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La guerre au Moyen-Orient ne menace pas durablement les prix de l’énergie.

South Pars représente 70 à 75% de la production de gaz de l’Iran. Le Qatar estime que les attaques vont réduire sa capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17%.


Pour saisir les enjeux, il est essentiel d’examiner de près les cibles : South Pars et Ras Laffan. Ces sites, situés entre les eaux territoriales de l’Iran et du Qatar dans le golfe Persique, constituent le plus grand gisement de gaz naturel connu au monde.

South Pars, du côté iranien, est particulièrement crucial : il représente de 70 à 75 % de la production gazière de l’Iran. C’est ce gisement qui alimente la majorité de l’électricité, de l’industrie et du chauffage dans le pays. Ses réserves sont si abondantes qu’elles pourraient satisfaire plus d’une décennie de consommation mondiale.

Quant à Ras Laffan, au Qatar, QatarEnergy l’estime à environ 10 % des réserves mondiales de gaz naturel. Plusieurs entreprises énergétiques y sont actives via des contrats à long terme avec le Qatar, notamment le français Total, le britannique Shell, l’indien Petronet, le chinois Sinopec et l’italien Eni.

Ras Laffan abrite également la plus grande installation de liquéfaction de gaz naturel au monde, représentant à elle seule près d’un cinquième de l’offre mondiale de gaz naturel liquéfié. C’est ici que le gaz est transformé pour être transporté par bateau vers l’Europe et l’Asie.

C’est ce site qui a été récemment frappé. Le Qatar estime que ces attaques vont réduire sa capacité d’exportation de gaz naturel liquéfié (GNL) de 17 %. QatarEnergy a émis un avertissement très clair : les réparations pourraient prendre de trois à cinq ans.

Cette attaque a provoqué une flambée des prix du gaz, atteignant jusqu’à 35 % d’augmentation, et a fait grimper le cours du baril de Brent, référence du marché pétrolier mondial, au-delà des 110 dollars.

### Infrastructures énergétiques, l’enjeu majeur de la guerre au Moyen-Orient

Depuis le commencement de la guerre en Iran, les marchés craignent surtout des dommages aux infrastructures pétrolières et gazières du Golfe.

Cela signifierait que les conséquences de la guerre actuelle pourraient persister pendant des années. Lorsqu’une installation est touchée, il faut procéder à des réparations, à une reconstruction, et à une sécurisation, ce qui demande des mois, parfois même des années. Même si les routes maritimes se rouvrent, la production ne reprend pas immédiatement.

Les marchés ont rapidement intégré cette réalité. Actuellement, le prix du gaz en Europe, mesuré par la référence TTF, tourne autour de 60 à 70 euros le mégawattheure, ce qui est environ le double du début de l’année où il s’établissait autour de 30 euros. Toutefois, il convient de rappeler que nous sommes encore loin du pic atteint en 2022 lors de la guerre en Ukraine, où les prix avaient culminé à 345 euros le mégawattheure. En d’autres termes, le niveau actuel n’est pas encore extrême.

Cependant, ce qui suscite aujourd’hui des inquiétudes, c’est l’évolution future. Doit-on craindre une pénurie mondiale de gaz ?

### L’Europe dépendante du gaz naturel liquéfié qatari ?

Le Qatar reste un fournisseur incontournable, même si sa part a diminué ces dernières années. Il représente environ 7 % des importations de GNL de l’Union européenne, bien en deçà des États-Unis, qui ont pris une position dominante depuis la guerre en Ukraine.

Cependant, ce chiffre dissimule une réalité plus nuancée : certains pays en dépendent davantage. Par exemple, l’Italie reçoit près de 30 % de son GNL du Qatar, et la Belgique, 8 %. Une particularité pour notre pays est le hub gazier de Zeebruges. C’est là que le GNL – qu’il provienne des États-Unis, du Qatar ou d’ailleurs – est soit regazéifié pour être intégré dans le réseau, soit réexporté vers les pays voisins.

### Un choc inflationniste durable sur le monde

« Ce qui est en train de se produire actuellement est un choc sévère », a déclaré Christine Lagarde, présidente de la Banque Centrale Européenne, hier. Une crise énergétique entraîne une réduction de la croissance et une augmentation de l’inflation. En effet, une énergie durablement plus chère ne se limite jamais au secteur de l’énergie : elle impacte l’ensemble des coûts de production, les prix des biens et les factures des ménages. Parallèlement, la croissance ralentit, ce qui se traduit par moins d’activité et des prix qui demeurent élevés. Ce scénario présente un défi beaucoup plus difficile à gérer pour les économies, et c’est sans doute le véritable tournant de cette crise : il ne s’agit pas uniquement d’un choc énergétique, mais d’un choc inflationniste durable.

En supposant que le choc énergétique ne dure que quelques mois, la BCE prévoit que l’inflation atteindra en moyenne 2,6 % dans la zone euro cette année, soit 0,7 point de plus que sa prévision précédente. Quant à la croissance, elle devrait être de 0,9 % dans la zone euro, soit 0,3 point de moins que la prévision antérieure. Pour le marché du gaz, la crise ne se dissipera pas simplement parce que la guerre prend fin et que le détroit d’Ormuz se rouvre.