Belgique

Japon : remboursement des frais médicaux liés à la grossesse pour contrer la dénatalité

Au Japon, le taux de fécondité est tombé à 1,15-1,20 enfant par femme, un chiffre inférieur au seuil de remplacement de 2,1. En 2025, 705.809 bébés sont nés dans l’archipel, marquant une baisse de 2,1% par rapport à 2024.


Au Japon, le taux de fécondité a chuté à 1,15-1,20 enfant par femme, un chiffre nettement inférieur au seuil de remplacement de 2,1. En 2025, le nombre de naissances a diminué pour la dixième année consécutive, selon des données récentes du ministère de la Santé, ce qui met en lumière les défis auxquels doit faire face la Première ministre, Sanae Takaichi.

Un total de 705.809 bébés sont nés dans l’archipel l’an dernier, affichant une baisse de 2,1 % par rapport à 2024. Ces chiffres incluent les naissances d’étrangers au Japon ainsi que celles de bébés nés à l’étranger de parents japonais.

Cette situation entraîne une dépopulation ainsi qu’un vieillissement rapide de la société. Pour tenter de freiner cette tendance, le gouvernement envisage d’intervenir dans les dépenses liées aux grossesses et aux accouchements par le biais de la sécurité sociale.

« Le ministère de la Santé suppose que la grossesse n’est pas une maladie. Donc, seules les césariennes sont remboursées, à hauteur de 70 %, car elles sont considérées comme des urgences médicales », explique Bernard Delattre, correspondant de la RTBF sur place. « Pour compenser et ne pas trop décourager la parentalité, le montant de la prime de naissance après accouchement est nettement supérieur à celui observé dans d’autres pays : 500.000 yens, environ 2.800 euros. »

Cependant, dans les grandes villes – où résident 60 % des Japonais et où le coût de la vie est plus élevé – un accouchement coûte environ 3.500 euros.

Des témoignages recueillis dans les rues renforcent ce constat. « Nous avons dû emprunter de l’argent à nos parents avant l’accouchement car nos petits salaires ne nous auraient pas permis de payer la facture de la maternité qui était vraiment chère », confie une mère interrogée par le correspondant. Une autre souligne que « cette réforme sera un immense soulagement pour tous les jeunes couples qui rêvent d’avoir un enfant mais qui, la mort dans l’âme, doivent y renoncer car ils ne gagnent pas assez bien leur vie. Si une telle mesure avait été décidée plus tôt, la dénatalité n’aurait pas pris une telle ampleur, donc notre pays se porterait beaucoup mieux. »

Le Japon fait face à un problème urgent : le nombre de décès dépasse largement celui des naissances (plus de 1,6 million de décès contre 720.000 naissances en 2024), entraînant un solde naturel fortement négatif. Les causes sont bien identifiées : le coût élevé de la vie, les perspectives de carrière, la difficulté de concilier vie professionnelle et vie familiale ainsi qu’une diminution des mariages.

Les données montrent que depuis 1975, les Japonaises font de moins en moins d’enfants, un fait qui préoccupe depuis des décennies. « Le nombre de naissances diminue au Japon depuis cette date. Au-delà des frais d’accouchement, le coût de l’élevage des enfants est élevé, avec des dépenses mensuelles estimées à 225 euros. Les salaires sont faibles : 300.000 yens bruts en moyenne, soit environ 1.650 euros. Près d’un Japonais sur deux gagne moins, car 40 % des salariés ont un emploi précaire. Un sondage révèle que seuls 33 % des parents d’un enfant de moins de six ans souhaitent en avoir un deuxième ; beaucoup renoncent pour des raisons financières. »

Cette réforme annoncée par le gouvernement est également une question de santé publique. « Les diagnostics prénataux, y compris les examens effectués sur le fœtus pour détecter d’éventuelles malformations ou anomalies génétiques, n’étaient pas non plus remboursés », souligne le correspondant.

Des spécialistes dénoncent cette situation. « Nous constatons depuis plusieurs années qu’un nombre croissant de futurs parents choisissent de renoncer à ces examens ou de réduire leur fréquence, non pas par choix, mais pour des raisons financières. Ils estiment ne pas pouvoir en supporter le coût, alors que ces diagnostics sont cruciaux pour assurer une grossesse sereine et une prise en charge médicale adaptée dès la naissance. »

Il est prévu que les frais médicaux soient remboursés prochainement, mais pas la péridurale, considérée par le ministère de la Santé comme un « soin de confort ». Les femmes qui optent pour cette anesthésie doivent continuer à en assumer le coût, qui s’élève à plusieurs centaines d’euros. La péridurale a toujours été mal vue au Japon. « D’abord, selon une règle sociétale, chacun est prié de donner le maximum de soi. Baisser les bras ou geindre face à l’adversité est impensable. Il faut affronter les épreuves avec courage. Ensuite, une croyance dénuée de fondement persiste : accoucher dans la douleur renforcerait les liens entre mère et enfant. Les mères qui souffrent davantage seraient plus proches de leur bébé tout au long de leur vie », rappelle Bernard Delattre.

Cela contribue à expliquer pourquoi moins de 15 % des accouchements au Japon se font avec péridurale, comparé à 60 à 80 % en Europe ou aux États-Unis.

Le Japon fait également face à des problèmes d’égalité des genres significatifs. En 2024, il se classe 118e sur 146 pays (selon le Forum économique mondial), avec « le pire score parmi les pays du G7 », comme l’a récemment souligné la presse japonaise. La société japonaise reste marquée par le patriarcat, avec les hommes au travail et les femmes prenant soin du foyer. Leur accès aux postes de direction est limité, et les écarts de salaires sont importants : les femmes gagneraient en moyenne 74,8 % de ce que touchent leurs collègues masculins. De plus, elles sont peu représentées dans la sphère politique, un manque que pourrait tenter de corriger la Première ministre. L’absence d’infrastructures de garde d’enfants et la rigidité des horaires de travail limitent également leur participation à la vie active.