La Ligue des Droits Humains critique l’Arizona dans son rapport 2025.
La Ligue des Droits Humains dresse le bilan du respect des droits humains en Belgique en 2025 et souligne un « assaut coordonné » sur les piliers de la démocratie. Dans son rapport, la Ligue évoque également le sous-financement de la justice, notant que « 0,22% du budget fédéral » lui est consacré, ce qui la place « bien loin derrière la Défense ou les aides aux entreprises ».
Dans un rapport d’environ soixante-dix pages, la Ligue des Droits Humains évalue le respect des droits humains en Belgique en 2025. L’organisation y dénonce un « assaut coordonné » sur les fondements de la démocratie. Elle met en avant plusieurs sujets, notamment la position de l’État belge vis-à-vis du droit international, le manque de financement de la justice, la liberté de la presse, les réformes mises en place par le gouvernement Arizona, la politique migratoire ainsi que la militarisation de l’espace public.
### Le « projet de casse sociale » de l’Arizona
L’année 2025 a été marquée par l’instauration du gouvernement Arizona, accompagnée d’annonces de réformes. La Ligue des Droits Humains qualifie ces changements de « projet de casse sociale sans précédent ».
Que ce soit en matière de réforme du chômage, des pensions, du retour au travail des malades de longue durée ou de modifications concernant le marché du travail (travail de nuit, flexi-jobs, etc.), la Ligue évoque des « reculs des droits fondamentaux ». L’organisation souligne que ces mesures sont présentées par le gouvernement comme des choix budgétaires ou des besoins du marché du travail. Cependant, La Ligue affirme qu’attaquer la sécurité sociale signifie priver les citoyens d’un filet de sécurité vital pour vivre dignement.
Diminuer les prestations de sécurité sociale « ne supprime pas les risques », relève la Ligue. Elle souligne que cela exclut ceux qui n’ont pas les moyens. L’organisation critique également le « recours à des contrats de plus en plus précaires et flexibles » ainsi que l’ »interdiction du travail de nuit » et la flexibilisation du temps de travail, des mesures dont les conséquences sont jugées « invisibles », mais réelles, en ce qui concerne la santé, la sécurité, les risques psychosociaux et la gestion de la vie personnelle et professionnelle. La Ligue évalue que la « casse sociale » annoncée par la coalition Arizona est d’une ampleur rare, même si elle reconnait que certaines réformes envisagées ont été abandonnées grâce aux « mobilisations massives ». Elle conclut qu’il sera nécessaire de maintenir la pression pour faire reculer ce gouvernement.
### Le droit à la justice « asphyxié »
Un autre chapitre de ce rapport annuel pointe du doigt le sous-financement de la Justice. « Sans moyens suffisants, la Justice ne peut remplir sa mission essentielle : garantir les droits de chacun·e et préserver la paix sociale », affirme la Ligue, relayant l’alerte déjà lancée par les syndicats de magistrats en 2025. Actuellement, avec seulement 0,22% du budget fédéral qui lui est attribué, la Justice reste largement sous-financée comparée à la Défense ou aux aides aux entreprises, qui bénéficient d’un financement au moins vingt fois plus élevé.
La Ligue note que cette situation de sous-financement « n’émeut guère au-delà du microcosme judiciaire », comme si elle était acceptée par le corps social comme une réalité regrettable, mais immuable. La Ligue exprime également des inquiétudes quant à la faiblesse de la Justice face au pouvoir exécutif. « Face à un Exécutif pour qui la ‘sécurité’ est la priorité et la lutte contre la criminalité un objectif cardinal, il est indispensable de disposer d’une Justice pleinement opérationnelle », estime la Ligue. « Sinon, les droits et libertés individuelles seront érodés », conclut-elle.
De manière générale, la Ligue souligne que le sous-financement de la Justice pénalise surtout les justiciables, en raison des délais de traitement des affaires.
### La politique migratoire : « dérive répressive »
La Ligue des Droits Humains consacre aussi un chapitre de son rapport à la politique migratoire belge, s’inquiétant de son évolution. Elle a déjà dénoncé à maintes reprises le refus de l’État belge d’appliquer des décisions judiciaires en lien avec la « crise » de l’accueil.
La Ligue explique que l’Arizona, « sous prétexte de crise migratoire, mène la politique la plus sévère jamais adoptée : violations des droits fondamentaux, coercition, criminalisation des personnes migrantes et non-exécution répétée des décisions judiciaires ». « Quand l’État méprise ses propres lois, que reste-t-il de l’État de droit ? », questionne la Ligue. Elle fait remarquer qu’à la fin de 2025, « près de 17 000 décisions de justice ordonnant à l’État belge d’accueillir des demandeurs·euses d’asile restent inexécutées », entraînant plus de 6 millions d’euros d’astreintes cumulées que le gouvernement « refuse toujours de payer ».
La Ligue mentionne également des « réformes inquiétantes », tels que « la réduction des places d’accueil, l’exclusion systématique de certaines catégories de demandeurs·euses d’asile, le renforcement des conditions d’acquisition de la nationalité, ou le durcissement des conditions de regroupement familial ».
### Des craintes pour la société civile
La Ligue des Droits Humains s’inquiète également pour la société civile. « Sous prétexte d’économies budgétaires, les gouvernements fédéral, communautaires et régionaux réduisent ou envisagent de réduire les subventions dont dépendent beaucoup d’ONG », remarque la Ligue dans son rapport.
La Ligue redoute aussi un avant-projet de loi du ministre de la Sécurité et de l’Intérieur « qui permettrait de dissoudre des associations et organisations sur décision du gouvernement ». Cet avant-projet a pour cible « des associations, comme les ‘antifas’, qui luttent contre l’extrême droite, le mouvement propalestinien Samidoun, ou encore des organisations militantes pour le climat ou contre l’armement, à travers des actions de désobéissance civile comme Code Rouge ou Stop Arming Israel ». La Ligue craint que ce texte n’entraîne un pouvoir arbitraire, devenant un outil de répression puissant entre les mains du pouvoir exécutif. Elle souligne le caractère « vague » de certains termes utilisés dans le texte. Que signifient réellement « menace grave pour la sécurité nationale » ou « radicalisme » et « extrémisme » ? À noter que le Conseil d’État a récemment émis un avis réservé sur ce projet.
La Ligue indique que cet avant-projet n’est « pas nécessaire » car des procédures judiciaires existent déjà pour sanctionner des organisations ou associations portant atteinte à la démocratie.
D’autres mesures pourraient impacter le tissu associatif, comme la réduction de la déductibilité fiscale des dons ou la réduction des subventions pour les associations jugées proches de partis politiques. La situation associative n’est pas plus favorable en Flandre ni à Bruxelles, où l’absence de gouvernement plonge « des centaines d’associations bruxelloises » dans l’incertitude.
En résumé, la Ligue constate que « du fédéral aux Communautés, en passant par les Régions, les pouvoirs publics prennent des décisions aux lourdes conséquences sur la société civile ».
### La liberté de la presse en question
La Ligue des Droits Humains souligne également plusieurs décisions et événements ayant un impact potentiel sur la liberté de la presse.
Le phénomène de concentration des médias, illustré par la fusion des activités de presse écrite de Rossel et d’IPM, suscite des inquiétudes. En Fédération Wallonie-Bruxelles, divers médias subsidiés subissent des plans d’économies, tels que le gel des dotations de la RTBF et le projet de réforme des médias de proximité.
La Ligue évalue que ces mesures fragilisent le secteur médiatique, influençant le pluralisme et l’information, notamment locale et/ou de service public. Elle rappelle également qu’il y a eu des licenciements dans plusieurs médias, y compris BX1 et LN24.
Outre les mesures économiques pesant sur la presse, « s’ajoutent les attaques individuelles », note la Ligue. Elle déplorait un « climat hostile aux journalistes » qui affaiblit les garanties liées à l’exercice de leur métier. Ce climat est caractérisé par « une augmentation des ingérences policières dans la liberté de la presse » et des « pressions », notamment de la part du président du MR et de son parti, sur des journalistes et médias, surtout ceux de service public.
La Ligue estime que ces pressions récurrentes, communes à la majorité des rédactions, concourent à créer un climat d’autocensure parmi les médias et journalistes, influence l’information mise à disposition du public et renforce un climat de suspicion envers les médias, le journalisme et les normes déontologiques, qui sèment le doute et la fragilité dans ce secteur.
Malgré cela, la Ligue garde une note d’espoir, car en 2025, la justice a annulé plusieurs décisions de censure contre les médias.
### Moins de droit à la vie ?
La Ligue des Droits Humains s’interroge également sur des pratiques policières qu’elle juge « pas suffisamment encadrées » et sur « certaines atteintes au droit à la vie ». Cela fait référence à la mort de « de nombreuses personnes », souvent racisées, lors de courses-poursuites policières ou percutées par des véhicules de police en intervention. La Ligue recommande que, « en l’absence de danger réel et imminent, les courses-poursuites soient interdites ». Elle rappelle que « le droit à la vie » est un droit « fondamental », protégé par la Convention européenne des droits de l’homme, qu’il s’agisse d’enfants, d’adultes ou de personnes commettant des infractions ou fuyant.
Enfin, la Ligue attire l’attention sur les enjeux liés à la « militarisation de l’ordre public », notamment avec la volonté du ministre de l’Intérieur de déployer des militaires dans certains quartiers de la capitale. La Ligue évoque une « tendance » renforcée en 2025 à utiliser « à des fins civiles, sur le sol belge, des dispositifs habituellement employés dans des contextes de guerre ». Cela se manifeste, explique-t-elle, par le recours à des « logiciels de surveillance israéliens et des drones » ainsi que des « interdictions de circulation dans l’espace public » et « la menace de faire usage de nouvelles armes en manifestation », faisant référence à une circulaire sur l’utilisation des « tasers » et une réflexion gouvernementale sur l’utilisation d’armes à létalité réduite.
En conclusion, la Ligue des Droits Humains dénote « une volonté politique claire d’affaiblir les contre-pouvoirs ». Le gouvernement actuel montre peu d’intérêt pour le respect du droit et, lorsqu’il se heurte à des lois contradictoires avec ses projets politiques, il propose simplement de s’en affranchir. Selon la Ligue, dénoncer des politiques contraires aux droits humains n’est plus suffisant. Il est nécessaire de continuer à rappeler et à mobiliser ce cadre, notamment par des actions judiciaires, tout en reconnaissant que cela seul ne sera pas suffisant.

