La guerre au Moyen-Orient : l’Iran, menace à ne pas sous-estimer ?
Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, estime que « la guerre est hors de contrôle » et que le conflit a dépassé les limites que même les dirigeants estimaient inimaginables. Selon le chercheur Jonathan Piron, « l’on est face à une incertitude complète, qui se base aussi sur une incompréhension de la stratégie américaine ».
Le Secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, déclare que « la guerre est hors de contrôle. Ce conflit a dépassé les limites que même les dirigeants estimaient inimaginables ». Après trois semaines de bombardements dans tout le Moyen-Orient, la question se pose de savoir s’il est encore possible de comprendre la guerre des États-Unis et d’Israël contre l’Iran. « Personne ne peut prédire comment les choses vont évoluer », répond Jonathan Piron, spécialiste du Moyen-Orient et chercheur associé au Grip. « On est face à une incertitude complète, qui se base aussi sur une incompréhension de la stratégie américaine. »
Les nombreux revirements de Donald Trump concernant les raisons et les objectifs de ce conflit compliquent la compréhension des scénarios futurs. Le changement de régime ne semble plus être à l’ordre du jour, tandis que le président américain annonce engager des négociations avec le régime iranien, tout en maintenant une présence militaire et en faisant circuler des rumeurs d’invasion de certaines îles iraniennes. « On est face à tant de scénarios, avec tant d’acteurs imbriqués, et un certain maximalisme dans les positionnements, comment rétablir déjà simplement une confiance de négociation? » s’interroge Jonathan Piron. « Pour engager des négociations internationales, il faut des acteurs qui entretiennent une relation de confiance, prêts à négocier et à faire des concessions. »
Cette dynamique ne semble pas être celle du régime iranien aujourd’hui, selon le chercheur. Les hésitations américaines ont convaincu la République islamique « qu’elle a les leviers en mains pour provoquer l’enlisement des Américains. Initialement, elle était dans une logique de survie. Aujourd’hui, elle considère qu’elle peut gagner contre les Américains, provoquer leur départ de la région et reconfigurer le Golfe à son avantage. »
Cette attitude maximaliste et belliqueuse est renforcée par le remplacement de figures du régime par des franges plus dures, proches des Gardiens de la révolution, qui voient « les États-Unis comme l’ennemi originel », explique Jonathan Piron. Les ambitions de puissance en région se manifestent également par un contrôle de fait du détroit d’Ormuz, ce qui remet en cause l’équilibre économique des pétromonarchies voisines.
Michel Liégeois nuance ce constat : « On est face à une guerre asymétrique, l’Iran n’est pas en mesure de vaincre la puissance militaire américaine et israélienne combinée. En revanche, le régime a montré une capacité de survie et de nuisance dans un monde mondialisé. Cela n’avait probablement pas été suffisamment anticipé par les États-Unis ». Selon le professeur en relations internationales à l’UCLouvain, cela est dû à une « lecture tronquée de la réalité » de l’administration américaine, qui ne contredit pas les décisions du président Donald Trump et qui lui fournit des informations partiales. « Cela mène à une idéologie du ‘wishful thinking’ (la pensée magique), quoi qu’il arrive, ça va bien se passer. Pour le moment, ça ne se passe pas comme prévu. »
Il estime que les experts en relations internationales restent démunis face à des conflits qui échappent à l’analyse réaliste et logique qui prévalait jusqu’alors. « La Russie et les États-Unis semblent ne pas toujours agir dans leur propre intérêt. On voit les inconvénients géopolitiques et économiques que la Russie pourrait connaître dans une guerre interminable en Ukraine, pourtant elle a déclenché cette guerre sans qu’on l’y oblige. De même, rien ne forçait les États-Unis à s’engager dans une aventure militaire en Iran. Dans les deux cas, les deux puissances s’engagent dans une guerre de longue durée, confrontées à un adversaire qui résiste beaucoup plus que prévu, avec des conséquences internationales difficilement maîtrisables. »
Pour éviter la débâcle ou l’enlisement, « l’intérêt de Donald Trump est que tout ça se termine au plus vite », estime Michel Liégeois. « Le simple fait d’admettre que les États-Unis devront s’asseoir à la table des négociations avec le régime qu’ils ont tenté de renverser, c’est un immense aveu de faiblesse. »
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