Belgique

« La démocratie reste la première ligne de défense, selon Alain Berset »

Alain Berset défend sa position dans un monde en plein changement, soulignant que « cette augmentation des budgets militaires est légitime aujourd’hui ». En décembre 2025, 27 États membres du Conseil de l’Europe, dont la Belgique, estimaient que cette Cour européenne des droits de l’Homme était trop contraignante en matière d’immigration.


« D’entrée de jeu, Alain Berset défend sa position dans un monde en pleine mutation. Ce dernier voit une augmentation des budgets militaires à travers l’Europe. En Belgique, le budget de la Défense a officiellement atteint 2 % du PIB, conformément à la demande de Donald Trump. « Cette augmentation des budgets militaires est légitime aujourd’hui. Tout est secoué », affirme le secrétaire général du Conseil de l’Europe, une institution indépendante de l’Union européenne rassemblant 46 pays européens et visant à promouvoir la démocratie et le respect des droits fondamentaux sur le continent.

« On a la Russie qui a attaqué l’Ukraine. On a aujourd’hui les États-Unis qui envisagent de reprendre le Groenland. Mais imaginez, si dans dix ans, nous avons des pays surarmés un peu partout sur le continent, une démocratie qui recule et des élections dans lesquelles nous n’avons plus confiance. Ce sont les germes d’un immense danger pour le continent européen. C’est pourquoi notre première ligne de défense, c’est la démocratie et des institutions solides », précise Alain Berset.

Ces règles, selon lui, apportent de la stabilité et de la prévisibilité à nos pays et rien ne fonctionne sans cela.

En janvier 2026, lors du Forum économique mondial de Davos en Suisse, le Premier ministre canadien a marqué les esprits par ses propos. Pour Mark Carney, l’histoire de l’ordre international fondé sur des règles était en partie erronée.

Pour le secrétaire général du Conseil de l’Europe, il est pourtant plus crucial que jamais de respecter ces règles : « Quand on a des règles, dès que quelqu’un les brise, on peut se demander à quoi cela sert d’en avoir. Mais est-ce que quand quelqu’un roule à 180 km/h sur l’autoroute, on se dit que l’on va enlever les limitations de vitesse parce que c’est inutile ? Ces règles créent de la stabilité, de la prévisibilité pour nos pays et rien ne fonctionne sans ça ».

Alain Berset se veut rassurant, évoquant un sursaut européen en cours : « À cette phase un peu chaotique va succéder un nouvel équilibre. Et il faut qu’il nous soit favorable. C’est à cela que nous travaillons au Conseil de l’Europe, du côté du droit et des règles ».

Le Conseil de l’Europe propose d’ailleurs un nouveau Pacte démocratique pour lutter « contre le recul démocratique, la désinformation, l’impunité et l’autoritarisme qui fragilisent la démocratie en Europe ».

Pour le secrétaire général du Conseil de l’Europe, les tensions actuelles avec les États-Unis ne doivent pas susciter la peur, car une alternative stable à long terme existe, c’est-à-dire l’Europe. « On a souvent vécu dans l’illusion que nous étions protégés pour l’éternité par de grands voisins bienveillants, les États-Unis parmi d’autres. Mais ça reste. Les États-Unis, c’est un peu secoué. Mais il existe une alternative à long terme. Et c’est naturellement l’Europe ».

Marc Berset souligne que nous vivons une phase qui « secoue un peu ». Il rappelle qu’il est essentiel de se souvenir des « règles, des droits humains développés sur le continent qui donnent cette solidité et cette stabilité aux sociétés européennes ».

Le bras judiciaire du Conseil de l’Europe est la Cour européenne des droits de l’Homme. En décembre 2025, 27 États membres du Conseil de l’Europe, dont la Belgique, ont estimé que cette Cour était trop contraignante en matière d’immigration. Pour rappel, la Belgique a été condamnée à de nombreuses reprises pour les manquements dans l’accueil des demandeurs de protection internationale.

Face à cette situation, Marc Berset observe que les questions migratoires suscitent des débats dans presque tous les États membres. Un débat qu’il considère légitime tant qu’il n’implique pas « un affaiblissement de la séparation des pouvoirs et une pression illégitime sur la Cour européenne des droits de l’Homme ». Il prend soin de préciser : « si, dans un pays européen, une décision de justice pour un cas individuel ne plaît pas et que la politique demande au juge de changer sa décision, cela ferait pousser des cris à tout le monde, et ce, à juste titre. C’est pareil pour la Cour européenne des droits de l’Homme ».