La désignation d’une femme à la place de Sammy Mahdi entraîne un changement majeur au niveau fédéral: « C’est totalement inédit dans l’histoire du pays »

La désignation d’une femme à la succession de Sammy Mahdi comme secrétaire d’État entraîne une conséquence inédite. Le gouvernement fédéral est désormais composé de davantage de femmes que d’hommes (NdlR : en comptant Sophie Wilmès, en congé provisoire). « C’est totalement inédit dans l’histoire du pays », pointe Cédric Istasse, politologue au Crisp.

Le Roi nomme et révoque ses ministres. Mais la parité, de facto, dépend du bon vouloir des présidents de parti qui désignent des ministres. L’article 11 bis de la Constitution se borne à imposer des personnes de sexe différent au sein du Conseil des ministres.

« Le Conseil des ministres, au fédéral, calcule Cédric Istasse, ce sont les 15 ministres plus éventuellement le Premier. Une seule ministre suffit donc, avec 14 ministres de sexe masculin. Sous le gouvernement Dehaene II, il y avait deux femmes. Jusqu’à la fin des années 1990, on a tourné autour de 15 % de femmes maximum au fédéral. »

Les Régions et Communautés peuvent toutefois aller plus loin. La différence entre sud et nord du pays se creuse.

Une nouvelle règle à Bruxelles

Ainsi, ce lundi, une proposition d’ordonnance spéciale déposée par Écolo/Groen et le PS a été adoptée en commission des Affaires générales du Parlement bruxellois. Le texte revenait sur la table après un avis négatif du Conseil d’État.

L’ordonnance impose une présence d’au moins un tiers de femmes et d’hommes au gouvernement de la Région de Bruxelles-Capitale, dès 2024. « La pratique est de mise depuis deux législatures. Mais honnêtement, sur les questions d’égalité hommes-femmes, encore plus quand on voit la révocation du droit à l’avortement aux USA, mettre en place une règle est parfois utile« , pointe John Pitseys (Écolo), député bruxellois qui dépose le texte.

Cette même règle existe déjà au gouvernement wallon. La méconnaissance de cette disposition avait d’ailleurs conduit le président du MR à faire marche arrière après avoir nommé Denis Ducarme à la place de Valérie De Bue.

« Sur la question de la représentation des femmes en politique, la Wallonie et Bruxelles sont au coude à coude, même si la Wallonie est plus avant-gardiste. Par contre, la Flandre et la Communauté germanophone ont tendance à freiner des quatre fers. En Flandre et en Communauté germanophone, il n’y a pas de règles de parité dans les gouvernements, reprend Cédric Istasse, du Crisp. O n peut y voir un mélange de conservatisme politique et la crainte de ne pas trouver de femmes pour certains postes. Les hommes gardent une place plus importante dans les structures de parti. »

Le gouvernement flamand est le moins féminin avec trois femmes pour six hommes. Les exécutifs wallon et bruxellois ne font pas vraiment mieux avec trois femmes pour cinq hommes…

Dans les communes

La parité est aussi la règle dans les collèges communaux.

Ainsi, une représentation d’un tiers de femmes est obligatoire dans les communes wallonnes. Aucune règle de ce type n’existe dans les communes flamandes, selon le Crisp. En Région bruxelloise, par contre, la nouvelle loi communale instaure une parité entre hommes et femmes dès 2024.  » Nous n’avons jamais compté autant de femmes bourgmestres dans les communes bruxelloises « , assure le cabinet de Bernard Clerfayt (Défi), ministre bruxellois des Pouvoirs locaux.

Avec 5 des 19 communes bruxelloises dirigées par des femmes, la parité apparaît cependant encore loin…

Les différences d’approche transparaissent également dans la constitution des listes électorales.

La Wallonie a été la première à appliquer la tirette en 2019 (obligation de placer une femme puis un homme sur les listes électorales, ou l’inverse). La tirette sera aussi d’application à Bruxelles pour le Parlement régional en 2024. « Sur les listes au fédéral, par, contre ça se limite à la moitié de personnes de chaque sexe et au moins une femme dans les deux premières places. En Flandre, c’est le même système« , conclut le politologue du Crisp. « Cela peut conduire à ce que les femmes se retrouvent en queue de peloton… »