La pilule d’amaigrissement arrive aux États-Unis, moins chère et plus facile.
Fin décembre, l’administration américaine des aliments et des médicaments (FDA) a approuvé une première version en comprimé du traitement anti-obésité Wegovy de la société pharmaceutique danoise Novo Nordisk. Le coût mensuel de cette pilule journalière revient à 150 $ dans sa version la moins concentrée (1,5 mg), alors que les solutions injectables dépassent les 1000 $ par mois.
Une pilule miracle pour perdre du poids, accessible à toutes les personnes souffrant d’obésité ? Si des traitements injectables pour maigrir existent déjà depuis plusieurs années (Wegovy, Ozempic, Mounjaro, Zepbound, etc.), ils viennent d’arriver sous une nouvelle forme aux États-Unis : le comprimé.
Fin décembre, l’administration américaine des aliments et des médicaments (Food and Drug Administration – FDA) a approuvé une version en comprimé du traitement anti-obésité de la société pharmaceutique danoise Novo Nordisk : le célèbre Wegovy. Depuis quelques jours, cette pilule est disponible pour les Américains engagés dans un programme de perte de poids durable.
Alors que l’obésité touche presque un adulte sur deux aux États-Unis (40 %), la promesse d’un médicament simple à prendre, peu coûteux et facilement accessible offre des perspectives sanitaires et commerciales intéressantes.
Avec ce comprimé, il n’est plus nécessaire de se faire des injections pour suivre son traitement, celui-ci étant administrable par voie orale. « La voie de distribution est clairement plus facile », souligne Fabrice Cani, professeur à la Faculté de pharmacie et des sciences biomédicales de l’UCLouvain, expert en physiologie, métabolisme et nutrition. « La différence ici, c’est que c’est un médicament qui devra se prendre tous les jours, contrairement à des injections qui se faisaient une fois par semaine ou une fois par mois selon les molécules. »
### Une pilule bien moins chère que la solution injectable
Le coût de ce nouveau médicament est également plus accessible : le prix mensuel de cette pilule quotidienne est de 150 $ dans sa version la moins concentrée (1,5 mg), tandis que les solutions injectables dépassent les 1 000 $ par mois. Les patients américains ne devront donc plus débourser des sommes excessives, ceux couverts par une assurance maladie n’ayant à payer que 25 $ par mois.
Cette baisse de prix s’explique par une concurrence accrue sur le marché des médicaments anti-obésité, ainsi que par des coûts de fabrication et de logistique moindres : « La production de médicaments est beaucoup plus facile. Et la stabilité de la molécule est plus simple à maîtriser. Il ne faut pas de réfrigérateur pour maintenir la molécule au froid, par exemple. On évite ainsi une dégradation, une altération du produit », ajoute le professeur.
Avec ces avantages, cette pilule pourrait séduire un public plus large, car elle s’intègre plus facilement dans le quotidien des patients américains.
### Donner le sentiment de satiété
Initialement conçus pour traiter le diabète de type 2, ces médicaments comme Ozempic, Wegovy ou Zepbound imitent une hormone gastro-intestinale (GLP-1) qui joue un rôle dans la régulation de l’appétit.
Cette hormone (glucagon-like peptide 1) est généralement libérée dans notre corps par les intestins lors de la digestion, envoyant au cerveau le message que nous avons mangé, et produisant ainsi un sentiment de satiété.
Chez les personnes souffrant d’obésité, la production de cette hormone est dérégulée. Elles peuvent toutefois s’injecter cette hormone pour réguler leur appétit. C’est ici qu’interviennent ces types de traitements.
### Remboursement en Belgique
Le ministre de la Santé publique, Frank Vandenbroucke, avait imposé des restrictions de prescription fin 2023. Depuis, plusieurs de ces médicaments sont réservés aux patients diabétiques et aux personnes souffrant d’obésité sévère.
En Belgique, ces traitements coûtent entre 150 et 250 € par mois à la charge du patient. L’INAMI rembourse, sous conditions, les traitements pour le diabète de type 2 (Ozempic, Rybelsus et Mounjaro). L’assurance maladie ne prend donc pas en charge le Wegovy, qui est considéré comme un traitement de l’obésité.
Ces traitements doivent être utilisés sous surveillance médicale, en complément d’un régime alimentaire équilibré et d’une activité physique régulière.
Seul le Rybelsus, contenant du sémaglutide, est disponible sous forme de comprimé et destiné au traitement du diabète de type 2 en Europe. La version comprimé de Wegovy est actuellement en cours d’examen par l’Agence européenne des médicaments.
### Des médicaments moins chers en Europe ?
Si les traitements contre le diabète de type 2 et l’obésité sont bien plus abordables en Belgique qu’aux États-Unis, une interrogation subsiste concernant la baisse des prix constatée outre-Atlantique : une baisse similaire pourrait-elle survenir chez nous si cette pilule était autorisée ?
« En Europe, on ne peut pas affirmer qu’on aura une baisse de prix par rapport au Wegovy injectable », estime Jean-Michel Dogné, doyen de la faculté de médecine de l’UNamur et expert à l’Agence Fédérale des Médicaments et Produits de Santé (AFMPS). « C’est d’ailleurs des discussions spécifiques par pays, ça ne se joue même pas au niveau européen. On ne peut pas utiliser cet argument-là puisqu’aujourd’hui, de nombreux médicaments par voie orale en Belgique tournent autour de ces prix-là. »
Les patients belges ne devraient donc pas nécessairement bénéficier d’une baisse de prix pour ce type de traitement. Selon Jean-Michel Dogné, il y a également peu de chance qu’un meilleur remboursement de ces médicaments soit envisagé : « Après les négociations avec la firme pharmaceutique, il faudra que les autorités décident d’un éventuel remboursement. Mais ce qui est sûr, c’est que ce ne sera pas open bar. Vu le prix et vu l’intérêt de la population pour ce type de produit, il y a certainement de fortes chances que ce soit très limité au niveau des remboursements. »
### Remboursé pour le diabète, mais pas pour l’obésité
Si les traitements à base d’antagonistes du GLP-1 doivent être administrés dans un cadre médical contrôlé, la Dr Nathalie Esser, endocrinologue au CHU de Liège et présidente élue de l’Association belge pour l’étude de l’obésité, déplore que ceux-ci ne soient remboursés que pour le traitement du diabète : « Tant que l’obésité n’est pas reconnue comme maladie chronique et traité au même titre que les autres maladies chroniques en Belgique, ça restera un frein et une médecine à deux vitesses. »
Pour la médecin, une meilleure prise en charge de l’obésité par l’assurance maladie doit être considérée comme un enjeu de santé publique : « Il y a beaucoup d’évidence qui montre que l’obésité n’est pas juste liée à un déséquilibre entre les apports et les dépenses énergétiques. Il y a vraiment d’autres composantes (socio-économiques, environnementales, psychologiques, génétiques, épigénétiques) qui vont avoir un impact majeur sur le développement de la maladie. Il faut une conscientisation, une prise en charge et un remboursement, ne fût-ce que partiel, des médicaments. On sait qu’elle est associée à plus de 200 comorbidités, et qu’en la traitant correctement, on peut prévenir l’apparition d’autres maladies et donc réduire également les coûts liés à l’obésité. »
### Vers un remboursement pour l’obésité ?
Actuellement, l’INAMI rembourse trois médicaments pour traiter un diabète de type 2 (Ozempic, Rybelsus et Mounjaro – uniquement dans ce cadre). Du côté du ministère de la Santé publique, on indique cependant « avoir reçu une demande de Novo Nordisk pour que sa spécialité pharmaceutique Wegovy puisse être remboursée par l’Assurance soins de santé dans l’indication obésité. »
Une analyse est donc en cours, et la « Commission de Remboursement des Médicaments (CRM) évalue l’intérêt d’un remboursement à la lumière notamment de la plus-value thérapeutique pour les patients souffrant d’obésité : données épidémiologiques, budgétaires, alternatives disponibles éventuelles, etc. »
Si cette évaluation est positive, un remboursement pourrait être envisageable à l’avenir pour l’indication obésité. Néanmoins, « le délai légal de la procédure est de 180 jours », indique le cabinet du ministre Frank Vandenbroucke, « mais cette période est parfois prolongée si des suspensions sont demandées par l’entreprise ou en raison de négociations contractuelles. »
### Des dangers si la prise n’est pas encadrée
Fabrice Cani et Jean-Michel Dogné rappellent que ce type de traitement n’est pas destiné à perdre du poids par envie, mais plutôt dans un cadre médical. La prise de ces médicaments doit se faire sous le suivi d’un médecin : « L’indication doit rester celle qui va être soutenue par le médecin, soit dans le diabète de type 2, soit dans le cas de l’obésité, qui sont les deux seules indications. Il faut un suivi médical parce que ce sont des produits qui ne sont pas dénués de tout effet indésirable, » souligne le professeur de l’UCL.
Ce traitement peut notamment provoquer des effets secondaires tels que des nausées, vomissements, diarrhées, constipation, maux de tête ou douleurs abdominales. Par ailleurs, « il faut s’assurer que certains effets indésirables ne soient pas associés à des produits ou ne soient pas, justement, des maladies sous-jacentes qui se développent. Donc, le suivi médical de la prise du produit est également important, en plus de la prescription initiale. »

