Belgique

La STIB, le TEC et la SNCB ne gèrent pas d’attractions.

Un groupe de visiteurs internationaux, avec des skieurs venus d’une vingtaine de pays, débarquent dans la petite station de ski de Boí Taüll, qui a failli disparaître il y a quelques années. En 2019, 60% des skieurs ici venaient de la Région Catalogne et plus de 95% de l’Espagne en général.


Ce jour-là, un groupe de visiteurs internationaux, dont des skieurs originaires d’une vingtaine de pays d’Europe et du monde, arrive dans la petite station de ski de Boí Taüll, point d’aboutissement de la route menant depuis les petits villages historiques en contrebas. « Je ne savais pas qu’il existait des régions comme ça en Espagne », déclare une des visiteuses. « C’est beau. Il n’y a presque personne. Ni presque aucun bâtiment. On se croirait au bout du monde », ajoute un autre.

Cet endroit n’est effectivement pas très connu à l’international. En 2019, 60% des skieurs présents venaient de la région de Catalogne et plus de 95% de l’Espagne dans son ensemble. De plus, il y a quelques années, le domaine a failli disparaître.

En 2020, le département tourisme de FGC (Ferrocarrils de la Generalitat de Catalunya – la compagnie gérant les trains suburbains en Catalogne et notamment autour de Barcelone) a décidé de reprendre définitivement la propriété et la gestion de la station de ski de Boí Taüll. L’ancien propriétaire, un groupe privé de construction, avait enregistré une perte de 2,4 millions d’euros en 2018. Il a alors décidé de céder ses parts, et FGC a racheté 100% de la société pour un peu plus de 13 millions d’euros.

« Aujourd’hui, la compagnie des trains de Catalogne gère aussi six stations de ski », précise Enric Serra, directeur business et stratégie de la division tourisme de FGC, dans un français presque parfait. « Ce n’est pas la première fois qu’on fait ça. Il y a d’abord eu la station de ski de Núria. Là-bas, un petit train à crémaillère permettait d’accéder à la station. L’espace de ski comptait aussi un hôtel et avait des problèmes économiques. Comme nous avions un train similaire en gestion à Barcelone, FGC a décidé de reprendre l’ensemble. Cela remonte au début des années 80. Ensuite, on a repris La Molina, notre plus grande station. Il y avait également de graves problèmes économiques et, forte de l’expérience de Núria, FGC a décidé de reprendre cette station. Nous avons ensuite acquis les stations de Vallter 2000, Espot Esquí, Port Ainé et, enfin, Boí Taüll. »

FGC, entreprise publique de la région de Catalogne, a investi de l’argent public pour sauver des stations de ski, auparavant gérées par des privés. Pour Boí Taüll, cela représente 13,4 millions pour le rachat. « Depuis, FGC a injecté environ 2,5 millions par an depuis la reprise, soit environ 10 millions d’euros », précise Enric Serra. « Et dans nos prévisions, sur les dix prochaines années, il faudra peut-être investir encore 25-30 millions d’euros. Cela inclut l’alimentation énergétique, la production de neige artificielle, le remplacement ou l’ajout de nouveaux télésièges, ainsi que des restaurations. Il y a beaucoup de choses à faire. »

Si cet hiver est rentable grâce à la neige abondante, ce n’est pas le cas chaque année. « Les saisons 2022-23 et 23-24, par exemple, ont été compliquées à cause du manque d’enneigement. En tant qu’entreprise publique, FGC peut supporter un déficit d’exploitation de ses stations sans trop de problèmes. Mais il est difficile d’amortir les gros investissements. Notre but, à travers ces gestions, est d’offrir de bonnes opportunités au territoire. Peut-être que cela permettra une cession à des privés lorsque les domaines deviendront rentables. »

Maintenir ces stations de ski ouvertes représente une question de survie pour ces régions reculées. « En Catalogne, il y a 8 millions d’habitants. Il y en a environ 5-5,5 à côté de Barcelone. Mais les autres territoires doivent avoir les mêmes chances. Quand un enfant naît ici, il doit pouvoir bénéficier des mêmes opportunités qu’un enfant qui habite dans une grande métropole », confie Enric Serra. « Boí Taüll est situé dans une région isolée. Il n’y a pas d’usine ni d’industrie. L’activité dépend presque uniquement du tourisme, principalement concentré sur les 3-4 mois d’été, avec des activités comme les descentes aux flambeaux, les visites des églises romanes classées par l’Unesco, ou les promenades dans le parc national d’Aigüestortes. En hiver, il ne reste presque que le ski pour attirer les touristes. C’est donc vital pour la survie de ces vallées. »

La Vall de Boí est une petite commune d’environ 1.100 habitants, composée de huit villages, certains comptant entre 200 et neuf habitants. « Depuis que FGC a investi dans la station de ski, on voit que les villages se développent à nouveau. La population est présente, en été comme en hiver. C’est crucial. Un enfant, lorsqu’il va à l’université, doit partir pour Barcelone ou Lleida. Mais après ses études, où peut-il travailler ? En développant la région, on lui donne des chances de trouver un emploi sur place, où il peut se poser et fonder une famille. Sinon, la vallée va mourir. C’est une véritable mission de service public, même si cela implique des pertes financières. »

La région catalane et son réseau ferroviaire ne peuvent toutefois pas tout sauver. Au début des années 2000, la station de Rasos de Peguera a dû fermer ses portes, car le village le plus proche était à 45 kilomètres. À l’époque, la région a jugé qu’il y avait d’autres stations à préserver.

Aujourd’hui, il reste beaucoup à faire pour faire connaître Boí Taüll sur le plan international. « En semaine, c’est assez désert. On ne voit presque personne dans les rues », confie une vendeuse d’un magasin de ski du village de Pla de l’Ermita, situé sur la route vers la station. « En hiver, la semaine, il n’y a pratique que des élèves espagnols ou français en classes de neige. Mais quasiment pas de touristes, malgré la quantité de neige cette saison. Le week-end, en revanche, c’est plein, nous n’avons pas le temps de souffler. »

Le développement du ski alpinisme, qui figure aux Jeux olympiques d’hiver de Milan-Cortina cette année, fait partie de la stratégie de FGC pour attirer davantage de monde. La station accueille d’ailleurs une manche de la coupe du monde de ski alpinisme fin janvier-début février. Boí Taüll mise également sur sa reconnaissance, ayant été élue quatre fois « meilleure station de ski d’Espagne » par une organisation internationale.