Jeudi en Prime : la ministre Glatigny poursuit ses réformes malgré la grogne des enseignants
Jeudi matin, les enseignants et les acteurs des différents secteurs gérés par la Fédération Wallonie-Bruxelles étaient une nouvelle fois mobilisés dans les rues de Bruxelles pour protester contre les économies décidées par le gouvernement. La ministre Valérie Glatigny a déclaré : « Nous avons actuellement un enseignant sur cinq qui est payé avec de l’emprunt », soulignant la délicate situation financière de la Fédération.
Jeudi matin, les enseignants et les acteurs des différents secteurs gérés par la Fédération Wallonie-Bruxelles ont de nouveau manifesté dans les rues de Bruxelles pour s’opposer aux économies mises en place par le gouvernement de la Fédération. Les enseignants continuent de contester les réformes proposées par la ministre de l’Education, Valérie Glatigny (MR).
Un accompagnement des réformes, explique la ministre
Cela fait un an et demi que le gouvernement MR-Engagés est en fonction et la colère des enseignants reste forte. En réponse, la ministre maintient sa position. « Je ne pense pas qu’on reste inflexible », réagit Valérie Glatigny qui fait état de rencontres avec les syndicats et les fédérations de pouvoirs organisateurs (PO) en février dernier. « On a proposé des accompagnements pour les mesures », précise-t-elle. Si la ministre parle de mesures d’accompagnement, les syndicats exigent le retrait des réformes. « On ne peut pas se cacher la tête dans le sable, on sait qu’on a une situation qui est extrêmement compliquée », réagit la ministre.
Ces mesures d’accompagnement incluent, par exemple, l’augmentation des périodes d’enseignement pour les enseignants du secondaire supérieur. « Les enseignants temporaires avaient peur de perdre des heures, il est bien prévu un mécanisme pour les protéger, éviter qu’ils ne perdent leur emploi donc on est évidemment à l’écoute », explique la ministre.
Des économies nécessaires
La ministre reste « à l’écoute », mais souligne que « nous avons actuellement un enseignant sur cinq qui est payé avec de l’emprunt », témoignant de la situation financière délicate de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Elle avoue ne pas prendre de « plaisir » à imposer des mesures d’économies. « Mais je pense qu’il faut à tout prix que nous puissions retrouver la maîtrise de notre déficit qui est important pour l’instant pour pouvoir réinvestir », ajoute-t-elle.
La ministre insiste également sur des « réinvestissements » prévus par le gouvernement. « Par exemple plus 5% pour les enseignants qui sont formés en quatre ans, moins deux périodes aussi pour les enseignants qui sont en première année et moins deux périodes face classe pour ceux qui ont 60 ans et plus », explique-t-elle.
Concernant les mesures d’économies annoncées, « on a un plan sur cinq ans, tout est annoncé, tout est clair jusqu’en 2029, il n’y a plus de mauvaise surprise », assure la ministre.
Les deux périodes supplémentaires pour certains enseignants : l’un des points de désaccord
Un point de tension pour les enseignants réside dans la décision d’ajouter deux périodes supplémentaires à prester devant la classe pour les enseignants du secondaire supérieur. Ces enseignants devront désormais effectuer 22 heures face à la classe, contre 20 actuellement, soit une augmentation de 10% de leur charge de travail, sans augmentation salariale, selon les syndicats. « C’est une mesure qui existait déjà avant 2019 », contre argumente la ministre. Elle justifie cette décision par l’absence d’autres options parmi celles suggérées par les experts consultés pour trouver des pistes d’économies. « On n’a pas fait de choix qui pourraient impacter la qualité de l’encadrement des élèves, par exemple diminuer des heures dans la grille horaire », ajoute-t-elle.
Concernant les 22 périodes que devront prester les enseignants du secondaire supérieur, « une instit maternelle va faire 26 périodes face classe, là où un enseignant du secondaire supérieur fait 20 périodes face classe et il gagne 25% de plus », explique la ministre, ajoutant que les enseignants du secondaire supérieur bénéficient de temps de préparation et de correction non compris dans le temps de classe. « On sait qu’il y a beaucoup de corrections, mais je veux rappeler qu’ils sont rémunérés 25% de plus et que la mesure est avant tout budgétaire », précise la ministre.
Les syndicats craignent que l’augmentation du nombre d’heures entraîne des pertes d’emploi chez les enseignants débutants. Selon eux, environ 1300 équivalents temps-plein pourraient être supprimés. « La mesure va permettre d’économiser, si je peux dire comme ça, 1300 équivalents temps-plein, qu’il faut mettre en concordance avec le nombre d’enseignants qui, dans le secondaire supérieur, quittent naturellement le métier », détaille la ministre, précisant que 2170 enseignants prennent leur retraite en fin de carrière. « On aura besoin de davantage d’enseignants », conclut-elle, en affirmant qu’il n’y aura pas de licenciements secs.
Concernant la nécessité de ces réformes, la ministre avertit : « si on ne fait rien maintenant et qu’on est obligé d’agir rapidement, il y a un risque pour le paiement des salaires, alors pas cette année, pas l’année prochaine, mais on parle de 2029-2030 ». « Je ne suis pas sadique, je ne suis pas non plus suicidaire… mais pour pouvoir réinvestir, il faut d’abord retrouver la maîtrise de nos déficits », insiste-t-elle.
Le CDI-E, contrat à durée indéterminée pour enseignants, autre pomme de discorde
Dans ses réformes, la ministre prévoit d’instaurer un CDI-E, un contrat à durée indéterminée destinée aux jeunes enseignants qui entreront dans le métier en 2027. Actuellement, ces jeunes enseignants doivent souvent attendre plusieurs années d’incertitude, avec des contrats de remplacement dans plusieurs établissements, avant une éventuelle nomination.
« Ce qui est prévu, c’est de stabiliser les jeunes dans le métier », explique Valérie Glatigny. Pour mettre en place ces CDI-E, qui seraient accompagnés d’une revalorisation salariale de 5%, la méthode de recrutement devra être modifiée. « Comment est-ce qu’on peut faire ça ? En assurant qu’il n’y ait plus un recrutement par PO, mais par groupement de PO », souligne-t-elle.
La ministre reconnaît que cela prendra du temps et que cela sera compliqué, mais elle estime que c’est indispensable. « Un jeune sur trois quitte le métier dans les cinq ans », déclare-t-elle, souhaitant combattre l’instabilité du métier et le manque d’harmonisation des statuts. Elle précise que l’harmonisation des statuts entre les différents réseaux prendra « un petit peu de temps ».
Le CDI-E mènera-t-il oui ou non à la fin des nominations ?
Une des grandes interrogations concernant l’instauration du CDI-E pour les enseignants débutants est de savoir si cela signifiera la fin des nominations. Cette alternative n’est pas encore actée et fait l’objet de discussions, car elle pourrait entraîner des coûts importants. Actuellement, la Fédération Wallonie-Bruxelles paie 5,6% de cotisations patronales pour ses enseignants statutaires. Si ces enseignants devenaient contractuels, les cotisations patronales seraient environ quatre fois plus élevées, entraînant un coût annuel d’environ 500 millions d’euros pour la Fédération.
« La question actuellement est de mettre en place un CDI pour les jeunes qui sortent en 2027 », précise la ministre. Elle souligne que la question reste ouverte quant à savoir si ces enseignants en CDI seront nommés après une période d’attente classique. Cela pourrait avoir des implications budgétaires à long terme. Valérie Glatigny est en négociation avec le Fédéral pour définir le niveau de cotisations patronales à la charge de la Fédération, en réaffirmant qu’aucune décision ne sera prise si cela nuit aux finances de la Fédération. « Le CDI, le côté stabilisation des jeunes dans le métier, ça, on peut le faire et je souhaite vraiment le faire », conclut-elle.
Neutralité : les signes distinctifs interdits
La semaine dernière, le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles a adopté un décret sur la neutralité dans les écoles. Les signes distinctifs seront interdits pour les enseignants, à l’exception des enseignants de religion, ainsi que pour le personnel chargé des repas ou de l’entretien. « Je crois que le signal qu’on veut envoyer, c’est un message de neutralité dans l’école », déclare la ministre Glatigny. Elle spécifie que l’objectif est d’assurer un environnement le plus neutre possible, y compris pour les agents comme les jardiniers en contact avec les élèves.
« On veut avoir une couverture la plus large possible par rapport aux signes convictionnels, qu’il s’agisse de signes philosophiques, religieux ou politiques », ajoute-t-elle. Elle souhaite également s’attaquer au phénomène de l’autocensure, « ces enseignants qui hésitent avant d’enseigner un fait qui fait partie des programmes, par exemple, la théorie de l’évolution, l’égalité homme-femme, ou simplement montrer un tableau contenant un nu ».
Enfin, les élèves de première secondaire bénéficieront de deux heures de formation à l’intelligence artificielle. « Les professeurs ne partent pas de rien puisqu’il y a un référentiel qui existe. Il y aura probablement des enseignants qui devront se former. Tous ne sont pas des champions du numérique, bien sûr », assure la ministre.

