La poétesse Kiyémis : « Nous ne devons pas oublier la joie »
En 2025, l’autrice Kiyémis a appris à apprécier le mot « demeurer ». Kiyémis est autrice, poétesse et afroféministe franco-camerounaise, qui a coordonné l’anthologie « Pour la joie » aux éditions Les Liens qui Libèrent.
Demeurer
En 2025, j’ai appris à apprécier le mot « demeurer ».
Pas l’insulte qui évoque les cours de récréations hostiles, ni les moqueries enfantines.
Demeurer, le verbe, à l’infinitif tendu, autoritaire et affirmé.
Les épaules plus larges, je demeure, tu demeures, nous demeurons.
En 2025, j’ai donc découvert le plaisir du mot « demeurer ».
Années des tremblements de terre, que des pudeurs, dites de gazelle, appelleront transformations.
Modification, optimisation.
La terre ne s’optimise pas, non.
Elle se fracture, elle ensevelit, elle avale.
Elle noie, et tant pis pour les rebranding bidons, dignes de cabinets de consulting bientôt obsolètes.
En 2025, avec des écrans où la réalité devient de plus en plus poreuse, les limites entre ce qui est de ladite intelligente, soit-disant artificielle (accouchée des mains des hommes), les illusions, les chimères numériques, la propagande pixelisée, et nos réalités s’effritent chaque jour.
J’ai appris à apprécier le fait de demeurer.
Demeurer saine d’esprit, d’abord.
L’année avait pourtant mal commencé.
L’un des figures de l’extrême droite avait quitté la 3D, nous offrant une généreuse récrée.
Courte durée, bien sûr.
Les tirades orangées du tyran d’outre-Atlantique arrivent jusqu’à nos rives.
Et les bandeaux rouges viennent dérégler le taux de cortisol, la prévision d’avenir joyeux, et le sommeil de ceux qui rêvent encore à mieux.
Demeurer saine d’esprit, donc.
Debout, malgré tout.
Cabossée, mais encore là.
À continuer à croire que même les hivers fascistes, comme tout le reste, ont des durées de vie limitées.
Et que pendant les nuits, il faut bien rester debout, à croire, à créer, à espérer.
Comme ceux avant nous, la joie est un héritage que nous devons transmettre à nos enfants, ceux qui peupleront les printemps libérés.
Pour eux, j’ai savouré le mot demeurer.
Pour eux, en 2026 aussi, nous demeurerons mouvants, vibrants, mouvants.
Kiyémis est autrice, poétesse et afroféministe franco-camerounaise. Dans son travail, elle explore la joie comme acte politique, la mémoire comme matière poétique et la parole comme espace de réparation. Elle a coordonné l’anthologie « Pour la joie » aux éditions Les Liens qui Libèrent.

