’attitude du Président Trump ». Pour Maxime Prévot, l’Europe doit balayer devant sa porte, « parce que la superpuissance américaine n’a d’égale aujourd’hui que la superfaiblesse de l’Europe ». Selon lui, l’Europe « ne peut être un poids géopolitique fort à l’échelle mondiale que si elle est unie ».
Il est à constater, comme le remarque Maxime Prévot, que, que ce soit sur le dossier de Gaza ou vis-à-vis de l’Ukraine, « nous peinons à parler d’une seule voix à 27 ». « Si nous continuons à agir de manière bilatérale, notamment avec les États-Unis ou d’autres puissances, nous affaiblissons la force européenne », estime Maxime Prévot.
Il ajoute : « nous ne pouvons pas être le paillasson des Américains ». Il faut, dit-il, « travailler en bonne intelligence avec ce partenaire dans une relation à réinventer ». Cette relation « doit nous tirer tous vers le haut, Américains et Européens, parce que nous avons plus à partager qu’à créer des polémiques qui nous tirent vers le bas alors que la Chine et la Russie se délectent de ces querelles », affirme le ministre Prévot.
Mercredi, à Davos, le Premier ministre De Wever et le roi Philippe se sont entretenus avec Donald Trump. On ne sait pas encore ce qui a été discuté durant cette rencontre. « Je ne vais pas vous le révéler », a réagi Maxime Prévot. « L’ambiance était correcte dans l’échange, ce qui importait c’était le fond », a précisé le ministre belge.
Avant cette rencontre, Bart De Wever avait tenu des propos fermes, voire durs envers le Président Trump. « Des mots durs, des mots justes, qui étaient souhaités et attendus, et que j’avais moi-même pu porter dans les interviews, sur la place publique, mais évidemment, la parole d’un Premier ministre est toujours plus forte », a ajouté Maxime Prévot.
Concernant le Premier ministre De Wever, « lui et moi sommes alignés », assure Maxime Prévot, évoquant le constat établi sur « les enjeux du développement futur de l’autonomie stratégique européenne ».
Bart De Wever, nationaliste flamand devenu Premier ministre, est-il en train de prendre une autre stature ? Ses commentaires sur les positions de Donald Trump ont été relayés par d’autres chancelleries européennes. « Le Premier ministre est quelqu’un de pragmatique, un stoïque, et je pense qu’il a bien compris, comme tous les citoyens, que nous vivons une période de bouleversements terrible au niveau international », a analysé Maxime Prévot. Pour lui, dans un pays comme la Belgique, dont « l’économie est extrêmement dépendante des relations internationales, il n’y a plus d’espace pour chipoter avec des éléments de nature communautaire ».
Maxime Prévot a déclaré que le Premier ministre assume son rôle. « Est-ce qu’on doit rester vigilants ? Incontestablement, ne soyons pas naïfs », a précisé le ministre. « Mais aujourd’hui, j’ai plaisir à travailler avec un Premier ministre qui assume sa stature et qui fait tenir à la Belgique son rang sur la scène internationale », a-t-il poursuivi. « Ce serait dramatique d’avoir un Premier ministre et un ministre des affaires étrangères qui se chamaillent alors que plus que jamais, nous avons besoin de faire bloc et de serrer les rangs pour obtenir des résultats pour notre population, sa sécurité et sa prospérité », a conclu le ministre des Affaires étrangères.

