Belgique

Jacqueline Galant s’exprime sur la RTBF ce mardi en commissions parlementaires.

L’opposition a déclaré que la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions ». Dans un communiqué diffusé le 30 janvier, la Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a affirmé qu’aucun acte attentatoire à l’indépendance de la radio-télévision publique n’avait été posé par Mme Galant.

Pour l’opposition, la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions »

Au sein de l’opposition, les déclarations de la ministre Galant ont suscité de vives critiques. Bénédicte Linard, députée Ecolo et ancienne ministre des Médias, a rappelé les garanties liées à la liberté de la presse inscrites dans la Constitution belge ainsi qu’au niveau international et européen.

Concernant l’attitude de la ministre Galant, Linard a estimé qu’elle « a tenu une série de propos hallucinants à l’égard de la RTBF, à l’égard des journalistes et de ses instances de gouvernance« , ajoutant qu’il ne s’agissait pas d’un « dérapage isolé« . Les commentaires de Jacqueline Galant touchant la RTBF, « relèvent de l’ingérence politique de la part de la ministre des Médias qui a pourtant comme première mission, mission qui surpasse toutes les autres, d’être la garante de la liberté et de l’indépendance de la presse« , a souligné la députée. Linard a affirmé que « ces propos sont des actes politiques et le mal est fait« , et a critiqué une « logique d’ingérence » de la ministre des Médias.

Dans un communiqué publié le 30 janvier, le jour où les propos de Mme Galant ont été révélés, la Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a qualifié ces déclarations de « disgracieux » et « insultants« . Si le groupe Ecolo a « salué » cette prise de position, il a aussi souligné que « le maintien de Jacqueline Galant dans la compétence média comme ministre de tutelle de la RTBF pose un problème politique majeur« . Bénédicte Linard a interrogé la Ministre-Présidente : « Allez-vous retirer à Mme Galant la compétence des médias ou, à tout le moins, la tutelle exercée sur la RTBF ?« 

Les critiques émanant du PS sont tout aussi fermes. Sabine Roberty, députée PS, a remarqué : « J’entends beaucoup dire dans les rangs de la majorité qu’il faut distinguer le discours de la ministre de ses actes et qu’on ne peut la juger qu’en fonction des actes. C’est sous-estimer la radicalité de ce discours et la brutalité avec laquelle il cible des journalistes dans le quotidien de leur travail« , partageant le point de vue d’Ecolo selon lequel la ministre Galant « ne peut plus exercer ses fonctions« .

Du côté du PTB, la députée Amandine Pavet a qualifié le soutien apporté à la ministre Galant par la majorité de « honte« .

Pour le député Lib-Res Fabien Maingain, « on n’est pas face à un simple dérapage, on est face à un problème politique majeur« . Il a demandé au moins la suspension de la ministre. En général, l’opposition estime que les propos de la ministre soulèvent des doutes quant à la procédure de désignation du futur administrateur général de la RTBF.

Pas d’acte « d’ingérence » de la part de la ministre des Médias, selon la Ministre-présidente

Après ces nombreuses critiques, la Ministre-Présidente, Elisabeth Degryse, a pris la parole. Elle a affirmé qu’aucun acte ne portait atteinte à l’indépendance de la radio-télévision publique de la part de Mme Galant. « La seule opinion exprimée par une ministre ne suffit pas à constituer un acte d’ingérence. L’opinion d’une ministre des Médias ne suffit pas à faire vaciller l’audiovisuel public, ni à infléchir une ligne éditoriale« , a-t-elle mis en avant, s’appuyant sur l’avis du conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA) exprimé la semaine précédente.

Lors de son intervention devant les députés, Mme Degryse a rappelé le processus long et structuré de désignation du futur administrateur général, niant toute volonté d’influence de son gouvernement sur cette décision. « Il n’y a pas d’accord politique sur ce poste« , a-t-elle martelé. Suite à cette polémique, Mme Degryse a annoncé l’intention de réfléchir à l’élaboration d’un code de déontologie pour tous les membres du gouvernement. « Cette séquence nous rappelle que si les ministres ont des opinions, leur parole n’est pas seulement individuelle. Elle emporte et engage avec elle tout un secteur dont ils ont la charge. Cela nous oblige donc en tout temps à la responsabilité, à la mesure et au respect« , a déclaré Elisabeth Degryse.

Au sein de la majorité, Diana Nikolic (MR) a assuré que son parti et la ministre n’avaient pas l’intention d’affaiblir la liberté de la presse. « Ce qui compte, ce sont les actes, pas les petites phrases« , a-t-elle plaidé. Loris Resinelli (Engagés) a également affirmé : « Nous condamnons sans réserve les propos (de Mme Galant) et saluons qu’ils aient été recadrés au plus haut niveau« , tout en appelant l’opposition à ne pas exploiter cet incident pour en faire un soupçon systématique.

Mardi après-midi, la ministre Galant sera entendue et devra répondre aux interpellations des députés de la commission des Médias.