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La guerre au Moyen-Orient pourrait-elle bientôt cesser ? Les Iraniens prêts.

Trump affirme que la fin de la guerre est imminente, ce à quoi Joseph Henrotin répond « Non », soulignant que cela dépend des Iraniens et des Israéliens et que « les conséquences de la guerre » prendront plusieurs semaines. Henrotin indique également que « les Iraniens ont aussi une stratégie qui vise les moyens américains » et qu’ils sont « en position de poursuivre les opérations ».


Trump déclare que la guerre touche à sa fin, tandis que l’Iran affirme qu’il combattrait aussi longtemps que nécessaire. Quel est l’état du conflit au Moyen-Orient après dix jours ? Quelles sont les stratégies et moyens déployés par l’Iran, Israël et les États-Unis ? Pour en discuter, nous avons Joseph Henrotin, directeur de recherches au CAPRI, le centre d’analyse et de prévision des risques internationaux à Paris.

« On commence une guerre quand on veut, on la termine quand on peut. »

Peut-on vraiment croire, comme l’affirme Trump, que la fin de la guerre est proche ? « Non », répond Joseph Henrotin. Deux raisons l’expliquent : « D’abord, comme le rappellent les Iraniens, la guerre se joue à deux. Cela dépendra en grande partie d’eux. Cela dépendra aussi des Israéliens, et nous savons que la coordination avec les Américains n’est pas optimale. D’autre part, les conséquences de la guerre prendront plusieurs semaines. » Henrotin évoque alors Machiavel : « On commence une guerre quand on veut, on la termine quand on peut. »

Le président américain avance également que l’Iran a perdu sa marine, ses moyens de communication et son armée de l’air. « Sur ce point-là, il a raison », commente le directeur de recherches au CAPRI. Cependant, il ajoute, « le problème n’est pas là. Le problème réside dans les capacités aérobalistiques, donc les missiles balistiques et les capacités antinavires. Les Iraniens, même avec peu de moyens, peuvent toujours montrer qu’ils sont capables de fermer le détroit d’Ormuz. »

Ainsi, note Joseph Henrotin, les Iraniens ont la capacité d’imposer une « stratégie de coûts aux alliés des Américains, avec les conséquences de la fermeture du détroit d’Ormuz. »

« Les Iraniens sont en position de poursuivre les opérations. »

D’autre part, « les Iraniens ont aussi une stratégie qui cible les moyens américains, notamment les communications et les radars. » Ils se trouvent donc « en position de poursuivre les opérations. Et donc, in fine, on ne voit pas nécessairement le bout du tunnel. »

Les Iraniens ont-ils encore suffisamment de missiles pour frapper des cibles stratégiques ? Pour Joseph Henrotin, plusieurs questions restent en suspens. « Il faut déterminer combien de lanceurs sont disponibles. Tous les jours, les Israéliens et les Américains en détruisent un certain nombre. Cependant, les évaluations du nombre de lanceurs et de missiles semblent avoir été sous-estimées. »

### Dissensions entre Israël et États-Unis

Selon Joseph Henrotin, il existe des dissensions récentes entre Israël et les États-Unis concernant les objectifs et les cibles à atteindre. « Du côté israélien, on observe une attaque systématique des dépôts pétroliers. Les Américains, à cet égard, se sont montrés assez critiques vis-à-vis d’Israël. Il y a donc un manque d’intégration. »

Le directeur de recherche au CAPRI souligne que les stratégies suivies par Israël et les États-Unis manquent de clarté. « Il n’y a pas véritablement de déclaration d’un ‘état final recherché’, c’est-à-dire quelle devrait être la situation à la fin du conflit. Cela est nécessaire pour fixer les objectifs », note Joseph Henrotin.

« S’agit-il de réduire les capacités militaires, de les détruire ? »

Il ajoute que « les Américains semblaient se diriger vers un changement de régime. Mais dans ce cas-là, vous ne pouvez pas détruire ce qui procure la prospérité de l’Iran, car cela placerait le futur État dans une situation délicate. » En revanche, « les Israéliens ne savent pas très bien ce qu’ils recherchent, si ce n’est d’avoir un Iran le plus faible possible. Et cela implique effectivement de détruire ce qui forme la prospérité de l’Iran. »

Pour Joseph Henrotin, la situation est floue. « Même du côté américain, est-ce qu’il s’agit de réduire les capacités militaires, de les détruire ? Ou bien cherche-t-on à réaliser un véritable changement de régime en s’appuyant sur une insurrection qui ne se manifeste pas ? »

### Qui pour prendre le relais ?

Il poursuit en notant qu’après le début de l’insurrection violemment réprimée en Iran au début de l’année, « les Américains arrivent peut-être trop tard, car beaucoup d’activistes ont été tués. Il n’y a plus nécessairement de ressource humaine en Iran pour mener ce changement de régime. Sans cette ressource humaine, cela ne pourra pas fonctionner. »

« La finalité de cette guerre est assez difficile à voir et à concevoir. »

Il souligne que « certes, la puissance aérienne américaine peut éliminer les dirigeants iraniens. Mais si personne ne prend le relais – en étant en phase avec les Américains – cela ne sera pas possible. » Selon lui, un scénario à la vénézuélienne (avec une personne du régime plus conciliant) semble peu envisageable.

Pour toutes ces raisons, l’expert conclut que « la finalité de cette guerre est assez difficile à voir et à concevoir. »