La pétition « My voice, my choice » pour l’avortement en Europe ne progresse pas.
L’Europe a décidé d’apporter un soutien politique sans débloquer de nouveau financement pour les femmes qui doivent quitter leur pays pour avorter ailleurs. 1.124.513 Européennes et Européens ont signé l’initiative « My voice, my choice ».
« C’est une victoire pour les femmes en Europe et pour la démocratie européenne. » Lana Cop, coautrice de la pétition « My voice, my choice », exprime sa satisfaction. L’Europe a répondu favorablement à leur demande pour financer les femmes obligées de quitter leur pays pour avorter ailleurs. « Il y a encore du travail à faire quant à la réaction des États, mais aujourd’hui nous célébrons notre victoire. »
Depuis près de deux ans, des militantes parcourent l’Europe pour assurer un accès libre et sécurisé à l’avortement dans toute l’Union européenne. 1.124.513 citoyens européens ont signé cette initiative.
Cette pétition a suscité une forte mobilisation sur les réseaux sociaux, avec le soutien de personnalités comme Mark Ruffalo. L’acteur américain a exprimé son soutien, convaincu que l’UE pouvait devenir « un leader, tant pour les droits des femmes que pour la démocratie ».
Le Parlement européen a voté en faveur de cette initiative en décembre dernier. La Commission européenne a depuis fait connaître sa décision : un soutien politique, mais sans nouveaux financements. Une victoire amère pour les pétitionnaires, qui espéraient un budget garanti sur cette question.
Cependant, Hadja Lahbib, Commissaire à l’Égalité, exprime sa satisfaction concernant la réponse européenne. « Nous permettons à tous les États membres qui le souhaitent de puiser dans les fonds sociaux européens pour rembourser les frais encourus par une femme souhaitant avoir accès à un avortement sécurisé, dans des conditions dignes. Mais ce sera aux États de déterminer ce qu’ils acceptent de financer. La Commission met cet argent à disposition, et les États sont libres d’en disposer à leur guise.«
Pourquoi ne pas avoir adopté la proposition de créer un fonds spécial dédié à l’avortement ? La Commissaire explique que « nous ne créons pas un nouveau mécanisme parce que cela aurait pris des années à être mis en place. Nous proposons ici une solution financière dès aujourd’hui. La Commission ne peut pas non plus forcer les États à changer leur législation en matière d’avortement ».
Le problème réside probablement là. Si les États peuvent décider indépendamment d’utiliser l’argent du fonds social pour des cas d’avortement, les États conservateurs pourraient refuser de participer. De plus, la Belgique n’a pas montré un enthousiasme particulier pendant le processus décisionnel. Finalement, le gouvernement a apporté son soutien à l’initiative, mais de manière très tardive.
En clair, que signifie cela ?
L’Europe a donc décidé qu’une femme polonaise, maltaise ou italienne pourra choisir d’aller avorter en France, en Espagne ou en Belgique de manière sécurisée et gratuite.
La Commission européenne permet aux États de puiser des fonds dans les ressources sociales européennes déjà disponibles pour diverses autres situations. L’avortement, le suivi médical et les frais de transport peuvent ainsi devenir gratuits ou remboursés.
Cependant, cela dépendra du pays qui accueillera la patiente d’accepter d’utiliser cet argent. On peut imaginer qu’un pays accorde par exemple la gratuité de l’acte, mais pas celle du transport.
Le débat difficile de l’avortement dans une Europe marquée par la montée de l’extrême droite
L’Europe a donc apporté une réponse positive, mais frustrante, à cette pétition citoyenne. Un accord plus solide aurait-il pu être atteint ? Pour Hadja Lahbib, « cette pétition peut déjà se féliciter d’avoir créé un débat, d’avoir fait avancer le droit des femmes et la démocratie directe en Europe. » Obtenir davantage aurait risqué de provoquer une forte opposition de la part des forces conservatrices en Europe.
Un incident survenu au sein des institutions européennes témoigne de l’atmosphère actuelle : en décembre 2025, une altercation a eu lieu entre des élus italiens du parti d’extrême droite Fratelli d’Italia et des députés socialistes de l’Alliance progressiste du Parlement européen, à Strasbourg. La députée belge socialiste, Estelle Ceulemans, témoigne : « nous étions informés qu’une action anti-avortement organisée par des élus d’extrême droite se tenait avec des représentants des églises. Nous nous sommes approchés de la salle de réunion et certaines de mes collègues italiennes ont été insultées. Un élu a crié à une députée italienne : « Vergogna, va a casa ! » ce qui signifie « Salope, retourne chez toi. » (Ndlr : Vergogna fait plutôt référence à la honte, à la disgrâce). Pour Estelle Ceulemans, cet incident est révélateur de la montée de l’extrême droite au Parlement européen.
L’Europe n’a peut-être pas entièrement répondu aux attentes des pétitionnaires, mais elle a démontré que le principe d’initiative citoyenne, qui oblige l’exécutif à traiter un dossier à partir d’un million de signatures, produit des résultats.

