Belgique

La fin du cliché du « plombier polonais » ? Les émigrés polonais rentrent.

Marcin, qui décrit sa Pologne natale comme un pays vert, s’est installé là-bas il y a un an et demi après avoir passé 20 ans en Italie, en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas. Dominika Pszczółkowska explique que le nombre de Polonais vivant au Royaume-Uni, qui était d’un million, s’est réduit d’un tiers pour atteindre environ 600.000 aujourd’hui.


Un pays verdoyant, à la fois côtier et montagnard. C’est ainsi que Marcin décrit sa Pologne natale, où il est revenu s’installer il y a un an et demi. Après 20 ans passés en Italie, en Angleterre, en Allemagne et aux Pays-Bas, cet homme d’une quarantaine d’années et sa femme ont décidé de rentrer dans un pays qui a complètement évolué depuis leur départ.

« En 2001, quand je suis entré sur le marché du travail, il y avait 2000 candidats pour une offre d’emploi, à cause du boom démographique », se souvient-il, expliquant ce qui l’a poussé à quitter le pays en 2004. Une situation difficilement imaginables aujourd’hui, alors que la Pologne affiche l’un des taux de chômage les plus bas d’Europe et une croissance dynamique de 3,5 % prévue en 2025.

Depuis l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne, le pays a connu une métamorphose grâce aux fonds européens dont il est le premier bénéficiaire net. « Les infrastructures se sont améliorées, le niveau de sécurité aussi », se réjouit Marcin. « Mais surtout, la mentalité des jeunes générations a changé : ils ne sont pas agressifs, tristes ou antipathiques comme pouvaient l’être les anciennes générations ; la culture du vivre ensemble s’est améliorée. »

**Une autre Pologne**

« Les investissements dans la construction et les routes sont les plus visibles. Je me souviens, quand on roulait jusqu’à la frontière allemande, ça nous prenait 8-9 heures, et aujourd’hui on y est sans mal en 5 heures », s’émerveille Tomasz, qui s’apprête à rentrer du Royaume-Uni après 22 ans d’expatriation. Lui aussi a quitté la Pologne pour fuir le chômage de masse, mais il attend avec impatience de vendre sa maison en Angleterre afin de venir s’installer dans celle qu’il fait construire dans sa campagne polonaise depuis 2017, juste après l’annonce du Brexit.

Cet événement politique a fortement influencé le retour des Polonais du Royaume-Uni, qui était pourtant leur destination d’émigration traditionnelle. « En l’espace de quelques années, le nombre de Polonais vivant au Royaume-Uni s’est réduit d’un tiers : ils étaient un million et aujourd’hui ils ne sont plus qu’environ 600 000 », explique Dominika Pszczółkowska, chercheuse en migrations à l’Université de Varsovie.

**Tout n’est pas rose**

L’augmentation des salaires et du niveau de vie en Pologne permet aux anciens expatriés de maintenir un mode de vie similaire à celui qu’ils avaient dans d’autres capitales européennes, avec un coût de la vie moins élevé.

Cependant, le retour n’a pas été sans difficultés pour Marcin, qui considère que « la Pologne est un pays où il fait bon vivre si on est qualifié, si on est en bonne santé, et qu’on a un bon travail ». Il lui est impossible de trouver un poste équivalent à celui qu’il occupait aux Pays-Bas, le marché ne proposant pas d’équivalent à Varsovie. Près de deux ans après son retour, il n’a toujours pas réussi à faire reconnaître la polyarthrite rhumatoïde de sa fille dans un système médical défaillant, où les délais d’attente dans le public obligent plus de 60 % des Polonais à recourir au secteur privé, malgré leurs contributions mensuelles à la sécurité sociale.

« Au moins ici, j’ai ma famille et mes amis. Et tant que les Russes ne nous ennuyent pas, on peut dire qu’on vit dans un havre de paix », conclut-il en souriant.